• Journal de Fabullus le jeune - décembre 422


    Je viens de terminer mes études de lettres en latin-grec et je devrais obtenir un poste de correspondant auprès de l'évéché lyonnais. Voici mon histoire.

    Je suis né en 405, juste avant le début des troubles profonds qui ont affecté la Gaule, mais revenons dix ans plus tôt.
    En 395, l’empereur Théodose, qui est sans doute le dernier à avoir régné sur l’Empire unifié d’Orient et d’Occident, ferme son parapluie et rejoint la grande faucheuse. Depuis cette date une séparation de fait existe, chacun des détenteurs de la pourpre impériale s’efforçant de résoudre ses propres difficultés de survie. En ce qui concerne l'occident, les véritables dirigeants sont les généraux en chefs élevés au grade de patrice « père de l’empereur », une distinction donnée depuis Constantin, aux rois germains en récompense de  leur bravoure et de leur soutien aux armées impériales. C’est ainsi que Stillicon (Flavius Stillicho en latin) général d’origine Vandale, seconde Honorius  qui vient d’être intronisé empereur d’occident. Dès l’année suivante, Stillicon enrôle des Francs et des Alamans au sein des légions et nombreux seront les Francs qui accèderont rapidement à des grades élevés dans les armées romaines.
    Comme de bien s’accorde, pour conserver le soutien des barbares pro-romains, en 398, un édit impérial décrète qu’un tiers des domaines romains seront attribués aux Germains ; ce règlement appelé « régime de l’hospitalité » précise que Rome garde le pouvoir civil désarmé tandis que les Germains obtiennent le pouvoir militaire ; ils deviennent alors alliés de Rome qu’ils sont prêts à défendre en cas de besoin. ainsi, en  401 lorsque les Vandales et les Alains envahissent la Rhétie (province comprise entre le canton des Grisons, le Tyrol, le sud de la Bavière et la Lombardie) et la Norique (à l’ouest de la Rhétie, au nord du Danube , à l’est de la Pannonie et au sud de la Dalmatie), ils sont attaqués et vaincus par Stillicon qui les incorpore aux légions. L’année suivante, les Wisigoths conduits par Alaric envahissent l’Italie. Battus par Stillicon ils y restent. La cour par crainte s’installe avec l’empereur à Ravenne et comme Stillicon parvient à refouler les Wisigoths en Illyrie, Honorius se rend à Rome en 404 pour y célébrer « son triomphe ». Dans la foulée et avant de repartir pour Ravenne, il y prend des mesures antipaïennes et interdit la gladiature. La menace vient alors de Radagaise et ses Ostrogoths  qui franchissent les limes (enceintes fortifiées des  frontières) avant de se faire battre eux-aussi par Stillicon. Ce gone n’est pas un cogne-mou et justifie vraiment son poste, non !

    Invasions barbares

    Nous sommes en 405 et donc je pointe le bout de mon nez, ignorant que je débaroule dans un monde pas franchement joyeux. Et pour cause car en 406, les Vandales, Alains, Suèves et Burgondes envahissent la Gaule suivant un axe de Reims à Bordeaux. Ils incendient Trêves la Capitale sans être inquiété par les auxiliaires Francs, et mettent la Gaule en coupe réglée pendant trois ans. Heureusement, un usurpateur, Constantin III, nommé en Bretagne, débarque pour venir en aide aux gaulois. Il fixe la nouvelle capitale des Gaules à Arles et parvient à repousser les envahisseurs qui filent vers l’Espagne en 409.
    Pendant ce temps, Stillicon avait rejoint Ravenne en 408 pour s’opposer à Alaric qui attaquait à nouveau l’Italie par la Norique. Il se fait arrêter par Honorius. Consternation ! L‘empereur ordonne son exécution, le remplace par Constancius, et en plus il fait estourbir tous les officiers Francs de l’armée impériale. Cet imbécile vient tout simplement de sacrifier ses meilleurs officiers. Alaric en profite pour s’emparer de Rome en 410 et la piller ; il fait de même dans tout le sud de l’Italie. S’apprêtant à  rejoindre l’Afrique, une tempête détruit sa flotte et il se retrouve en Calabre où il dépote son géranium d’une mauvaise fièvre, laissant sa place au roi Athaulf.

    Profitant de cette brève accalmie, en 411 Honorius rejoint Arles avec son armée dirigée par Constancius qui capture Constantin III et le livre à l'empereur qui envoie l'usurpateur rejoindre la grande faucheuse. Toujours pas de répit car à son tour, Jovin se déclare empereur à Mayence, s’allie avec Athaulf qu’il autorise en 412 à envahir la Gaule par le sud. Mais Athaulf pro-romain trahit l’usurpateur qui est livré à Honorius lequel ne se prive pas de lui faire avaler son bulletin de naissance. Les Wisigoths s’étaient emparés de Narbonne, Toulouse et Bordeaux quand Athaulf épouse en 414 la sœur d’Honorius, Galla Placidia. Il se lance ensuite à la conquête de l'Espagne. Mauvaise pioche, il se fait assassiner à Barcelone en 416. Wallia le remplace et rencontre le patrice Constancius qui négocie le départ des Wisigoths d’Espagne en leur accordant l’Aquitaine qui devient en 418 le premier royaume Wisigoth avec statut de fédéré. Wallia décède cette même année et il est remplacé par Théodoric 1er.

    En 416 Constancius avait épousée à son tour Galla Placidia dont il aura un fils Valentinien et une fille Honoria. En 421 il est nommé auguste, mais il meurt... de maladie ! L’année suivante privée de chefs compétents l’armée romaine se fait écrabouillée en Espagne.  

    Pendant toute cette période et c’est incroyable, mais Lyon s’est trouvée pratiquement épargnée par les conflits avec ça et là quelques incursions vite réprimées. Résidant côté rive droite de la Saône dans l’actuel quartier Saint-Paul et mon père étant notable, j’ai commencé mes études auprès des rhéteurs de l’épiscopat lyonnais.
    Depuis  le IVème siècle, le christianisme continue ici comme partout dans l’Empire, son prodigieux développement et il constitue le vivier de l’aristocratie avec une hiérarchisation rigoureuse : évêque,  prêtre, diacre, lecteur, acolyte. Pour un étudiant, je confirme que leurs bibliothèques sont particulièrement bien fournies. A quinze ans, je maitrise donc le grec et le latin et suis au courant de tous les évènements qui nous entourent. Chez nous, mis à part les offices, les fidèles sont regroupés par classe sociale tant pour les jeux que pour les cérémonies et fêtes ce qui me chagrine un peu car la religion devrait d’avantage concourir à l’unification des couches sociales de la population.
    Un autre point m’interpelle : à la mort du pape Zozime (le 26 décembre 418), le parti des diacres élit pour lui succéder, Eulalien le 27 décembre alors que le 28, les prêtres choisissent Boniface 1er ; il résulte que les deux hommes sont sacrés chacun de leur côté. Un conflit va opposer les partisans des deux camps jusqu’à ce que l’empereur Honorius tranche en 419 en faveur de Boniface ce qui est logique puisque dans la hiérarchie les prêtres sont supérieurs aux diacres. Il n’empêche que le christianisme naissant ne fait pas figure de bon élève dans notre monde tourmenté actuel.

    Grâce aussi à la paix relative dont nous bénéficions, l’économie reste correcte avec le maintien d’une bonne activité des métiers du bâtiment, des ateliers de potier, et des tailleurs de pierres. Mais c’est surtout la manufacture lainière d’état (l’une des six installées en Gaule) qui procure le plus de revenus à la ville. Elle est surnomée "La gynécée" car elle utilise principalement une main d'œuvre féminine. Les deux gros marchés porteurs de cette activité sont : les uniformes pour la troupe et le service civil ainsi que les vêtements de luxe pour la cour.

    Dernièrement je viens d’apprendre que dans l’Europe orientale en 410, un nouvel empire a vu le jour. Il s’agit de l’Empire des Huns. Je crains que cela n’annonce rien de bon.

    Fin de l'épisode, à suivre... 


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  • Il est 10h lorsque le car s’arrête à Jons sur la D6 à la hauteur de la D6e qui mène à main gauche au pont de Jons. J’en descends et lorsque le car reprend sa route en direction de Villette-d’Anthon  je traverse prendre la D6e puis à main droite le chemin qui monte vers le hameau de Bianne où réside mon arrière-grand-tante. Je pourrais faire le chemin les yeux fermés car c’est chez elle que, depuis ma petite enfance, nous allons, dès les beaux jours, passer nos dimanches en famille. Des dizaines d’anecdotes me reviennent en mémoire et si j’en ai le temps, un jour, je vous les conterais. Mais en cette fin du mois de juin 1965, ma visite en solitaire a une autre motivation. Nous sommes jeudi et je n’ai pas de cours, ni d’atelier au lycée La Martinière où j’effectue mon avant-dernière année de TIM (technique industrielle de micromécanique, autrement dit : horlogerie). J’ouvre le portail donnant sur une petite cour en détachant une vieille chaîne enroulée entre les deux battants. Elle n’a pas de cadenas et sert depuis très longtemps à tenir le portail fermé qui ne comporte pas de verrou, juste un loquet qui ne résiste pas au premier coup de vent. Tante Pauline m’attend sur le perron de l’entrée. On se coque la miaille comme il se doit.

       - Je t’ai vu arriver par la croisée de la cuisine, mon gone ! Blanche, ta grand-mère, ma nièce bien aimée, m’a prévenue par courrier de ta visite. Mais je ne vois pas le père Bouvier, ne devait-il pas t’accompagner ?

       - Il nous rejoindra pour le café. Ce matin il a un cours de catéchisme à l’annexe du Lycée Chaponnay de la rue Pierre Corneille, qui jouxte l’église de l’Immaculée Conception.

    J’étais venu ce jour-là pour récupérer une petite malle contenant la transcription de documents écrits depuis le IVème siècle par les descendants de Fabulix. Mémé Blanche m’avait proposé de me confier ces documents que lui avait légués son aïeul et qui étaient conservés par sa tante.

       - Ils te reviennent car tu es passionné d’histoire,  me dit-elle.

    Jusqu’au XVIIIème  siècle, les documents ont été réécrits à cha peu par des copistes et certains sont encore en latin. D’où la présence du père Bouvier, un prêtre ouvrier qui en classe de 3ème nous donnait des cours de morale et d’éducation civique en lieu et place du catéchisme (j’étais élève au Lycée Chaponnay). Cet homme très érudit nous ouvrait les portes de sa bibliothèque. Je l’ai contacté pour qu’il m’aide à traduire les textes en latin et en vieux français. Ce jeudi de juin 1965 marque le début de notre collaboration qui durera de nombreuses années pour la compilation des documents et leur réécriture en français actuel.

    C’est pourquoi à  partir de cet épisode, la suite du feuilleton historique comportera l’opinion et les sentiments des témoins de l’Histoire telle qu’ils l’ont vécue.

    383 - Lettre de Fabullus  à sa fille Julie, correspondant auprès de Justus évêque de Lugdunum

    Ma chère  Fille

    30 ans après le suicide de Magnence, c’est encore par chez nous que le jeune empereur Gratien tout juste âgé de 24 ans vient de trouver la mort ce 25 août 383. Au début de l’année 383, le général romain de la province de Britannia se fait proclamer empereur par ses troupes. Aussi sec, il débaroule en Gaule pour faire valoir ses prétentions. Au printemps, en 6 jours, à la bataille de Lutèce, il défait les légions de Gratien qui de ville en ville ne trouve refuge qu’à Lugdunum où le gouverneur lui ouvre les portes. Mais c’est une souricière car les espions de Maxime font courir le bruit que l’impératrice arrive rejoindre son époux. Le cœur gonflé comme une pâte à bugne trempée dans un bain d’huile, le pauvre gone sort imprudemment de la ville et se dirige vers une litière fermée. Ouvrant les rideaux, il se fait choper et trancher le corgnolon d’un coup de glaive par Andragathios, commandant de cavalerie de l’usurpateur. Celui-ci arrive, désapprouve le meurtre et fait transférer le corps à Trèves pour être inhumé avec les honneurs (geste purement politique pour ne pas s’attirer les foudres de Théodose).
    Quelle misère tout ce que nous vivons à notre époque ! Tout ceci n’annonce rien de bon pour les temps à venir. Reste bien en Aquitaine pour cultiver ta vigne avec mon gendre. Il paraît que cette année la récolte sera bonne et que ce sera un bon cru.

    Rome empire fin ivQuand je songe qu’il y a une vingtaine d’années, en 361, Julien dit l’Apostat, avait promulgué un édit de tolérance autorisant toutes les religions, abolissant les mesures prises non seulement contre le paganisme, mais aussi contre les juifs et les hérétiques ariens. Il a voulu réformer le paganisme sur le modèle des institutions chrétiennes (moralité des prêtres, création d’institutions charitables) il a même institué une hiérarchie des cultes autour du dieu Soleil. Il a réorganisé et assainit la lourde administration impériale en réduisant le personnel du palais et celui affecté à la délation et à l’espionnage, les agentes in rébus ; il s’entoura de fonctionnaires de toutes confessions. Installé à Antioche pour préparer une grande expédition militaire contre les Perses, il parvint jusqu'à Ctésiphon leur capitale, lorsqu’il fut mortellement blessé le 23 juin 363.

    Dès lors commence vingt ans de troubles. Le général Jovien, commandant de la garde impériale, officier Illyrien endosse la pourpre impériale. Officier émérite, il est aussi chrétien tolérant et donc il apaise le climat de radicalisation mutuelle des positions des tenants et opposants du christianisme qui s’était développé sous Julien. Il promulgue un nouvel édit de tolérance accepté cette fois-ci par chacune des parties. Seulement voilà ! le bougre ne crachait pas sur la mangeaison et la lichaison et c’est après un mâchon, sur la route de Constantinople, dans la nuit du 16 au 17 février qu’il ferme son parapluie des suites de ce repas bien arrosé.

    AndrinopleLe 20 février, Valentinien 1er est nommé empereur d’occident. Il nomme Valens le 8 mars suivant co-empereur pour l’Orient. En 367 Valentinien délivre la Gaule des Alamans. Il nomme son fils Gratien Agé de 8 ans Auguste pour lui succéder. De son côté Valens est vainqueur des Wisigoths dans son combat de 367 à 369. Il soutient l’arianisme et persécute les intellectuels païens.
    Le 17 novembre 375 Valentinien épouse la Camarde en Pannonie dans le conflit qui l’oppose aux Quades et aux Sarmates. Gratien étant absent, c’est son demi-frère Valentinien II qui est proclamé empereur à l’âge de 4 ans sous la tutelle de sa mère Justine.
    Les Wisigoths qui se sont alliés aux Ostrogoths en 375, occupent la Thrace en 377 et le 9 août 378, Valens meurt d’une flèche au cours de la désastreuse défaite d’Andrinople. Théodose le Grand le remplace et avec Gratien en 380 ils arrêtent les Goths en Epire et en Dalmatie.

    Le 28 février 380, Théodose promulgue l’Edit de Thessalonique qui fait du catholicisme orthodoxe la religion d’état obligatoire. L’hérésie arienne est interdite et c’est le début de la fin pour le paganisme. Il commet pourtant l’erreur de fixer les Ostrogoths en Pannonie en 380 et les Wisigoths en Mésie en 382 introduisant ainsi le ver dans le fruit, prélude aux invasions barbares.

    Comme tu le vois Julie, nous vivons une époque très compliquée mélange de guerres contre les Perses et les barbares et pour la prééminence d’une religion. J’étais avec Justus en 381 au concile d’Aquilée au nord-est de l’Italie dans la province d’Udine. Ce concile est le pendant de celui de Constantinople, où l’essentiel des débats a reposé sur le combat contre les hérésies et le paganisme suite à l’Edit de Thessalonique. Je crains que la tolérance ne soit plus qu’un mot relégué aux oubliettes.

    Donne-moi de tes nouvelles et de celles de tes deux garçons qui doivent être de petits gones bien artets et je l’espère pas trop tarabates : à 10 et 12 ans, ils doivent bien occuper ton espace de vie.
    Je vais tacher moyen de venir vous rendre visite prochainement.

    D’ici là prenez soins de vous.

    Je vous embrasse et transmets mes amitiés à ton époux. 

    Fin de l'épisode, à suivre...  


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  • Faisons un point sur la situation en Occident : Constant est seulement âgé de dix-sept ans lorsqu’il devient co-empereur en 337 avec ses frères Constantin II (23 ans) et Constance II (27 ans). Trois ans plus tard, par dépit, il fait tomber Constantin II dans un guet-apens d’où il l’envoie rejoindre la camarde. Il se chipote ensuite avec Constance II mais c’est lui cette fois qui se fait dessoudé le 27 février 350 par Magnence, son général en chef devenu usurpateur de la pourpre impériale, lequel pour faire bonne mesure fait fermer son parapluie à un autre pâle usurpateur,  Népotien, qui ne régna que 23 jours en mars 350.
    Pour protéger ses arrières, Magnence nomme son frangin Décentius, César.
    De son côté Vétranion qui lui-aussi avait usurpé le titre depuis mars 350, se fait gourmander par Constance à qui il fait allégeance avant de partir en exil à Pruse (l’actuelle Bursa de la province de Marmara en Turquie). C’était le 25 décembre (
    un cadeau de Noël puisqu’il aura la vie sauve et mourra de mort naturelle dix ans plus tard en 360).
    Trois ans de castagne plus tard, Magnence vaincu se suicide à Lyon le 11 août 353, suivit dans son geste par son frère Décentius qui se pend à Sens le 18 août. Constance II devient donc seul maître à bord.
    Rappelez-vous ! Silvanius avait changé de camp et permit à Constance de vaincre Magnence. Hélas ! suite à une malencontreuse série de quiproquos et craignant d’être zigouillé, il se fait proclamer empereur le 11 août 355. C’est ballot, puisque le 7 septembre il se fait attaquer dans son palais par quelques spadassins issus des troupes auxiliaires, des Carnutes, (des gaulois celtes comme Astérix)  alors qu’il se rendait à la messe. Réfugié dans la chapelle chrétienne, les païens l’en extirpent avant de le massacrer.

    Nous en sommes donc à deux empereurs et cinq usurpateurs dans la sciure ; on se croirait à : « jeu de massacre à la Foire du trône ».

    Dirigeons maintenant notre caméra vers l’Orient : Le 15 mars 351 à Sirmium en pleine guerre civile contre Magnence, Constance II revêt son cousin Gallus (âgé de 25 ans) du manteau de pourpre des Césars et lui offre, de surcroit, la main de sa sœur (attention ! pas pour faire le ZouaveConstantina, qui l'a habilement servi durant l'usurpation de Vétramion.
    Gallus tient les Perses en respect mais se conduit en tyran, encouragé par sa fenotte (
    c’est elle qui portait la culotte) qui a pris la grosse tête et se voit déjà impératrice. Convoqués par Constance, Constantina meurt de maladie sur le chemin. Désemparé, Gallus est arrêté et il est jugé de manière expéditive par un tribunal spécial dirigé par l’eunuque Eusébios à Pula (Croatie) puis il se fait exécuter à l’hiver 354.

    La pression des Quades et des Sarmates sur le Danube ainsi que la menace perse en Orient poussent Constance à considérer à nouveau la possibilité de nommer un César parmi sa parenté. C'est sur son cousin Julien, le frère de Gallus, que se porte son choix le 6 novembre 355 en lui accordant la main de sa sœur cadette, HélèneC’est décidemment une manie de refiler ses frangines à ses cousins ! Echaudé, Constance entoure toutefois le récipiendaire, de ses plus fidèles hommes de confiance.
    Bataille en GauleJulien parvient dès lors à redresser la situation en Gaule. Constance de son côté quitte les régions danubiennes après avoir soumis les Quades et les Sarmates. Il se porte en hâte vers Constantinople lorsque Shapur reprenant les hostilités, franchit le Tigre en 358. Évitant Nisibé cette fois, le Roi des rois met le siège sous les murs d’Amida qui tombe en octobre 359 laissant six légions prisonnières des Perses. Inquiet des succès de Julien et pour résoudre son problème Constance réclame le retour en Orient des meilleurs bataillons du nouveau César, provoquant l’usurpation de ce dernier. En effet, les troupes en partie gauloises et germaines, très attachées semble-t-il à leur nouveau César et peu désireuses d'abandonner leurs familles pour aller combattre dans la lointaine Mésopotamie au climat si différent du leur, sortent Julien de son palais en pleine nuit, le ceignent du diadème de circonstance et levé sur un bouclier à la manière franque, Julien César est acclamé Auguste par ses troupes en février 360. De nouveau, Constance prend les armes pour défendre son trône. Julien essaie en vain de négocier et n’y parvenant pas, il marche sur Vienne où il prend ses quartiers d’hiver fin 360.
    retour en PerseConstance qui doit poursuivre sa guerre contre les perses se porte sur Edesse puis Amida, assiège Bedzabé et se rend à Hiérapolis.
    En 361, après un nouvel été à batailler sur l’Euphrate, et apprenant que Julien, à la tête de ses armées s'est mis en marche vers Sirmium en Illyrie, Constance II quitte finalement la Mésopotamie supérieure pour marcher au-devant des forces de son rival. En juillet, Sirmium tombe entre les mains de l'usurpateur qui avance jusque Naïssos où il se prépare pour l'affrontement avec les armées de son cousin.

    légions en marcheVa-t-on assister à un nouveau carnage fratricide entre légions ? Que nenni ! Constance lui épargne cette peine. Tombé malade à Tarse en octobre, Constance Auguste, épuisé par la fièvre, décède le 3 novembre 361 à Mopsucrène en Cilicie dans sa quarante-quatrième année, la vingt-quatrième de son règne. Juste avant de mourir, il se fait baptiser conformément à la coutume et par sens du devoir et de la patrie, pour ne pas faire endurer aux populations de la République les affres d'une nouvelle guerre civile, pleinement conscient de l'intérêt supérieur d'un Empire menacé de toute part,  (ici je ne crie pas cocorico mais taratata ! En effet, si le coq gaulois coquerique, l’aigle romain trompette) il confirme son ennemi et néanmoins cousin Julien César comme Auguste pour lui succéder.

    Je me demande si ce n’est pas à cause de toutes ces turpitudes qu’on appelle les clowns, Auguste !!!

    Fin de l'épisode, à suivre... 


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  • Une bande-dessinée fabuleuse de Régis LOISEL sur l'histoire de Peter Pan : version très librement inspirée des personnages de Sir James Matthew Barrie. 

    http://www.fabulgone.com/pages/parlons-en/lectures/peter-pan.html


    Voici une belle idée de lecture pour cet été. Et vous pouvez en trouver d'autres dans la rubrique lire-voir de mon site.


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  • En 337, Constantin II succède à son père conjointement avec ses frangins Constance II et Constant 1er. Les trois galapiats décident de faire le ménage et commencent par éliminer leurs deux cousins : Dalmatius qui contrôle la Thrace, l’Achaïe et la Macédoine et son frère Hannibalianusrex regum et ponticarum (roi des rois des peuples du Pont). Pour l’anecdote soulignons que les cousins avaient tous deux été éduqués par Exupérius ; celui-ci était-il un lointain ancêtre de Saint-Ex ? L’histoire ne le dit pas. Ensuite, Le 9 septembre 337 en Pannonie, les trois frères se partagent l’empire : Britannia, la Gaule et l’Hispanie pour Constantin. L’Italie, l’Afrique et l’Illyrie pour Constant et l’Orient  pour Constance.
    Seulement voilà, Constantin veut faire valoir ses droit à la 
    primogéniture (notre droit d’ainesse du moyen-âge), d’autant qu’il conteste à Constant d’avoir reçu la Thrace et la Macédoine. Tu rajoutes à ce sac d’embrouilles la lutte entre factions qui rompe l’unité de la chrétienté (et ça continue, encore et encore) ; d’un côté en occident l’influence des papes de Rome favorise le catholicisme et de l’autre en orient Constance soutient l’arianisme. Alors, crac, boum, hue ! Nous voilà reparti pour une guerre fratricide.

    Constantin marche sur l’Italie, Constant lui envoie ses meilleures troupes d’Illyrie et en avril 340, Constantin se fait zigouiller dans une embuscade aux environs d’Aquilée (Vénétie). Redistribution des cartes : l’occident pour Constant et l’Orient pour Constance. Les deux frelots vont toutefois coexister malgré leurs divergences et leurs politiques religieuses contradictoires. Défense des frontières oblige !

    Constance est empêtré dans le conflit perse ; Constant mène une campagne victorieuse en 341-342 contre les Francs et en 343 il lutte contre les Pictes et les Scots le long du mur d’Hadrien en Bretagne. Sur le plan religieux  tous deux interdisent les sacrifices païens et la pratique de la magie ; ils encouragent la fermeture, mais non la destruction, des temples païens désaffectés. Paradoxe, Constant, qui est lui-même homosexuel, devient le premier empereur qui édicte une loi contre l’homosexualité, punissant de mort « cum vir nubit feminam viris porrecturam » « l’homme qui épouse un homme comme s’il était une femme » c’est-à-dire celui qui devient gay par passivité ou soumission ! Bonjour les tribunaux ! Comment déterminer ceux qui vivent leur passion en hommes libres  de ceux qui deviennent  invertis  « par soumission et passivité » ? Et bien sûr la loi ne concerne que les hommes, pas les fenottes.

    La vraie pomme de discorde (pas celle du jardin d’éden) entre les frangins, reste le schisme permanent entre catholicisme occidental et arianisme oriental qui conduit à des persécutions dans chaque camp. Finalement ce sera le statuquo en 346 chacun menant sa propre politique religieuse sans que l’autre n’y trouve rien à redire.

    Nous pourrions souffler un peu, seulement voilà : Constant n’est pas populaire car il a sans cesse besoin d’argent. Il accentue la pression fiscale, pratique ouvertement la corruption, et se montre peu regardant sur les exactions de ses hommes de confiance. Ça ne pouvait pas durer autant que la rue Michel ! Magnence un officier ancien esclave de Constantin 1er promu général en chef des armées du Rhin se fait proclamer empereur à Augustodunum (Autun), il pourchasse Constant qui taille la route vers l’Hispanie avant de  se faire rattraper à Helenae (Elne, Pyrénées-Orientales). Il se fait alors estourbir dans cette bourgade et dans le temple où il s’était réfugié. Ironie du sort Helenae est le nom donné à l’ancienne Illibéris par Constantin le Grand en hommage à sa mère et donc à la grand-mère de Constant. Vous l’avez deviné, Magnence est dès à présent considéré comme usurpateur et à nouveau, la chienlit s’installe pire que dans Games of Trones avec des conséquences irréversibles. D’autant que Népotien un neveu de Constantin 1er se fait lui aussi proclamer empereur ; heureusement, ce dernier ne règnera que 23 jours avant d’être battu et mis à mort sous les murs de Rome par Marcellin général de Magnence.

    La bataille de mursaNous assistons alors à ce qui s’apparente à une sorte de suicide de l’empire d’occident. D’un côté nous avons un contingent de 60 000 hommes composant l’armée romaine de Constance II et de l’autre 35 000 hommes composés d’unités romaines et de nombreux contingents barbares sous les ordres de Magnence. Dans un premier temps Constance prends en 351 la pâtée à Atrans en Slovenie. Il offre un compromis à Magnence. Celui-ci refuse et à son tour subit deux revers à Siscia en Croatie et Sirmium en Serbie. Les deux armées se regroupent et se retrouvent sur la Drave affluent du Danube à Mursa en Croatie. Nous sommes le 28 septembre 351.
    Les premières escarmouches donnent l’avantage à Magnence, mais coup de théâtre, le tribun Silvanus, officier franc (mais pas franc du collier. Bon d'accord l'expression est un peu facile, mais j'aime bien), entraîne son contingent de cavalerie (cataphractes et archers à cheval asiatiques) vers les troupes de Constance pour se mettre sous ses ordres. La bataille commencée en fin d’après-midi avec de multiples assauts voit la victoire pour la première fois d’une cavalerie lourde sur les légionnaires et Magnence mit en déroute prend la fuite. Sur le champ de bataille on dénombre 30 000 morts parmi les 60 000 soldats de Constance et 24 000 victimes pour les 35 000 hommes de Magnence. Cette hécatombe est d'une telle ampleur chez les deux belligérants que la puissance romaine de l’empire d’Occident ne s’en remettra jamais. D’autant que dans les mois qui suivirent, les tribus germaniques profitèrent des frontières dégarnies pour envahir les provinces gauloises qu’elles ravagèrent sans opposition. Magnence connaît de nouveau la défaite aux Mons Seleucus  (La Batie-Montsaléon, près de Gap). Il parvient jusqu’à Lugdunum où il se donne la mort le 10 août 353. Il faut dire que pour une fois, les gones l'avaient fraîchement accueilli ; ils n’avaient cette fois, pas pris fait et cause pour le mauvais cheval.
    Constance devient donc le seul maitre de l’empire romain.
     

    Fin de l'épisode, à suivre...


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