• Chenuses fenottes et canants gones

    Je mets en pause le présent blog. Avec deux visiteurs par jour, il n'a plus d'utilité.

    Sur mon site perso, 1000 personnes, visitent en moyenne 3000 pages par mois. Le présent feuilleton y est visible.

    Je coque la miaille des colombes et fais cinq sous aux gones

    Fabul'gone du cintième - www.fabulgone.com


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  • Qu'il est plus aigu que la dent d'un serpent d'avoir un enfant ingrat.
    William Shakespeare
     

    Accoucher est une épreuve, créer un pantin de bois polisson aussi ! 

    Encore un chouia groggy, Cerise bieurla : 
    C’est ouvert, poussez et entrez.
    Geppetto, sculpteur sur bois et ami d’Antonio, encarra dans la turne ; arnouchant son ami en fâcheuse position, il demanda :
    - Qu’est-ce donc que tu bricoles à crapotons ?
    - J’apprends le calcul aux fourmis, grommelle Cerise qui ne voulait pas passer pour un froussard. 
    Noble tâche mon ami ! Je viens en fait pour un petit service. J’ai gambergé que si j’avais une marionnette qui sache tricoter des gambettes, manier l’épée et faire des cabrioles, je pourrais décaniller de se coinsto pour aller gagner du flouze dans les villages et les villes en suivant les gens du voyage comme marionnettiste.J’ai entendu parler d’un certain Mourguet, qui de l’autre côté des Alpes a fait un tabac avec une marionnette du nom de Guignol et que son théâtre perdure avec ses héritiers du côté de Lyon. Peut-être que ma marionnette aura, elle aussi, une renommée internationale ! En attendant, aurais-tu un morceau de bois que je puisse façonner ?


    Y’a pas de lézard Polenta, piaula la voix de fausset venue du rondin. 
    Les mouflets du village surnommaient ainsi Geppetto à cause de sa perruque couleur farine de maïs ce  qui mettait le sculpteur en colère et les gamins faisaient vite feux des deux fuseaux pour éviter les taloches qu’ils méritaient. 
    Croyant que la phrase venait de Cerise, Geppetto  le houspilla et les deux hommes en vinrent aux mains jusqu’à tant qu’épuisés, ils se rabibochent et que Cerise ayant expliqué le côté un peu magique du morceau de bois, décide de se débarrasser du rondin en le remettant à Geppetto. Aussi sec, après avoir remercié, le sculpteur s’en retourna vers sa bicoque.

    Épisode 2 - la créationLui aussi était dans la mouise et créchait dans une piaule minable avec pour mobilier, une table vermoulue, un tabouret bancal et un bardanier avachi.C’était tellement la précarité en ces temps-là et Coluche n’avait pas encore fondé les Restos du cœur, que le poêle au fond de la pièce sur lequel chauffait une galtouse fumante, n’était qu’une peinture en trompe l’œil dessinée sur le mur ; ça lui permettait de croire qu’il avait de quoi se tuber à s’en faire peter la ventraille alors qu’il graillait le plus souvent à la table qui recule, vusse qu’il avait son frigo plus vide que l’esprit d’un caquenano. 

     

    Pour l’heure il n’avait qu’une hâte : se mettre au turbin. Rajoutant un peu de boulets d’anthracite dans le braséro pour se chauffer un peu les mains, Il prit une gouge et commença de façonner le rondin en commençant par le haut, c’est-à-dire les tifs, le front, les sourcils et des gobilles toutes rondes qui le lorgnèrent avec insolence. Lorsqu’il s’attaqua au tarin, celui-ci ne cessait de grandir ; plus il le taillait plus le pif s’allongeait. Perplexe, il le laissa d’une bonne longueur en se grattant la tête, éjectant un cuchon de pellicules que t’aurais dit une boule à neige à la retournette. Ayant achevé la boite à dominos, celle-ci ricana, se moqua de lui et finit même par lui tirer la langue. Lorsque les brandillons furent achevés avec les mains et les doigts, ceux-ci s’agitèrent et lui piquèrent sa moumoute que l’effronté se mit sur le ciboulot. Mais le pire, c’est quand les guiboles et les ripatons furent terminés, car ils se balancèrent et Geppetto en reçu un vilain bourre pif. 
    T’es à peine fini que déjà tu manques de respect à ton paternel, tu n’es qu’un sale mioche ! Gémit l’ancêtre. Mais regardant avec  tendresse son œuvre, il décida d’appeler le pantin Pinocchio. 
    Dans le Florentin familier, ce mot signifie « pignon » et en italien classique on dit pinolo avec l’expression "duro come un pinolo" pour une personne au caractère bien trempé. 
    Il le posa à terre où, un peu mou des genoux, il mit quelques minutes aidé de son créateur pour apprendre à marcher. À peine était-il bien assuré sur ses arpions, tournant, virevoltant qu’il se dirigea vers la porte  d’entrée, souleva le loqueteau et vif comme l’éclair gicla sur le trottoir, s’ensauvant, poursuivi à grand peine par Geppetto et provoquant l’hilarité des badauds devant ce spectacle. Alerté par le boucan, un argousin moustachu, que s’il n’avait pas son bicorne tu l’aurais pris pour un phoque, s’interposa et agricha le pantin par le pif. 

    Fin de l’épisode à suivre... 

    Que va-t-il se passer ?

    Réponse A – Le gendarme va confisquer la marionnette et dresser procès-verbal à Geppetto pour trouble à l’ordre public. 
    Réponse B – les badauds vont prendre fait et cause pour le pantin que le gendarme va laisser partir avant de conduire Geppetto au poste. 
    Réponse C – La fée bleue va se pointer, transformer la marionnette en souris et Geppetto en chat qui va bouloter séance tenante la souris avant de redevenir humain et de mourir d’un infarctus réalisant son crime. 
    Réponse D – La fée bleue va se pointer et d’un coup de baguette magique va transformer Pinocchio en Cyrano de Bergerac et le téléporter dans une autre histoire. Perdez pas patience je relis le bouquin de Rostand et je reviens pour la suite...  

    Glossaire : je mets les mots nouveaux (voir aussi le glossaire des épisodes de Blanche-Neige). 

    Tricoter des gambettes – danser, gambiller... 
    Flouze – argent, pognon, artiche, picaillon, braise... 
    Rabibocher – remettre en état quelque chose d’abimé et donc se rabibocher, c’est se réconcilier. 
    Bardanier – en lyonnais, le lit, la bardane étant la punaise de lit ; en argot on dit pucier dans le même esprit. 
    Galtouze ou galtouse – à l’origine c’est la gamelle d’un prisonnier et c’est donc une casserole ordinaire, pas une cocotte en fonte. 
    Se tuber à s’en faire peter la ventraille – mâchonner, faire un gueuleton, se goinfrer avec l’idée d’abondance. 
    Grailler à la table qui recule – une métaphore pour montrer celui qui veut manger et imagine une table pleine de victuailles laquelle recule quand il s’approche. C’est jeuner. 
    Caquenano – en lyonnais, personne niaise qui est aussi emprunté, empoté. 
    Cuchon – en lyonnais : quantité ; Un des rares mots de ce parler régional encore bien utilisé de nos jours. 
    Boite à dominos – nous avons ici la bouche et les dents, mais c’est aussi un cercueil avec le squelette. 
    Guiboles, ripatons, arpions – les jambes, les pieds et les orteils. Argousin – policier, gendarme, vient de agosin qui désignait au XVe siècle l’officier subalterne chargé de la surveillance des forçats. 
    Agricher – attraper fermement avec l’idée de tenir les mains comme des griffes, accrocher.   


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  • Nous voilà repartit pour un nouveau feuilleton ; Accrochez vos ceintures

    Il était une fois.
    Rien que de lire, écrire ou entendre cette simple phrase, tu frissonnes ; tu sais que tu t’embarques dans une aventure croquignolesque qui te fera sourire, rire, grimacer, pleurer, hurler, hausser les épaules, baisser les bras, fermer les yeux, ouvrir les oreilles (personnellement, les miennes ne sont jamais fermées et je n’ai jamais vu un blaireau avoir les étiquettes qui se refermaient sur son circuit auditif), bref te voilà embringué dans un conte de fées. Et ça, c’est bien un truc d’adulte pour te faire passer une leçon de morale et t’éducationné sur les choses de la vie.

    Sans compter que ça peut se montrer dangereux. Non ! Si ! La preuve ! Écoute, écoute... 
    Quand j’étais momignard, j’allais à la cambrousse en champ aux vaches, c’est-à-dire placé chez un paysan où je participais de juillet à septembre aux travaux agricoles, les foins, la moisson, les fruits, les vendanges et j’avais en garde une chèvre, blanche comme celle de monsieur Seguin, mais moins foldingo car elle ne s’éloignait pas de la ferme au grand désespoir du loup qui restait la langue sur les godasses ou ses pattes, si tu préfères. Dans les faits, ma participation aux taches agricultesques était symbolique.
    Désolé pour les fans de Victor Hugo, j’étais pas chez les Thénardier, mais chez de braves gens. Lui était président du comité des fêtes et sa fille avait épousé le facteur qui était le chef de la fanfare.
    Je les accompagnais toutes les semaines dans les fêtes de village du Beaujolais. Quand tu as dix ans, c’est le bonheur absolu et j’en garde le souvenir. Mais bon, oublions cette belle tranche de vie pour revenir à notre propos sur le danger de certains contes.

    Il y avait dans une ferme voisine une petite drôlesse, un peu culcul-la-praline, gentillette mais pas très futée rusée ; Elle venait parfois par chez nous avec sa maman.  Un jour que nous causions à côté d’un marigot, elle me dit en arnouchant un crapaud : 
    - Je vais lui taper la bise, il va se transformer en prince et moi en princesse et tu seras mon écuyer.
    Avant que je rebrique, elle chope la bestiole et lui bise la tête ; beurk, beurk ! Je te dis pas la « cata » avant de compter jusqu’à dix, ses lèvres se mirent à doubler de volume et des petits bubons se formèrent autour de sa bouche, de l’impétigo, je crois.
    En fait de royaume, elle récolta une fessée et dû manger sa soupe avec une paille pendant trois jours. Depuis, j’ai toujours eu un doute sur ce que racontaient les grandes personnes. Et puis d’abord, le crapaud y causait pas, ça pouvait pas être un prince !

    Mais commençons notre histoire. 

    C’n’est pas du Disney mais du Carlo Lorenzini connu sous le pseudonyme de Collodi et ça se passe dans un petit village pauvre, des autrefois, en Italie.

    Il était une fois donc un micheton d’un âge avancé qui exerçait la profession de menuisier. Il avait pour blase Antonio, mais était surnommé maître Cerise à cause de son tarin rouge et brillant. Il faut préciser, qu’il ne suçait pas de la glace et carburait au gros rouge qui tache, un beaujolpif de derrière les fagots que son estogome, blindé comme un char Patton parvenait à supporter.
     

    Un jour qu’il vadrouillait dans la forêt, il dégota un bout de bois, une sorte de rondin long et droit, du tilleul, un bois facile à tailler et léger. Idéal pour un pied de guéridon, pensa-t-il. Tout content, il le mit sur son épaule et rallégea dans sa carrée.  
    S’enquillant dans son atelier, il prit une hachette bien affutée pour enlever l’écorce et le dégrossir, mais à peine donna-t-il le premier coup qu’une voix de quinche supplia : - Frappes pas si fort !

    Alors là, croies-moi, la binette de Cerise vaut son pesant de gratons ; elle vira cramoisie, pareille à celle qu’a du avoir Jeanne, la bergère de Domrémy  du côté de Fassolle-la-scie-d’eau, qu’avait trouvé sa voie en entendant celles qui lui parvenaient d’en haut. Des mauvaises langues disent qu’elle confondait l’eau claire avec le schnaps aux mirabelles, mais ceci ne nous regarde pas.

    Cerise fit le tour de sa casbah, lorgna sous l’établi, dans l’armoire à outils et la panière pleine de copeaux et de sciure ; mais fifrelette, personne, pas même la queue d’un rat. Se gratouillant la perruque en chassant au passage quelques poux, il se remit au chagrin, repris la hache et coupa un morceau d’écorce.  
    - Aïe ! Sauvage, tu m’as fait mal ! reprit la voix.

    Nom d’une lime-râpe ! s’exclama le bonhomme, on dirait que ça vient de la bûche ; serait-elle habitée par un gnome ou un farfadet ? Il la saisit, la secoua dans tous les sens, la frappa sur l’établi, contre le mur, puis en approchant ses portugaises du morceau de bois, il écouta attentivement, mais aucun son n’en sortit.

    - J’ai dû avoir des hallucinogènations, se dit-il ; faudrait peut-être que je force moins sur la bibine ! Il prit son rabot pour adoucir le rondin. Au deuxième aller-retour de la varlope, la voix pointue recommença :

    - Hi ! Hi ! Hi ! Arrête de me faire des papouilles, je suis chatouilleux comme un adjupète sur le règlement.

    S'en était trop, Cerise partit à dame et se retrouva le cul par terre comme sonné. C’est alors qu’on frappa à la lourde de son estanco. 

    Fin de l’épisode, à suivre...


    Qui c’est y donc qui vient ?
    Réponse A – Blanche-Neige et le prince Catodik ; elle est enceinte et ils viennent commander un berceau.
    Réponse B – Le facteur venu apporter un commandement d’huissier vusse qu’il a trois mois de retard dans ses paiements à l’URSSAF (Union de Récupération et de Saisie des Sous des Artisans Fauchés).
    Réponse C – Son copain Geppetto sculpteur sur bois et aussi à la dèche que lui et qui vient lui demander un petit service.
    Réponse D – L’instituteur du village pour la commande de nouveau bureaux pour la rentrée prochaine. (L’instruction publique primaire étant devenue obligatoire).

    Glossaire
    Étiquettes - ce sont les oreilles.  
    Vadrouiller
    marcher, vagabonder sans but précis.
    Dégoter – trouver, découvrir.
    Carrée – chambre, maison quelconque.  
    Fifrelette - vient de fifrelin qui signifie pas grand-chose et donc c’est un peu comme dire ‘rien du tout’  puisque si peu de choses.
    Lourde, c’est une porte, mais s’emploie surtout pour une porte d’entrée massive, pas une porte d’intérieur. 


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  • Pour ceux qui suivaient mes premières histoires, rappelez-vous de l’homme des premiers âges, un farouche guerrier qui s’appelait Bic et contribuait au progrès de ses semblables. Il avait épousé Gaia, la fille du chef Craô d’un des clans qui vivait proche de la grande mer bleue. Elle mourût hélas d’une forte fièvre alors qu’elle attendait leur enfant et Bic se retrouva seul et désespéré.

    Pour tenter d’effacer son chagrin, il quitta le clan et partit explorer le monde en remontant vers le nord. Il traversa un détroit presque à sec qui l’amena dans un pays luxuriant et boisé (la Péninsule Ibérique actuelle). Accompagné de son chien-loup Biscotte et de son cheval noir, il impressionnait les peuplades qu’il croisait mais qui se rassuraient vite devant ce trio original qui ne manifestait aucune agressivité.

    Un jour qu’il était hébergé dans un village implanté sur un petit plateau à l’orée d’un bois, il échangeait avec le chef et l’homme-médecine, dans un dialogue fait d’un mélange de langage des signes et de quelques mots.

    Lorsqu’il leur indiqua la direction où il comptait se rendre, les deux hommes s’agitèrent avec une mine inquiète. Ils lui firent comprendre qu’il s’agissait d’une sorte de lieu sacré d’où personne ne revenait intact. Les croyances primitives reposaient alors sur des dieux liés à la nature et aux quatre éléments, l’eau, la terre, l’air et le feu.

    - Ce soir, nous te montrerons le phénomène, lui dirent-ils !

    Intrigué et respectueux de la crainte des deux hommes, Bic ne fit aucun commentaire. Le soir, après que les feux aient été allumés aux alentours du camp pour le protéger d’éventuels prédateurs nocturnes, les deux hommes accompagnés de notre ami, s’éloignèrent du village.

    Ils s’assirent sur un petit promontoire qui dominait l’endroit « magique ». La nuit était faiblement éclairée d’une lune au mitant de sa course ; tout semblait normal, lorsque brusquement Bic vit des lumières d’une couleur bleutée s’enchevêtrer et s’agiter doucement, disparaître et réapparaître comme si elles avaient une vie propre. Le phénomène se prolongea un bon moment avant que tout s’éteigne et redevienne normal.

    Effectivement c’était impressionnant et Bic questionna les deux hommes. Oui ! Ils s’étaient rendus en groupe sur place en journée, mais ils n’avaient rien détecté sur l’origine de cette luminescence. Ayant placé des sentinelles à proximité, celles-ci étaient revenues affolées en ayant ressenti comme un tremblement de terre et des vibrations non humaines avant le déclenchement des lumières. Quelques téméraires y étaient allés que l’on a retrouvés le lendemain morts de peur.

    - Très bien ! J’éviterai le secteur, déclara Bic en remerciant de l’avertissement.

    En début d’après-midi, il prit congé de ses hôtes, muni d’une outre d’eau et de quelques provisions. Avec  Biscotte, il obliqua sur la gauche et en fin de soirée, il se retrouva au pied d’un petit monticule avec une caverne qui serait parfaite pour la nuit. Il alluma le feu, partagea ses provisions avec le chien tandis que le cheval broutait tranquillement non loin d’eux.

    Il s’apprêtait à se couvrir de sa pelisse, lorsque des vibrations se firent ressentir. Biscotte en couinant se mit contre lui et le mustang releva l’encolure, surpris. 

    - Nous n’avons pas assez détourné notre route, dit Bic au chien en lui caressant la tête. Ne t’inquiète pas, nous sommes à bonne distance !

    Les lumières dépassaient au loin la frondaison des arbres dans un ballet étrange. Il en fallait plus pour affoler notre homme qui a vécu de nombreuses aventures. Il était plus dubitatif et curieux, qu’inquiet. Tout se calma et la nuit s’écoula sans autre incident. Au petit matin, il décida d’en avoir le cœur net.

    - Reste avec Crin noir dans cette clairière et ne t’inquiète pas, je serai prudent déclara-t-il à Biscotte, j’ai besoin de connaître ce qui se passe. Le phénomène se produit toujours de la même façon et au même moment ; il y a une logique surement d’origine naturelle.

    Biscotte ne semblait pas très d’accord avec son maître, mais il avait confiance et il s’installa près de son ami le cheval. Bic se dirigea donc vers le lieu sacré en se présentant par l’arrière. Il se déplaçait sans bruit et maîtrisait l’art de passer inaperçu lorsqu’il voulait observer sans être vu. Il s’était mâchuré la figure et recouvert de sa pelisse ce qui lui donnait l’aspect d’un animal ordinaire. S’approchant encore, il aperçut une souche qui n’avait rien à faire dans cet endroit. La faisant rouler, il constata qu’elle dissimulait l’entrée d’un vaste terrier.

    Son instinct de chasseur lui fit comprendre qu’il n’abritait aucun animal ; l’entrée était assez grande pour qu’il s’y engage légèrement penché. Il prit de quoi se faire une torche et suivit la légère pente qui allait en s’agrandissant. Quelques dizaine de mètres plus loin il avançait debout et remarqua que les parois étaient recouvertes de petites pierres brillantes qui formaient un halo lumineux. Il n’avait donc pas besoin d’une torche pour avancer.

    - Ce souterrain est de construction humaine pensa-t-il. Aucun son, ni mouvement ne signalait une présence. Ce lieu est abandonné depuis très longtemps conclut-il.

    Un petit air frais et une luminosité naturelle lui indiquait qu’il arrivait au terme de ce curieux passage. Un petit rideau de feuillage bruissait doucement qu’il franchit et s’arrêta interloqué devant le spectacle qui se présentait à lui.

    Il était à l’entrée d’un dôme en forme d’une demi-sphère, d’une vingtaine de pas de diamètre et d’une hauteur de trois hommes adultes. Tout le tour, et jusqu’à hauteur d’épaule, était lisse, constitué de blocs de pierres parfaitement taillés de l’épaisseur d’un bras d’où sortaient de gigantesques bandes de fer rouillées qui constituaient la voûte arrondie formé d’un feuillage très épais.

    Bic connaissait l’art de la pierre taillée et du fer, mais cela dépassait son entendement.
    -Ce ne peut être que l’œuvre de géants qui maîtrisent une science inconnue se dit-il.

    Au centre une grande table ronde elle aussi en pierre taillée occupait un tiers de l’espace.

    - Bizarre ! Elle semble nettoyée car si le sol comprend de nombreux cailloux et déchets végétaux, elle est lisse en surface.

    De plus en plus intrigué il s’assit dans un coin de la pièce. Il savait que la nuit régnait à l’extérieur, même si le halo de la lune maintenait une faible luminosité sous le dôme. C’est alors que commença la vibration sous la forme d’une sorte de ronronnement continu.

    Bic pas très rassuré vit avec stupeur que le haut du dôme s’ouvrait montrant un ciel étoilé. La table se mit à son tour à vibrer et ce fut comme si des tiroirs s’ouvraient laissant apparaître plusieurs globes d’une matière inconnue de Bic et qui envoyaient au ciel les fameuses lueurs de couleur bleutée qui ondulaient. C’est alors qu’au centre de la table se souleva une sorte de plateau plat avec une face brillante qui elle aussi s’éclaira faisant apparaître un individu tout en lumière dont on ne voyait que le tronc.

    Bic avait fermé et ouvert les yeux à plusieurs reprises, mais sa curiosité était plus forte que ses craintes car la chose ne semblait pas le voir. Elle parlait dans une langue que bien sûr il ne comprenait pas. Incrédule il vit se déplacer derrière l’homme des objets qui se déplaçaient à vive allure avec des personnages curieusement vêtus qui semblaient affolés et couraient en tous sens.

    Il remarqua alors à côté de ce que nous appellerons un écran, un petit boitier rectangulaire où tournait une sorte de petit disque. Bic le prit et le manipulant sans intention particulière, il appuya sur un bouton qui déclencha le processus inverse ; l’écran s’éteignit, les globes aussi qui réintégrèrent leurs tiroirs et le dôme se referma à son tour. Mais en plus, la table centrale se mit à s’enfoncer dans le sol et le dôme commença à s’effriter avec des morceaux tombant au sol.

    Machinalement, Bic mis le petit boitier dans sa besace en cuir et se précipita vers la sortie. Quand il se retrouva à son point de départ, le terrier s’effondra sur lui-même.
    -Dommage, j’aurais bien aimé comprendre, se dit-il !

    Il retrouva Biscotte et Crin Noir à qui il conta sa mésaventure et reprit sa route. Quelques temps plus tard, il avait même oublié le petit objet qu’il emmenait avec lui.  

    En 1850, lors de fouilles en Provence, un étudiant en archéologie, mis à jour une tombe où ne subsistaient que quelques objet dont une sorte de petit boitier en nacre contenant un petit disque noir, il fut remis au musée d’archéologie de Besançon sous l’indication « objet de culte mésopotamien ».

    En 2016, un professeur agrégé d’histoire antique informaticien et chercheur, repéra ce petit boitier dans la liste des collections archivées. Dans le cadre de ses travaux de recherche, il souhaita l’étudier ce qui fut accepté. Il se rendit au musée pour le récupérer et lorsque l’employé lui demanda ses coordonnées il répondit :

    - Bic, professeur Bic ! 


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  • À Paris, ce lundi matin 8 avril 1912, après de faibles gelées matinales, il faisait frais, le ciel était clair, le vent faible et les prévisions annonçaient pour les prochains jours , la fin des gelées matinales et un temps très calme dans l’Atlantique Nord. L’hiver avait été particulièrement doux et pluvieux avec de nouvelles crues de la Seine début janvier et des moyennes de 10 à 16 degrés en février-mars dont une pointe à 25° à la mi-mars.

     

    Paradoxalement lors de l’arrivée du printemps, ce fut la chute des températures. Malgré le soleil et un temps sec, le thermomètre peinait à atteindre les dix degrés au meilleur de la journée, ce qui faisait dire à Louise, en descendant les escaliers pour relever sa boite aux lettres : 

    Décidément, il n’y a plus de saisons !

    Par contre il y avait du courrier, et même une lettre envoyée en express qui lui était destinée. Elle remonta en courant à l’appartement en agitant sa lettre et criant joyeusement :

    - Maman, maman, sir Bryan m’a écrit !

     

    Bryan, était un diplomate anglais, grand ami de son père ; tous deux  avaient œuvrés pour que soit signé l’accord franco-britannique du 6 avril 1904 connu sous l’appellation de « l’entente cordiale ce qui lui avait valu d’être anobli par le roi Edouard VII. Veuf sans enfants, il considérait Louise comme sa petite fille et Louise qui n’avait plus ses grands-parents l’aimait beaucoup.

     

    Au fur et à mesure de la lecture de la missive, Louise écarquillait ses yeux et trépignait de joie. Toute émue et excitée de ce qu’elle venait d’apprendre, elle fit à sa mère un résumé du courrier.

    Voici donc ce qui excitait tant notre jeune demoiselle !

    Comme il devait se rendre à New-York, Sir Bryan lui proposait de se joindre à lui.

    Nous serons hébergés chez des amis, écrivait-il ! il s’agit d’une famille dont le mari est vice-consul au Consulat général de France ; ils ont une fille de ton âge qui sera ravie de te faire visiter la ville pendant que je serai à mes affaires.

     

    Il avait joint à sa lettre, l’autorisation parentale que son père dans la confidence avait fait valider à Londres où il séjournait depuis trois jours, en mission diplomatique.

    - Je t’attends mercredi 10 rajoutait-il ! Irène, ta maman, en profitera pour rendre visite à sa sœur Antoinette de Cherbourg qui habite à quelques minutes à pied du port d’embarquement. Le paquebot doit appareiller pour 20h. Prends un minimum d’affaires, les new-yorkais sont très branchés, mode parisienne ; nous nous occuperons de ta garde-robe sur place

     

    Contes étranges - La TraverséeL’après-midi, fut joyeusement consacré par la mère et sa fille à quelques emplettes avant de se rendre à la gare St-Lazare où sept trains express par jour plaçaient la gare maritime de Cherbourg, inaugurée début 2016, à 6h de Paris. Cette gare maritime abritait les bureaux des différentes compagnies maritimes ainsi qu’une salle des Pas Perdus où les voyageurs pouvaient acheter souvenirs et journaux.

     

    Il restait fort heureusement quelques places dans une rame qui partait à 12h30 et donc arrivait à 18h30, ce qui laissait une bonne heure et demie de marge. Toutes heureuses, elles télégraphièrent à Londres et il fut convenu que Louise et sa mère, rejoindraient Antoinette et Bryan à la gare maritime pour 18h30 après-demain.

     

    Mercredi, plus de gelées matinales, douceur et ciel ensoleillé étaient de la partie ; l’express à vapeur quitta le quai de la gare St-Lazare à 12h30 précise. Ayant pris possession de leurs places en première classe, elles se rendirent pour un frugal déjeuner au wagon restaurant. De retour dans leur compartiment, Louise, placée côté fenêtre dans le sens de la circulation, était impressionnée de voir défiler le paysage à si vive allure. Elle dit à sa mère :

    - Le serveur du restaurant m’a précisé que l’express roulait en moyenne à 47km/h  avec des pointes à 52km/h, c’est impressionnant ! Les automobiles avec leur vitesse limitée à 30km/h sur route (20km/h en ville) donnent l’impression de se traîner.

     

    Irène, songeuse, était fière de sa fille qui avait obtenu à 18 ans la deuxième partie de son baccalauréat ; elle faisait partie du petit cercle des 130 filles à avoir décroché ce diplôme toujours dominé par les garçons avec près de 7000 bacheliers.

     

    Louise était admirative de Julie-Victoire Daubié une vosgienne tenace qui avait décroché le premier baccalauréat féminin à Lyon le 17 août 1861 à l’âge de 37 ans en totalisant six boules rouges, trois boules blanches, une boule noire. Ce système de boules était le moyen de vote des professeurs examinateurs. En ce temps-là, ils ne calculaient pas de moyenne. Une boule rouge signifiait un avis favorable, une boule blanche, une abstention, une noire, un avis défavorable.

     

    Perdue dans ses pensées, elle fut brutalement ramenée à la réalité par un arrêt brusque du train. Il était à mi-parcours, un peu avant la gare de Bernay dans l’Eure, à la hauteur du passage à niveau de Boucherville, lorsqu’il dû stopper à cause d’une bétaillère qui s’était retrouvée coincée entre les rails.

    Il fallut plus d’une heure pour que les rails soient dégagés et que le convoi reparte. Irène et sa fille étaient angoissées à l’idée de ne pas arriver à temps à Cherbourg.  Et effectivement, 20h était passé quand le train s’immobilisa à la gare maritime.

     

    Louise était en larmes quand elle débarqua sur le quai soutenue par sa mère. Très rapidement elles furent rejointes par Antoinette et Bryan. Ce dernier la prit tendrement dans ses bras en lui déclarant doucement :

    - Sèche tes larmes, ce n’est qu’un contretemps, j’ai été informé de l’incident et après avoir télégraphié au paquebot, le capitaine compréhensif s’est décarcassé pour que nos places soient reclassées sur « l’Olympic ». Ce transatlantique est plus petit que celui que nous devions prendre, mais il a une grande habitude du trajet et il restait quelques cabines de libre. Ce sera moins luxueux mais nous atteindrons New-York avec un seul jour de retard. Il appareille demain matin à 10h. Tu vois tout s’arrange.

     

    Louise retrouva des couleurs et son sourire et tapa une bise bien claquante sur la joue de sir Bryan. Elle lui demanda :

    - Comment s’appelle le navire que nous avons manqué ?

    - Le Titanic, répondit-il.

     

    Étonnant non !


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