• En 337, Constantin II succède à son père conjointement avec ses frangins Constance II et Constant 1er. Les trois galapiats décident de faire le ménage et commencent par éliminer leurs deux cousins : Dalmatius qui contrôle la Thrace, l’Achaïe et la Macédoine et son frère Hannibalianusrex regum et ponticarum (roi des rois des peuples du Pont). Pour l’anecdote soulignons que les cousins avaient tous deux été éduqués par Exupérius ; celui-ci était-il un lointain ancêtre de Saint-Ex ? L’histoire ne le dit pas. Ensuite, Le 9 septembre 337 en Pannonie, les trois frères se partagent l’empire : Britannia, la Gaule et l’Hispanie pour Constantin. L’Italie, l’Afrique et l’Illyrie pour Constant et l’Orient  pour Constance.
    Seulement voilà, Constantin veut faire valoir ses droit à la 
    primogéniture (notre droit d’ainesse du moyen-âge), d’autant qu’il conteste à Constant d’avoir reçu la Thrace et la Macédoine. Tu rajoutes à ce sac d’embrouilles la lutte entre factions qui rompe l’unité de la chrétienté (et ça continue, encore et encore) ; d’un côté en occident l’influence des papes de Rome favorise le catholicisme et de l’autre en orient Constance soutient l’arianisme. Alors, crac, boum, hue ! Nous voilà reparti pour une guerre fratricide.

    Constantin marche sur l’Italie, Constant lui envoie ses meilleures troupes d’Illyrie et en avril 340, Constantin se fait zigouiller dans une embuscade aux environs d’Aquilée (Vénétie). Redistribution des cartes : l’occident pour Constant et l’Orient pour Constance. Les deux frelots vont toutefois coexister malgré leurs divergences et leurs politiques religieuses contradictoires. Défense des frontières oblige !

    Constance est empêtré dans le conflit perse ; Constant mène une campagne victorieuse en 341-342 contre les Francs et en 343 il lutte contre les Pictes et les Scots le long du mur d’Hadrien en Bretagne. Sur le plan religieux  tous deux interdisent les sacrifices païens et la pratique de la magie ; ils encouragent la fermeture, mais non la destruction, des temples païens désaffectés. Paradoxe, Constant, qui est lui-même homosexuel, devient le premier empereur qui édicte une loi contre l’homosexualité, punissant de mort « cum vir nubit feminam viris porrecturam » « l’homme qui épouse un homme comme s’il était une femme » c’est-à-dire celui qui devient gay par passivité ou soumission ! Bonjour les tribunaux ! Comment déterminer ceux qui vivent leur passion en hommes libres  de ceux qui deviennent  invertis  « par soumission et passivité » ? Et bien sûr la loi ne concerne que les hommes, pas les fenottes.

    La vraie pomme de discorde (pas celle du jardin d’éden) entre les frangins, reste le schisme permanent entre catholicisme occidental et arianisme oriental qui conduit à des persécutions dans chaque camp. Finalement ce sera le statuquo en 346 chacun menant sa propre politique religieuse sans que l’autre n’y trouve rien à redire.

    Nous pourrions souffler un peu, seulement voilà : Constant n’est pas populaire car il a sans cesse besoin d’argent. Il accentue la pression fiscale, pratique ouvertement la corruption, et se montre peu regardant sur les exactions de ses hommes de confiance. Ça ne pouvait pas durer autant que la rue Michel ! Magnence un officier ancien esclave de Constantin 1er promu général en chef des armées du Rhin se fait proclamer empereur à Augustodunum (Autun), il pourchasse Constant qui taille la route vers l’Hispanie avant de  se faire rattraper à Helenae (Elne, Pyrénées-Orientales). Il se fait alors estourbir dans cette bourgade et dans le temple où il s’était réfugié. Ironie du sort Helenae est le nom donné à l’ancienne Illibéris par Constantin le Grand en hommage à sa mère et donc à la grand-mère de Constant. Vous l’avez deviné, Magnence est dès à présent considéré comme usurpateur et à nouveau, la chienlit s’installe pire que dans Games of Trones avec des conséquences irréversibles. D’autant que Népotien un neveu de Constantin 1er se fait lui aussi proclamer empereur ; heureusement, ce dernier ne règnera que 23 jours avant d’être battu et mis à mort sous les murs de Rome par Marcellin général de Magnence.

    La bataille de mursaNous assistons alors à ce qui s’apparente à une sorte de suicide de l’empire d’occident. D’un côté nous avons un contingent de 60 000 hommes composant l’armée romaine de Constance II et de l’autre 35 000 hommes composés d’unités romaines et de nombreux contingents barbares sous les ordres de Magnence. Dans un premier temps Constance prends en 351 la pâtée à Atrans en Slovenie. Il offre un compromis à Magnence. Celui-ci refuse et à son tour subit deux revers à Siscia en Croatie et Sirmium en Serbie. Les deux armées se regroupent et se retrouvent sur la Drave affluent du Danube à Mursa en Croatie. Nous sommes le 28 septembre 351.
    Les premières escarmouches donnent l’avantage à Magnence, mais coup de théâtre, le tribun Silvanus, officier franc (mais pas franc du collier. Bon d'accord l'expression est un peu facile, mais j'aime bien), entraîne son contingent de cavalerie (cataphractes et archers à cheval asiatiques) vers les troupes de Constance pour se mettre sous ses ordres. La bataille commencée en fin d’après-midi avec de multiples assauts voit la victoire pour la première fois d’une cavalerie lourde sur les légionnaires et Magnence mit en déroute prend la fuite. Sur le champ de bataille on dénombre 30 000 morts parmi les 60 000 soldats de Constance et 24 000 victimes pour les 35 000 hommes de Magnence. Cette hécatombe est d'une telle ampleur chez les deux belligérants que la puissance romaine de l’empire d’Occident ne s’en remettra jamais. D’autant que dans les mois qui suivirent, les tribus germaniques profitèrent des frontières dégarnies pour envahir les provinces gauloises qu’elles ravagèrent sans opposition. Magnence connaît de nouveau la défaite aux Mons Seleucus  (La Batie-Montsaléon, près de Gap). Il parvient jusqu’à Lugdunum où il se donne la mort le 10 août 353. Il faut dire que pour une fois, les gones l'avaient fraîchement accueilli ; ils n’avaient cette fois, pas pris fait et cause pour le mauvais cheval.
    Constance devient donc le seul maitre de l’empire romain.
     

    Fin de l'épisode, à suivre...


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  • 34e épisode - Constantinople - Le concile de NicéeEn 324 Constantin transforme Byzance en Constantinople « la nouvelle Rome » pour des raisons stratégique car bâtie sur un site naturel pratiquement inexpugnable à l’inverse de Rome. La cité est située près des frontières du Danube et de l’Euphrate ce qui permet de contenir les Goths et les Perses. Si des temples païens y sont implantés, très vite la ville ne comportera que des édifices religieux chrétiens. Il fait construire un palais royal, un Hippodrome (nouvelle dénomination des cirques romains) et l’église de la Sagesse Sacrée (Sainte-Sophie). 

     

    L’organisation du pouvoir central est modifié avec le remplacement du Préfet du prétoire par le questeur du Palais sacré qui rédige les édits et dirige le consistoire ; le maître des offices est en charge du personnel administratif, le maître des milices gère l’infanterie et la cavalerie, le comte des largesses sacrées dirige le fisc ; j’aime bien le terme largesses sacrée, ça fait un peu chinois. Vous me voyez arriver au centre des impôts et déclarer : « Bien le bonjour madame la préposée à l’accueil, je souhaite m’acquitter de ma redevance et faire cinq sous à monsieur le contrôleur des largesses sacrées. C’est plus classieux que : où est ce trouffignon de percepteur que j’y refile mon chèque. »  
    Le Sénat reprend la première place dès 312 avec le transfert des chevaliers ce qui lui confère un effectif qui passe de 600 à 2000. Mais la grande nouveauté est cependant l’augmentation des fonctionnaires travaillant dans les bureaux centraux. Une foule de notaires, d'agents secrets (les agentes in rebus), près de 1 000 fonctionnaires font de l’Empire romain une véritable bureaucratie.

     

    Pour favoriser les chrétiens il abroge les lois sur le célibat, impose le repos dominical autorise l’affranchissement des esclaves par déclaration dans les églises à qui il autorise de recevoir des legs. Les plaideurs peuvent choisir entre le tribunal civil ou la médiation de l’évêque. Il promulgue des lois contre la prostitution des servantes d’auberge, renforce le poids du mariage avec le sacrement religieux, punit l’adultère d’une femme avec son esclave et restreint le droit au divorce.

     

    Sur le plan économique il institue le solidus, monnaie d’or appelée sou dont la stabilité et l’abondance est assurée par la confiscation des stocks d’or des temples païens, mais la dévaluation des monnaies d’argent et de bronze appauvrit les couches modestes de la population.

     

    34e épisode - Constantinople - Le concile de NicéeA cha peu un cuchon de monde abjurèrent leurs croyances païennes tout en conservant leurs croyances et leurs pratiques superstitieuses. C’est ainsi que le christianisme romain adopta et intégra une partie du culte impérial et des fêtes comme les saturnales et le 25 décembre (sol invictus) qui devinrent les fêtes de la nativité. Pour les ceusses qui connaissent ou étudient les religions, le culte de Mithra qui a disparu et a été annihilé notamment parce qu’il n’y avait pas d’écrits, de nombreux points communs concernent les deux religions telles la masculinisation des officiants, quelques dates de fêtes, la mitre et la crosse des évêques...34e épisode - Constantinople - Le concile de Nicée

     

    Pour mettre fin aux querelles qui divisent les chrétiens, Constantin convoque et préside le Concile de Nicée en Bithynie (Turquie) le 20 mai 325. Il s’achèvera le 25 juillet avec la promulgation d’une profession de foi ou credo qui n’est autre que le ‘’Je crois en Dieu...’’ actuel, c’est-à-dire la croyance en la Trinité, Dieu le père, Jésus Christ le fils et le Saint-Esprit. 20 ‘’canons’’ fixent les règles comme par exemple : la discipline (le canon 3 interdit aux clercs d’avoir une femme dans sa demeure à l’exception de sa mère, sa sœur, sa tante ou de quelque personne au-dessus de tout soupçons), l’ordination des évêques, l’excommunication, la gestion et les attributions hiérarchiques... le canon 20 est assez surprenant : il interdit la génuflexion pour prier le dimanche et pendant la Pentecôte.


    Enfin la lettre dite ‘’encyclique aux églises’’ accentue la scission entre les religions juive et chrétienne : « la question touchant la fête de Pâque y ayant été agitée, tous sont demeurés d'accord d'un commun consentement de la célébrer le même jour… Tous ont jugé que c'était une chose indigne, de suivre en ce point la coutume des Juifs… Ils sont si fort éloignés de la vérité, même en ce point, qu'ils célèbrent deux fois la fête de Pâque en une année… Embrassez donc volontairement l'usage, qui est établi à Rome, en Italie, en Afrique, en Égypte, en Espagne, en Gaule, en Angleterre, en Achaïe, dans le Diocèse d'Asie et de Pont, et en Cilicie. » Vous y voyez les gones que la connaissance de l’histoire explique bien des turpitudes qui agitent encore notre monde moderne.
    Ainsi se met en place ce que nous appelons le césaropapisme un régime où les pouvoirs politique et religieux sont séparés mais pas dissociables car le détenteur du pouvoir politique considéré d’essence divine exerce son autorité sur l’église sans empiéter dans le domaine du dogme et l’empereur est soumis aux mêmes obligations morales et spirituelles que les autres fidèles. Il en sera ainsi jusqu’à la Révolution française.

     

    Constantin, n’a pas pour autant négligé la protection des frontières au cours de son règne. Sur le Rhin il combat les Francs et les Alamans en 306 309 et 313 et la reprise des relations commerciales atteste du calme revenu. Sur le Danube il remporte une grande victoire sur les Sarmates à Campona en 324 puis refoule les Goths la même année. Depuis la paix de 297, la Perse est demeurée relativement tranquille, mais (encore un coup de la sorcière aux dents vertes) tout par en quenouille en 333 quand les Perses sassanides de Shapur II tentent de dominer l’Arménie et persécutent les chrétiens avant de déclarer la guerre en 337. L’empereur envisage une croisade (déjà ! c’est y pas dieu posse) en se faisant accompagner des évêques. Mais il meurt en mai 337 en Nicomédie au milieu des préparatifs de la campagne.
    D’après Eusèbe de Césarée il serait mort le 22 mai, le dimanche de Pentecôte.

     

    Selon le ‘’parler gaulois de Lugdunum’’, l’actuel ‘’parler lyonnais’’, à cha peu signifie petit à petit, un cuchon c’est un grand nombre et le mot monde quand il représente les personnes, est toujours un pluriel invariable (c’est singulier, je sais !) ce qui explique que le verbe abjurèrent soit conjugué au troisième pronom du pluriel.

     

    Les empereurs laissent parfois des traces indélébiles : Constantin : la chrétienté, Charlemagne : l’école (pas la barbe fleurie) et Napoléon : le code civil (pas la main dans la vareuse ! soyez pas tarabates ce qui signifie sots et turbulents).

     

    Tout ceci est une autre histoire.


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  • C’est-y pas dieu posse que d’y croire, mais pour sûr en ce début du IVe siècle nous voilà à l’aube de notre monde moderne. C’est toutefois un accouchement aux forceps. Résumons la situation :

    Lorsque le fils de Constance Chlore,  Flavius Valerius Aurelius Constantinus âgé de 34 ans en 306 est proclamé 34e empereur sous le nom de Constantin 1er par les légions de Bretagne, nous sommes en période de répression à l’encontre des chrétiens.

    Après les abdications de Dioclétien et Maximien Hercule en 305, il nous reste Constantin Chlore et Galère auxquels s’ajoutèrent deux césars : Sévère et Maximin Daïa, puis ce fut au tour de Maxence fils de Maximien Hercule d’être nommé césar par le peuple de Rome, et dans la foulée Maximien reprend son titre. Galère choisit alors Licinius officier Illyrien comme César et puisque selon le proverbe « plus on est de fous plus on rit », voilà-t-y-pas qu’en Afrique, Domitius Alexander se déclare prétendant à la pourpre impériale. Même si Constantin Chlore dépote son géranium en 306 et rejoint la camarde, nous nous trouvons avec une heptarchie de sept empereurs ou usurpateurs (ça dépend d’où on se place). C’est tout de même la chienlit* comme disait le Général en 1968.

    * Le terme masculin « chienlit », avec le temps devenu péjoratif, désigne initialement au Moyen-Age un personnage typique du Carnaval de Paris, personnage appelé « chie-en-lit » parce que vêtu d’une chemise de nuit avec le postérieur barbouillé de moutarde. C’est Rabelais dans Gargantua qui a utilisé le premier le terme chienlit pour synonyme de désordre, mot repris par Zola dans l’Assommoir et Nana avant d’être popularisé par le général de Gaulle lors des z’évènements de mai 68.

    Les 7 empereurs

    La bande des sept nains va tout d'abord s’éclaircir : pour commencer, Maximien se suicide en 310 alors qu’il est assiégé dans Marseille par Constantin, puis en 311 Domitius Alexander vaincu en Afrique est éliminé par Maxence et enfin Galère malade ferme son parapluie la même année. Et un et deux et trois zéro...
    Mais le grand tournant se produit en 312 : à la bataille du Pont Milvius, Constantin élimine Maxence et prend Turin ; il règne alors sur l’Occident. De son côté, Licinius défait Maximin Daïa en 313 à Andrinople et règne sur l’Orient.
    Nous revoilà donc dans une diarchie scellée par le mariage de Licinius et Constantia la demi-sœur de Constantin. Mais l’entente cordiale s’effrite vite car chacun des deux vainqueurs se la péte grave comme disent les jeunes. Ils commencent à se chicorner jusqu’à tant que Licinius en 324 soit vaincu à Andrinople et Chrysopolis. Malgré sa soumission, il se fait rapidement exécuté (avec son fils pour faire bonne mesure). Constantin règne alors seul pendant 14 ans assisté de ses fils Crispus (qui sera exécuté en 326, mais nous n’avons aucune trace du motif de cette exécution), Constance II et Constant auxquels se joignent ses neveux : Flavius Dalmatius en 333 et Flavius Hannibalus en 335.

    Constantin mystique ? Chrétien ? Comment en est-il arrivé là ?

    Les historiens sont très partagés sur la conversion de Constantin et en l’absence de tweet sur les réseaux sociaux nous avons quelques écrits (certes sujets à caution, mais faut arrêter de chipoter !) et surtout la biographie et l’hagiographie (récit de la vie des saints) d’Eusèbe de Césarée évêque de Palestine et proche de l’empereur.

    Constantin est monothéiste comme son père. Il reste attaché au culte de Mithra (Sol Invictus). Il s’intéresse pourtant au christianisme ce qui explique qu’il conforte l’édit de Sardique promulgué par Galère en 311 (voir épisode 32) par l’édit de Milan en 313 qui n’officialise pas le culte chrétien mais le libéralise et le place à égalité avec les autres cultes et donc les chrétiens ne subissent plus de discriminations et retrouvent les biens qui leur avaient été confisqués.

    Tout commence en 309 dans le sanctuaire des eaux gallo-romain de Grand (proche de Neufchâteau dans les Vosges à la frontière de la Haute-Marne) dédié à l’Apollon gaulois Grannus, dieu guérisseur et oraculaire. L’empereur y aurait eu une vision du dieu lui conférant un signe solaire de victoire.

    ConstantinEnsuite en 312, une apparition de la Croix dans le ciel vue par lui-même et son armée confirme un songe prémonitoire lui annonçant sa victoire contre Maxence au Pont Milvius. Jésus lui apparait en rêve et lui montre un chrisme flamboyant en lui disant « hoc signo vinces » par ce signe tu vaincras !

    Il fait alors apposer ce signe (formé des deux lettres grecques Khi (Χ) et Rho (Ρ), les initiales du mot Christ) sur le labarum (étendard impérial) et sur le bouclier de ses légionnaires. Ce chrisme deviendra l’emblème de la chrétienté combattante.
    En 326, une légende racontée par des païens de la ville d’Harran affirme que l’empereur qui était alors atteint de la lèpre se serait converti parce que les chrétiens acceptent dans leurs rangs les lépreux. Pour se soigner, il doit se baigner dans le sang de nouveau-nés, mais touché par les pleurs des mères il refuse. La nuit suivante saint Pierre et saint Paul lui apparaissent en songe et lui disent de se présenter à l’évêque Sylvestre au Mont Soracte (montagne isolée de la vallée du Tibre à 50km au nord de Rome). Il suit le conseil et guérit de la lèpre.

    De tout temps et dans toutes les civilisations, les personnages régnants, rois, empereurs tyrans et autres autocrates se sont entourés de devins, de prédicateurs et ne manquent jamais de se prévaloir de leurs songes ou visions pour justifier leurs actions et leur légitimité.
    Rappelez-vous, non pas le vase de Soissons, mais l’apparition à la bataille de Tolbiac d’un ange qui propose à Clovis d’échanger les trois crapauds (symbole païen) qui ornent son bouclier contre trois lys d’or et la fleur de lys devint l’emblème de la monarchie française jusqu’en 1830. Quand à Charlemagne, il est crédité de quatre songes (initiés par l’archange Gabriel) dans la chanson de Roland. Pour Henri IV, c’est Ravaillac, suite à une vision qui assassine le roi, lequel avait pourtant été prévenu par son astrologue ; surprenant non !

    Quelques marque-mal affirment que Constantin s’est converti pour piller les temples païens afin de financer Constantinople (je vous en parlerai prochainement). D’autres prétendent que c’est pour expier ses crimes car il a tout de même fait périr son fils ainé Crispus, sa fenotte Fausta et une partie de ses proches pour des motifs personnels et politiques.
    En fait, son baptême a lieu en 337 sur son lit de mort conformément à la coutume de l’époque où les fidèles attendent le dernier moment pour recevoir le baptême afin de se faire pardonner leurs péchés antérieurs. Ce serait aussi, dit-on, le fruit de vingt-cinq années de son cheminement intérieur.

    Il s’agit cependant de quelques balbutiements de l’amorce de notre civilisation judéo-chrétienne, concept qui a été créé au XIXe siècle et qui est utilisé pour désigner le groupement des croyants en un dieu unique se réclamant de la bible et qui ont modélisés notre civilisation depuis Constantin.
    A son époque, les chrétiens ne constituent qu’une minorité de ses sujets répartis essentiellement en Orient et en Afrique du Nord et donc la politique impériale si elle est favorable aux chrétiens ne persécute jamais le paganisme car l’unité de l’empire passe avant tout.
    Retenons de cette attitude ambivalente l’abandon progressif du monnayage au type de Soleil pour la représentation sur les monnaies de symboles chrétiens, la reconnaissance des tribunaux épiscopaux et surtout l’instauration en 321 du dimanche (jour du soleil païen) en jour férié obligatoire sauf pour les travaux des champs bien sûr.

    Vous y voyez mes mamis que l’histoire est pleine de surprises et d’inventivité et se suit comme les séries actuelles genre Réal Humans, House of Cards et Game of Thrones. La réalité et la fiction se rejoignent bien souvent. Le prochain épisode sera surement bien croquignolet ne croyez-vous pas !

    Fin de l'épisode, à suivre... 


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  • Carus préfet du prétoire est proclamé empereur par l’armée. Il refuse  dans un premier temps, puis accepte à la confirmation de la mort de Probus. Il accorde aussitôt le titre de César à ses deux fils : Carin, à qui il laisse le gouvernement de l’Occident et Numérien qui l’accompagne en Orient. Tous deux mènent une campagne victorieuse contre les Sarmates en Pannonie et les Perses jusqu’à atteindre leur capitale Ctésiphon. 
    Et là, parlant par respect, ça part en sucette ; Carus meurt subitement en août 283, frappé par la foudre dans sa tente. Alors croyant à la colère de Zeus, l’armée exige de revenir en territoire romain. 
    De son côté, Numérien atteint d’une affection oculaire est resté cloîtré dans sa tente. Son beau-père Arius Aper préfet du prétoire l’y trouve clamsé. Il a sans doute pété un câble car il dissimule la mort et installe son beau-fils en litière fermée avant de prendre la route. Mauvais plan, car l’odeur de putréfaction fait découvrir la supercherie. 
    Mis en accusation, Aper n’a pas le temps de s’expliquer, qu’il se fait poignarder par Dioclès commandant de la garde impériale lequel est aussitôt nommé empereur par les soldats. 
    Ça sent un peu l’arnaque comme si Dioclès avait été l’instigateur de la décision stupide d’Aper (qui était le prétendant légitime à la pourpre impériale, puisque préfet du Prétoire) pour ensuite le zigouiller avant qu'il ne dévoile "le poteau rose" et devenir ainsi calife à la place du calife (dixit Iznogoud. Rappelez-vous !).

    Comme de bien s’accorde il y a embrouille entre Dioclès et Carin qui, malgré son avantage en 285 sur les troupes de Dioclès, se fait assassiner par un officier dont il avait séduit la femme ; c’est ballot non ! Et donc, c'estsous le nom de Dioclétien que le nouvel empereur devient le seul maître de l’Empire romain. 
    Après son accession au pouvoir, en 286, Dioclétien nomme 
    coempereur son collègue Maximien Hercule puis il délègue encore son pouvoir en nommant le 1er mars 293, Galère et Constance Chlore. En vertu de cette « Tétrarchie » chaque empereur règne sur un quart de l'Empire. Dioclétien sécurise les frontières de l'Empire et combat toutes les menaces de son pouvoir. Il bat les Sarmates, les Carpes, les Alamans et les usurpateurs d’Egypte ; il fait campagne avec succès contre les Sassanides, met à sac Ctésiphon en 299 puis négocie et réalise avec les Perses une paix durable. Dioclétien quitte le pouvoir, le 1er mai 305. Il est ainsi le seul empereur romain à abdiquer volontairement. Il meurt dans son palais en 311. 
    Pendant son règne, Dioclétien a procédé à une refonte totale des provinces qui sera complétée par ses successeurs. Les provinces passent de 47 à 85 qui sont regroupées, à l'instar des légions en douze diocèses gérés par des vicaires recrutés dans l’ordre équestre et dépendant uniquement de l’empereur. Parallèlement, des changements sont opérés dans le personnel administratif : cette mesure vise tout à la fois à multiplier le nombre de fonctionnaires attachés aux bureaux des gouverneurs, et à rapprocher l'administration des habitants de l'Empire.

    La grande persécution anti-chrétienne (303-311)

    Une nouvelle persécution contre les chrétiens démarre à partir de 303. Galère craignant la vengeance des dieux tutélaires encourage Dioclétien à sévir pour assurer l'unité de l'Empire. Quatre édits universels sont promulgués en 303-304 et affichés dans toutes les villes d'Orient. Ils entendent désorganiser complètement les communautés chrétiennes en rendant leur culte impossible 
    - les églises et les livres sacrés doivent être brûlés. 
    - les évêques sont emprisonnés et les chrétiens qui occupent des fonctions officielles sont radiés, 
    - les esclaves ne peuvent plus être affranchis.
    - les repentis doivent être libérés.  
    - la peine de mort est appliquée contre tous ceux qui refusent les sacrifices.
    Les crieurs publics convoquent tous les habitants (hommes, femmes et enfants) pour les y contraindre : il est difficile de s'y soustraire puisque l'appel est nominatif. La persécution est cette fois systématique et repose davantage sur l'administration locale, plus présente depuis les réformes de la tétrarchie. 
    Je croyais que l'admistration devait se raprocher de l'usager, pas l'exterminer !!! Oui, mais le chrétien c'est pas un usager, c'est un "sectaire". Ah bon, même s'il paye ses impôts ? Tu chipotes, l'administration est au service de l'usager, s'il ne contrarie pas le gouvernement en place. Ok! en résumé on peut aussi dire que démocratie c'est la contraction de "des mots crasses, si !" Tais toi on va finir dans l'arène... 

    Elle dure jusqu'en 311 en Orient où l'édit de tolérance dit "édit de Sardique" suspend ceux de 303-304. Il est promulgué le 30 avril 311 par le même Galère qui avait été l’initiateur de la persécution et cela quelques jours avant sa mort (en mai) ; se sentant copain avec la grande faucheuse, il a peut-être pris la pétoche en craignant de se faire houspiller par les dieux, à son arrivée aux champs élysées, pour avoir poussé le bouchon un peu trop loin.
    La répression avait été mise en sommeil très tôt en Occident : Constance Chlore, (mort lui aussi de mort naturelle le 25 juillet 2006) qui gouvernait en Gaule avait mis si peu d'ardeur à appliquer les édits qu'on n'y connaît aucun martyr et d'ailleurs, les auteurs antiques parlent de milliers de victimes, surtout dans la partie orientale de l'Empire (ce qui révèle que la part des chrétiens dans la population de l'Empire s'est considérablement accrue). Saint-Sébastien est une des victimes les plus célèbres de cette persécution (fresque de Véronèse au Vatican)

    Pendant vingt ans, l'Empire a donc vécu dans une relative stabilité politique tandis que les menaces extérieures ont été fortement diminuées durant la dernière décennie tant sur la frontière rhéno-danubienne que sur le front perse. Il subsiste cependant entre 206 et 210 une période un peu cafouilleuse qui ressemble un peu à l’anarchie jusqu'à l’officialisation du règne de Constantin fils de Constance Chlore, mais ceci est une autre histoire...

    Fin de l'épisode, à suivre...


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  • L'assassinat d'Aurélien, aussi incongru qu'inopiné et surtout sans une seule motivation de prétendant à l'imperatorius purpura, laisse perplexe l'Armée qui se trouva fort dépourvue (comme la cigale quand la bise fut venue) de candidats à ce qui ressemble à une forme de suicide personnel. Au bout de deux mois, l'Armée refile la patate chaude au Sénat qui offre en septembre 275, le titre impérial à Tacite un sénateur de septante-cinq ans. 
    Plein aux as et sans héritier, il fourgue sa fortune de près de 300 millions de sesterces pour renflouer les caisses de l'Etat. Il promeut Probus un général bien vigoret, commandant de l'armée d'Orient pour assurer la protection des provinces de Syrie et d'Egypte. De son côté, avec son frangin Florien, il part guerroyer en Asie Mineure oùsque les Goths viennent d'atteindre la Cilicie. Victorieux, il n'a pas le temps de profiter de sa victoire qu'il chope une infection purulente et mortifère et donc dépote son géranium en juin 276. Aussi sec, Florien le remplace mais il se fait dégommer par ses soldats à Tarse en septembre, lesquels se rallient à l'armée d'Orient qui avait nommé Probus empereur dès le mois de juillet. Prudent, le Sénat ratifie le choix des militaires.

    Agé de 44 ans, l'empereur est un brillant stratège. Il se dirige vers la Gaule esbignée grave par les raids des Francs et des Alamans qu'il défait en 277 à leur retour vers le Rhin. La dérouillée est sévère avec plus de 400 000 barbares tués et 16 000 enrôlés dans l'armée romaine et tout le butin est récupéré. Sur sa lancée, en 278, il récupère les Champs Décumates entre Rhin et Danube, mettant ainsi la Gaule à l'abri des raids germains. L'année suivante, il poursuit ses campagnes victorieuses en Rhétie contre les Vandales et les Burgondes ainsi qu'en Thrace contre les bandes de Sarmates. De leur côté ses légats ramènent l'ordre en Isaurie (région des Monts Taurus en Turquie) et cerise sur le gâteau, la pacification s'achève par une trêve signée avec le roi de Perse Vahram II. C'était pas rien un cogne-mou le Probus ! Pour compléter le tableau, rajoutons les trois tentatives d'usurpation qui font long feu comme des pétards mouillés :
    En 280 Saturninus proclamé à Alexandrie, se fait assassiner par ses troupes assiégées à Apamée en Syrie par les légions fidèles à Probus. La même année, à Cologne, Bonosus un marque-mal avait sottement laissé les Germains incendier la flotte du Rhin. Pour ne pas se faire houspiller, le couyon avait cru bon de se proclamer empereur ; mais il se fait battre par Probus et choisit le suicide. En 281, les habitants de Lugdunum nomment Proculus un riche marchand empereur. Par Sainte Marie Alacoque, les gones avaient dû forcer sur le beaujolais car le gugusse est un rien pétochard puisqu'il file se réfugier chez les Francs dès qu'il apprend que l'armée régulière marche sur la ville. les Francs pas franchement ravi de l'encombrant personnage, le livrent à l'empereur qui manu militari le fait exécuter. Et un et deux et trois... zéros !

    Malgré les batailles, Probus prends aussi des mesures de rétablissement économiques notamment en faveur de l'agriculture. C'est à lui que nous devons nos beaux vignobles et Gnafron et son copain Guignol ne vont pas s'en plaindre. En effet, l'empereur autorise à nouveau la culture de la vigne et la production de vin en Gaule et en Pannonie, annulant l'édit Domitien promulgué deux siècles plus tôt et qui avait interdit la plantation de vignes.
    Il installe aussi des colons germains, Francs et Alamans sur des terres agricoles abandonnées. Il avait bien essayé avec les Goths qui à la première occasion se révoltaient et pillaient autour d'eux ce qui leur valu d'être massacrés et refoulés en dehors de l'empire. Enfin il lance des travaux de voirie, de drainage et de bonification des terres obligeant les propriétaires à entretenir les canaux d'irrigation.

    Nous sommes en 281 et il peut enfin célébrer son triomphe à Rome où il donne des jeux magnifiques ; joutes de plus de 600 gladiateurs, décors de centaines d'arbres pour des "chasses" de milliers d'animaux exotiques. On lui doit cette phrase en référence au fait d'avoir pacifié l'empire : " Brevi milites necessarios non habebimos " " Sous peu nous n'aurons plus besoin de soldats ".
    En 282, il nomme Carus préfet du prétoire et lui confie la défense de l'Occident. Il se met en route vers l'Orient pour entreprendre la conquête de l'Arménie et de la Mésopotamie contre les Perses. 

    Pour donner une bonne image de l'armée impériale auprès des populations et parce qu'il n'aimait pas voir ses troupes désœuvrées, il avait pour habitude de les faire participer à des travaux divers comme la plantation de vigne, l'assèchement des marais ou le percement de canaux. Et c'est là que ça tourne en béchamel ; Apinchant des soldats qui se la jouent traine-savate, il les houspille et les légionnaires fatigués et surpris, pètent un câble et se transforment en mutins. Probus se réfugie dans une tour d'assaut, mais les légionnaires y mettent le feu le poursuivent et le trucident quand il s'échappe du brasier.

    Rapidement informée, la curie Romaine est choquée ; les mutins sont rapidement arrêtés et jugés et de nombreuses condamnations à mort sont prononcées pour l'exemple ainsi que des peines de travaux forcés dans les mines de Dacie. 
    Le règne de Probus s'annonçait pourtant long et glorieux : au moins une vingtaine d'années au lieu de six. Il laisse en héritage un empire sorti de crise aux fondations solides et bien administré. Il a certainement contribué à repousser d'un siècle la chute de l'empire romain et pourtant son action n'est pas évoquée dans les manuels d'histoire : "Ingratus de memoria" "la mémoire historique est ingrate". 

    En parlant d'ingratitude, la fable "le Loup et de la Cigogne" en est un bon exemple.

    Fin de l'épisode, à suivre... 

    Le Loup et la Cigogne

    Le loup c'est bien connu, est un fieffé glouton
    Qui baffre sans respirer les agneaux, les moutons
    En étant si pressé, il aurait pu crever
    D'un bout d'os de gigot planté dans le gosier

    Il avait, n'en déplaise, comme d'autres arsouilles
    Une bonne dose de bol, le cul bordé de nouilles
    Car notre amie Cigogne qui s'en venait par là
    Du loup tout gargouillant sans crainte s'approcha

    Arnouchant le tableau, elle oeuvra aussi sec
    Dans la gueule du loup, en y plongeant son bec
    Retira l'osselet, le montra pas peu fière
    Au loup ragaillardi, réclamant son salaire

    Te fourguer mon oseille, t'as fumé la moquette
    Ne t'ai-je pas, bon zig, laissée en vie minette
    Sans te croquer le cou si près de mes chaillottes
    Alors casse-toi ingrate ou sinon j'te boulotte


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