• Épisode18 - Les premiers prétendants

    Adam et Eve, j’y crois plus. La pomme, ça peut pas être mauvais, c’est plein de pectine.
    Jean-Claude Vandamme. 

    Où le baiser libérateur finalement, c’est comme aux élections, il faut un second tour.

    Nous voici samedi matin, avec notre caméra dirigée vers le château. Les fenottes sont toutes chez leurs coiffeuses pour se faire mistifriser ou chez leur esthéticienne pour un maquillage qui ne soit pas celui d’une poutrône tartinée ripolin. Les gones s’habillent en propre et se tiennent sur leur quant à soi avec leur vagnotte du dimanche, en faisant attention à ne pas se saloper pour ne pas se faire agonir de sottises par leurs bourgeoises. Les petits mamis ont la ronfle parce que les garçons en costumes de marin et les filles en robe à fanfreluches doivent se tenir à carreau sans faire de polisses pour ne pas se déssampiller. Tout le monde est donc tiré avec les quatre épingles pour la cérémonie du tantôt.


    Épisode18 - Les premiers prétendantsInstallée sur la plus haute tour du château, Anne, la gouvernante de Blanche-Neige fait le pet avec sa lorgnette pointée en direction de la grand ‘route principale. Son frangin l’interpelle sur le chemin de ronde, un poil plus bas.  
    Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

    Arrête de me courir sur le haricot ! rebrique-t-elle, je ne vois que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie.
    Elle avait été au service de la Barbe-Bleue avant que le salopiot ne se fasse gaulé par sa septième gisquette qui le surveillait derrière le poteau rose qui donnait sur la pièce fermée à clefs où il planquait ses six premières victimes. Le commissaire Juve aidé de Fantômas, l’arrêta et il fut condamné à éternuer dans le son, par la bascule à charlot.
    Enfin, un peu avant midi elle se met à bieurler :
    - Les voilà, les voici, les voilou ! Trois cortèges se pointent en direction de la casbah. Ils devraient poser leurs valises sur le coup des trois plombes !

    Aussi sec une estafette enfourche sa meule une Guzzi Stornello V711 pour aller prévenir nos amis.

    Caroline rejoint la chambre de la princesse pour lui refaire un maquillage avec le matos extrait du sac Vuitton de l’orpheline. Les bénévoles encadrés par Hercule, Dynamite et Grisbi sont déjà là pour canaliser la foule qui va ralléger à partir de quatorze heures. Bouftou et Rêveur s’occupent des traiteurs, Dandy gère les comédiens et Cosinus reçoit la presse, les équipes de téloche et de radio venus couvrir l’évènement en direct live.

    A quinze heures, le coinsteau d’ordinaire calme prend des allures de foire comme celle de Beaucroissant, la plus ancienne de France qui existe depuis 1219. Le soleil radieux est de la partie. Le pardingue en sapin avec son couvercle vitré ouvert est déposé sur le catafalque laissant entrevoir la frimousse souriante de Blanche-Neige comme si elle s’amusait de toute cette effervescence.  

    Le premzire à se présenter est le seigneur Don Diégo De la Véga, un bellâtre bien propre sur lui du genre hidalgo qui s’est illustré sous le sobriquet de Zorro à Los Angeles (ville que des médisants appellent L’Œuf en Gelée) une petite bourgade de Californie espagnole qu’il libéra de la tyrannie du capitaine Monastorio. Après avoir salué la foule, il esquisse quelques moulinets avec sa rapière, faisant bavocher les mioches et les minettes. Il s’approche du cercueil et se penche vers les lèvres offertes lorsqu’il ressent une vive douleur dans son fondement et se relève brusquement. Il vient de se faire piquer les miches par sa dulcinée Catherine Zeta Jones qui le saisit par le lobe de son étiquette.
    On n’est pas chez les mormons, piaille-t-elle alors rejoint le foyer conjugal ou tu vas goûter de mon rouleau à pâtisserie ! En couinant il s’exécute sous les quolibets du public hilare qui applaudit à tout rompre.

    Vient ensuite le prince Vlad IV de Valachie, fils d’un chevalier de l’ordre du dragon créé en 1418 pour la défense de la chrétienté et plus connu sous le sobriquet de Dracula. C’est pourquoi, quand il se penche à son tour le silence se fait et on esgourde plus que le claquement des mandibules des gens qui se cocounent les uns contre les autres. Mais heureusement Cosinus avait eu la précaution de mettre au fond de la boite à viande quelques chapelets d’ail et crucifix en bois d’olivier (des contrefaçons made in china) récupérés lors d’un voyage à Bethléem.
    Vlad se relève à son tour plus pâle que jamais (un comble pour un vampire) avant de prendre ses cliques et ses claques et de retourner en Transylvanie.  

    Le troisième invité se présente sans dire un mot ; un bel homme à la chevelure ondulante et une barbe bien taillée, vêtu d’une toge et chaussé de spartiates, le haut de son visage est recouvert d’un masque. Il s’approche à son tour et se penche. Tout le monde retient son souffle lorsqu’à la dernière seconde, il se redresse brutalement arrache son masque et d’une voix forte en scrutant le ciel le montrant du poing, il déclare :
    - Suffit Athéna ! Tu m’as déjà roulé dans la farine avec Circée et Nausicaa et poursuivit de tes turpitudes pendant des années, mais cette fois tu ne m’auras pas. Je ne peux épouser la princesse malgré sa grande beauté, je pars rejoindre ma bien-aimée Pénélope qui m’attend à Ithaque ! Un éclair de chaleur zèbre alors le ciel !!! C’est Zeus qui se marre.  Vous l’aviez deviné bien sûr, il s’agit de notre ami Ulysse qui descend de l’estrade monte dans son char et part au grand galop jusqu’à Saint-Exupéry louer un jet privé pour retourner en Grèce.

    Comme c’était le dernier prétendant, la foule se disperse en commentant ce qui vient de se passer tandis que les journalistes rédigent leur papier pour la une du lendemain et JR avec son équipe prépare le JT de 20h. JR, Jules Ricard, est un cousin de Jean-Pierre Pernaut ; il officie aux infos du soir à la téloche.   

    Fin de l’épisode, à suivre...

    Le samedi était un galop d’essai, plusieurs princes sont attendus demain. Allons-nous enfin connaître celui qui épousera Blanche Neige ?
    Réponse A – En arnouchant les infos du samedi, les futurs se disent que la mominette porte la scoumoune et que vaut mieux aller voir ailleurs ; ils se cassent car ici ils n’ont pas d’avenir.
    Réponse B – Aucun ne va faire l’affaire et dès que le soleil se couche, la gisquette va disparaître en poussière ; circulez, y’a rien à voir !
    Réponse C – En fait de prince charmant, c’est un escroc, poivrot et violent qui va l’emporter et l’orpheline va vivre malheureuse et n’aura pas d’enfant.
    Réponse D – Non mais ça va pas la tête ! Il va forcément y avoir un prince charmant. Accrochez-vous à votre babasse, car celui-là vous n’allez pas le voir venir ! Devinez !

    Glossaire 
    Poutrône  mot typiquement lyonnais pour désigner une tête grossière de carton sur laquelle les modistes faisaient leur bonnet. C’est aussi une poupée d’enfant en carton puis en chiffon sans bras ni jambes. À la révolution, la Poutrône était le sobriquet de la statue de la déesse Raison. Par extension, c’était aussi une femme de mauvaise vie car le mot vient du vieux français poutre, jument.

    S’habiller en propre, c’est mettre ses habits du dimanche. 
    La vagnotte ou redingote, veste du dimanche, était dans nos campagnes une sorte de bât pour les ânes, c’est donc par irrespect que les paysans comparait les gens chics qui portaient une vagnotte, à un âne. 
    Faire des polisses, en lyonnais c’est faire des polissonneries. 
    Être déssampiller, c’est avoir les vêtements en lambeaux, déchirés. 
    Faire le pet une des métaphores amusantes du mot pet qui est à la fois quelque chose de bruyant, d’imperceptible, que l’on n’avoue pas et qui suppose , parlant par respect, de s’immobiliser pour le lâcher et donc ici c’est faire le guet en restant immobile et hors de vue. 
    Eternuer dans le son par la bascule à Charlot, c’est une périphrase bien explicite pour un condamné dont tête tranchée tombe dans un panier de son après avoir été basculé sous le couperet de la guillotine. 
    Pardingue en sapin, boite à viande ou boite à os : trois des dix appellations pour cercueil, la plus étonnante étant : taupinière à cloportes !Rouler dans la farine pour berner, tromper ou leurrer, est en fait un raccourci de l’expression complète : rouler dans la farine pour en faire des beignets.   


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