• Episode 38 - Les migrations germaines

    Journal de Fabullus le jeune - décembre 422


    Je viens de terminer mes études de lettres en latin-grec et je devrais obtenir un poste de correspondant auprès de l'évéché lyonnais. Voici mon histoire.

    Je suis né en 405, juste avant le début des troubles profonds qui ont affecté la Gaule, mais revenons dix ans plus tôt.
    En 395, l’empereur Théodose, qui est sans doute le dernier à avoir régné sur l’Empire unifié d’Orient et d’Occident, ferme son parapluie et rejoint la grande faucheuse. Depuis cette date une séparation de fait existe, chacun des détenteurs de la pourpre impériale s’efforçant de résoudre ses propres difficultés de survie. En ce qui concerne l'occident, les véritables dirigeants sont les généraux en chefs élevés au grade de patrice « père de l’empereur », une distinction donnée depuis Constantin, aux rois germains en récompense de  leur bravoure et de leur soutien aux armées impériales. C’est ainsi que Stillicon (Flavius Stillicho en latin) général d’origine Vandale, seconde Honorius  qui vient d’être intronisé empereur d’occident. Dès l’année suivante, Stillicon enrôle des Francs et des Alamans au sein des légions et nombreux seront les Francs qui accèderont rapidement à des grades élevés dans les armées romaines.
    Comme de bien s’accorde, pour conserver le soutien des barbares pro-romains, en 398, un édit impérial décrète qu’un tiers des domaines romains seront attribués aux Germains ; ce règlement appelé « régime de l’hospitalité » précise que Rome garde le pouvoir civil désarmé tandis que les Germains obtiennent le pouvoir militaire ; ils deviennent alors alliés de Rome qu’ils sont prêts à défendre en cas de besoin. ainsi, en  401 lorsque les Vandales et les Alains envahissent la Rhétie (province comprise entre le canton des Grisons, le Tyrol, le sud de la Bavière et la Lombardie) et la Norique (à l’ouest de la Rhétie, au nord du Danube , à l’est de la Pannonie et au sud de la Dalmatie), ils sont attaqués et vaincus par Stillicon qui les incorpore aux légions. L’année suivante, les Wisigoths conduits par Alaric envahissent l’Italie. Battus par Stillicon ils y restent. La cour par crainte s’installe avec l’empereur à Ravenne et comme Stillicon parvient à refouler les Wisigoths en Illyrie, Honorius se rend à Rome en 404 pour y célébrer « son triomphe ». Dans la foulée et avant de repartir pour Ravenne, il y prend des mesures antipaïennes et interdit la gladiature. La menace vient alors de Radagaise et ses Ostrogoths  qui franchissent les limes (enceintes fortifiées des  frontières) avant de se faire battre eux-aussi par Stillicon. Ce gone n’est pas un cogne-mou et justifie vraiment son poste, non !

    Invasions barbares

    Nous sommes en 405 et donc je pointe le bout de mon nez, ignorant que je débaroule dans un monde pas franchement joyeux. Et pour cause car en 406, les Vandales, Alains, Suèves et Burgondes envahissent la Gaule suivant un axe de Reims à Bordeaux. Ils incendient Trêves la Capitale sans être inquiété par les auxiliaires Francs, et mettent la Gaule en coupe réglée pendant trois ans. Heureusement, un usurpateur, Constantin III, nommé en Bretagne, débarque pour venir en aide aux gaulois. Il fixe la nouvelle capitale des Gaules à Arles et parvient à repousser les envahisseurs qui filent vers l’Espagne en 409.
    Pendant ce temps, Stillicon avait rejoint Ravenne en 408 pour s’opposer à Alaric qui attaquait à nouveau l’Italie par la Norique. Il se fait arrêter par Honorius. Consternation ! L‘empereur ordonne son exécution, le remplace par Constancius, et en plus il fait estourbir tous les officiers Francs de l’armée impériale. Cet imbécile vient tout simplement de sacrifier ses meilleurs officiers. Alaric en profite pour s’emparer de Rome en 410 et la piller ; il fait de même dans tout le sud de l’Italie. S’apprêtant à  rejoindre l’Afrique, une tempête détruit sa flotte et il se retrouve en Calabre où il dépote son géranium d’une mauvaise fièvre, laissant sa place au roi Athaulf.

    Profitant de cette brève accalmie, en 411 Honorius rejoint Arles avec son armée dirigée par Constancius qui capture Constantin III et le livre à l'empereur qui envoie l'usurpateur rejoindre la grande faucheuse. Toujours pas de répit car à son tour, Jovin se déclare empereur à Mayence, s’allie avec Athaulf qu’il autorise en 412 à envahir la Gaule par le sud. Mais Athaulf pro-romain trahit l’usurpateur qui est livré à Honorius lequel ne se prive pas de lui faire avaler son bulletin de naissance. Les Wisigoths s’étaient emparés de Narbonne, Toulouse et Bordeaux quand Athaulf épouse en 414 la sœur d’Honorius, Galla Placidia. Il se lance ensuite à la conquête de l'Espagne. Mauvaise pioche, il se fait assassiner à Barcelone en 416. Wallia le remplace et rencontre le patrice Constancius qui négocie le départ des Wisigoths d’Espagne en leur accordant l’Aquitaine qui devient en 418 le premier royaume Wisigoth avec statut de fédéré. Wallia décède cette même année et il est remplacé par Théodoric 1er.

    En 416 Constancius avait épousée à son tour Galla Placidia dont il aura un fils Valentinien et une fille Honoria. En 421 il est nommé auguste, mais il meurt... de maladie ! L’année suivante privée de chefs compétents l’armée romaine se fait écrabouillée en Espagne.  

    Pendant toute cette période et c’est incroyable, mais Lyon s’est trouvée pratiquement épargnée par les conflits avec ça et là quelques incursions vite réprimées. Résidant côté rive droite de la Saône dans l’actuel quartier Saint-Paul et mon père étant notable, j’ai commencé mes études auprès des rhéteurs de l’épiscopat lyonnais.
    Depuis  le IVème siècle, le christianisme continue ici comme partout dans l’Empire, son prodigieux développement et il constitue le vivier de l’aristocratie avec une hiérarchisation rigoureuse : évêque,  prêtre, diacre, lecteur, acolyte. Pour un étudiant, je confirme que leurs bibliothèques sont particulièrement bien fournies. A quinze ans, je maitrise donc le grec et le latin et suis au courant de tous les évènements qui nous entourent. Chez nous, mis à part les offices, les fidèles sont regroupés par classe sociale tant pour les jeux que pour les cérémonies et fêtes ce qui me chagrine un peu car la religion devrait d’avantage concourir à l’unification des couches sociales de la population.
    Un autre point m’interpelle : à la mort du pape Zozime (le 26 décembre 418), le parti des diacres élit pour lui succéder, Eulalien le 27 décembre alors que le 28, les prêtres choisissent Boniface 1er ; il résulte que les deux hommes sont sacrés chacun de leur côté. Un conflit va opposer les partisans des deux camps jusqu’à ce que l’empereur Honorius tranche en 419 en faveur de Boniface ce qui est logique puisque dans la hiérarchie les prêtres sont supérieurs aux diacres. Il n’empêche que le christianisme naissant ne fait pas figure de bon élève dans notre monde tourmenté actuel.

    Grâce aussi à la paix relative dont nous bénéficions, l’économie reste correcte avec le maintien d’une bonne activité des métiers du bâtiment, des ateliers de potier, et des tailleurs de pierres. Mais c’est surtout la manufacture lainière d’état (l’une des six installées en Gaule) qui procure le plus de revenus à la ville. Elle est surnomée "La gynécée" car elle utilise principalement une main d'œuvre féminine. Les deux gros marchés porteurs de cette activité sont : les uniformes pour la troupe et le service civil ainsi que les vêtements de luxe pour la cour.

    Dernièrement je viens d’apprendre que dans l’Europe orientale en 410, un nouvel empire a vu le jour. Il s’agit de l’Empire des Huns. Je crains que cela n’annonce rien de bon.

    Fin de l'épisode, à suivre... 


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