• Épisode 2 - la création

    Qu'il est plus aigu que la dent d'un serpent d'avoir un enfant ingrat.
    William Shakespeare
     

    Accoucher est une épreuve, créer un pantin de bois polisson aussi ! 

    Encore un chouia groggy, Cerise bieurla : 
    C’est ouvert, poussez et entrez.
    Geppetto, sculpteur sur bois et ami d’Antonio, encarra dans la turne ; arnouchant son ami en fâcheuse position, il demanda :
    - Qu’est-ce donc que tu bricoles à crapotons ?
    - J’apprends le calcul aux fourmis, grommelle Cerise qui ne voulait pas passer pour un froussard. 
    Noble tâche mon ami ! Je viens en fait pour un petit service. J’ai gambergé que si j’avais une marionnette qui sache tricoter des gambettes, manier l’épée et faire des cabrioles, je pourrais décaniller de se coinsto pour aller gagner du flouze dans les villages et les villes en suivant les gens du voyage comme marionnettiste.J’ai entendu parler d’un certain Mourguet, qui de l’autre côté des Alpes a fait un tabac avec une marionnette du nom de Guignol et que son théâtre perdure avec ses héritiers du côté de Lyon. Peut-être que ma marionnette aura, elle aussi, une renommée internationale ! En attendant, aurais-tu un morceau de bois que je puisse façonner ?


    Y’a pas de lézard Polenta, piaula la voix de fausset venue du rondin. 
    Les mouflets du village surnommaient ainsi Geppetto à cause de sa perruque couleur farine de maïs ce  qui mettait le sculpteur en colère et les gamins faisaient vite feux des deux fuseaux pour éviter les taloches qu’ils méritaient. 
    Croyant que la phrase venait de Cerise, Geppetto  le houspilla et les deux hommes en vinrent aux mains jusqu’à tant qu’épuisés, ils se rabibochent et que Cerise ayant expliqué le côté un peu magique du morceau de bois, décide de se débarrasser du rondin en le remettant à Geppetto. Aussi sec, après avoir remercié, le sculpteur s’en retourna vers sa bicoque.

    Épisode 2 - la créationLui aussi était dans la mouise et créchait dans une piaule minable avec pour mobilier, une table vermoulue, un tabouret bancal et un bardanier avachi.C’était tellement la précarité en ces temps-là et Coluche n’avait pas encore fondé les Restos du cœur, que le poêle au fond de la pièce sur lequel chauffait une galtouse fumante, n’était qu’une peinture en trompe l’œil dessinée sur le mur ; ça lui permettait de croire qu’il avait de quoi se tuber à s’en faire peter la ventraille alors qu’il graillait le plus souvent à la table qui recule, vusse qu’il avait son frigo plus vide que l’esprit d’un caquenano. 

     

    Pour l’heure il n’avait qu’une hâte : se mettre au turbin. Rajoutant un peu de boulets d’anthracite dans le braséro pour se chauffer un peu les mains, Il prit une gouge et commença de façonner le rondin en commençant par le haut, c’est-à-dire les tifs, le front, les sourcils et des gobilles toutes rondes qui le lorgnèrent avec insolence. Lorsqu’il s’attaqua au tarin, celui-ci ne cessait de grandir ; plus il le taillait plus le pif s’allongeait. Perplexe, il le laissa d’une bonne longueur en se grattant la tête, éjectant un cuchon de pellicules que t’aurais dit une boule à neige à la retournette. Ayant achevé la boite à dominos, celle-ci ricana, se moqua de lui et finit même par lui tirer la langue. Lorsque les brandillons furent achevés avec les mains et les doigts, ceux-ci s’agitèrent et lui piquèrent sa moumoute que l’effronté se mit sur le ciboulot. Mais le pire, c’est quand les guiboles et les ripatons furent terminés, car ils se balancèrent et Geppetto en reçu un vilain bourre pif. 
    T’es à peine fini que déjà tu manques de respect à ton paternel, tu n’es qu’un sale mioche ! Gémit l’ancêtre. Mais regardant avec  tendresse son œuvre, il décida d’appeler le pantin Pinocchio. 
    Dans le Florentin familier, ce mot signifie « pignon » et en italien classique on dit pinolo avec l’expression "duro come un pinolo" pour une personne au caractère bien trempé. 
    Il le posa à terre où, un peu mou des genoux, il mit quelques minutes aidé de son créateur pour apprendre à marcher. À peine était-il bien assuré sur ses arpions, tournant, virevoltant qu’il se dirigea vers la porte  d’entrée, souleva le loqueteau et vif comme l’éclair gicla sur le trottoir, s’ensauvant, poursuivi à grand peine par Geppetto et provoquant l’hilarité des badauds devant ce spectacle. Alerté par le boucan, un argousin moustachu, que s’il n’avait pas son bicorne tu l’aurais pris pour un phoque, s’interposa et agricha le pantin par le pif. 

    Fin de l’épisode à suivre... 

    Que va-t-il se passer ?

    Réponse A – Le gendarme va confisquer la marionnette et dresser procès-verbal à Geppetto pour trouble à l’ordre public. 
    Réponse B – les badauds vont prendre fait et cause pour le pantin que le gendarme va laisser partir avant de conduire Geppetto au poste. 
    Réponse C – La fée bleue va se pointer, transformer la marionnette en souris et Geppetto en chat qui va bouloter séance tenante la souris avant de redevenir humain et de mourir d’un infarctus réalisant son crime. 
    Réponse D – La fée bleue va se pointer et d’un coup de baguette magique va transformer Pinocchio en Cyrano de Bergerac et le téléporter dans une autre histoire. Perdez pas patience je relis le bouquin de Rostand et je reviens pour la suite...  

    Glossaire : je mets les mots nouveaux (voir aussi le glossaire des épisodes de Blanche-Neige). 

    Tricoter des gambettes – danser, gambiller... 
    Flouze – argent, pognon, artiche, picaillon, braise... 
    Rabibocher – remettre en état quelque chose d’abimé et donc se rabibocher, c’est se réconcilier. 
    Bardanier – en lyonnais, le lit, la bardane étant la punaise de lit ; en argot on dit pucier dans le même esprit. 
    Galtouze ou galtouse – à l’origine c’est la gamelle d’un prisonnier et c’est donc une casserole ordinaire, pas une cocotte en fonte. 
    Se tuber à s’en faire peter la ventraille – mâchonner, faire un gueuleton, se goinfrer avec l’idée d’abondance. 
    Grailler à la table qui recule – une métaphore pour montrer celui qui veut manger et imagine une table pleine de victuailles laquelle recule quand il s’approche. C’est jeuner. 
    Caquenano – en lyonnais, personne niaise qui est aussi emprunté, empoté. 
    Cuchon – en lyonnais : quantité ; Un des rares mots de ce parler régional encore bien utilisé de nos jours. 
    Boite à dominos – nous avons ici la bouche et les dents, mais c’est aussi un cercueil avec le squelette. 
    Guiboles, ripatons, arpions – les jambes, les pieds et les orteils. Argousin – policier, gendarme, vient de agosin qui désignait au XVe siècle l’officier subalterne chargé de la surveillance des forçats. 
    Agricher – attraper fermement avec l’idée de tenir les mains comme des griffes, accrocher.   


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