• Épilogue – Ah ben ça alors !

    Elle repose avec un doux sourire sur les lèvres, dans un rêve paisible.
    Puisse son réveil être aussi agréable !
     
    Les hauts de Hurle-vent - Émilie Brontë

    Où le baiser libérateur finalement, c’est un attachement.

    Nous revoilà le dimanche tantôt sous un soleil radieux. Comme de bien s’accorde tout le monde est de retour et la fête bat son plein. La boite à dominos est amenée et posée cérémonieusement sur son catafalque ; Caroline a ceint le front de la princesse de son diadème et lui a passé autour du cou son collier et sa médaille de baptême qu’elle a tirée du sac Vuitton.

    La mominette conserve toujours son joli petit minois, fraîcheur persavon, et il semble que son sourire soit plus lumineux que la veille. Avant de se retirer, Caroline lui coque la miaille en lui murmurant : 

    - T’inquiète pas ma belle, je suis certaine que cette journée te sera clémente !

    Parmi les invités importants nous remarquons la présence du marquis de Carabas accompagné de son épouse et de son fidèle conseiller le rusé matou, Chat Botté. Geppetto et son gamin Pinocchio, en chair et en os, papotent, avec la fée Bleue et le criquet Jiminy la  Conscience. Sont venus aussi : Arthur et Guenièvre, Aurore et Maléfique sa nouvelle marraine, et même le roi et la reine Catodik ont fait le voyage malgré leur chagrin d’avoir perdu leur fils.

    C’est alors que déboule le lapin compte-minute, son chronomètre à la main ; il se rend vers une petite tour où un gong d’airain a été installé. Il s’en approche, prend le maillet et frappe fort, puis avec son porte-voix il déclame :
    - Oyez, oyez chenuses colombes, joyeux gones et vous les enfants ! Il est dix-sept plombes à la dégoulinante de la bastoche, la cérémonie peut commencer.

    Tous s’approchent et s’installent et le silence se fait. On entend plus que le ronronnement des caméras et les murmures des opérateurs lorsque le premier prétendant se présente. Il s’agit de Valiant, prince de Thulé suivi de ses amis Arn et Roxanne ; ils se présentent aux Nains et à la famille Ingalls, saluent les V.I.P. et la foule. Valiant monte sur le tabagnon, s’incline devant la princesse et s’approche de son visage. Tout le monde retient son souffle quand il se penche.
    Je n’sais pas vous, mais l’intensité de ce suspens me prend aux tripes et bloque mon crayon. Heureusement, le professionnalisme de l’auteur et le respect de mes lecteurs me fait reprendre mon sang-froid. Dites donc les gones, j’aurais pu casser la mine de mon crayon, choper la tremblote ou être comme paralysé, ne plus savoir où j’en suis de cette histoire, fermer les yeux et ne plus suivre ce qui se passe, prendre la vasivite et me rendre (parlant par respect) aux cagoinces, bref tout arrêter. Vous l’avez échappé belle car voici la suite.

    Vous l’avez sans doute deviné, mais un coquin de sort s’acharne sur les candidats car à quelques millimètres de conclure le Prince se bloque et ne parvient pas à embrasser notre gisquette. Il se relève surpris et dépité et quitte la scène sous un long murmure de désappointement qui s’élève des rangs des spectateurs déçus de ce nouvel échec. Il en va ainsi des autres candidats qui se succédèrent jusque tard sous les lumières des projecteurs, citons parmi eux : Jugurtha prince de Numidie, idole des romains et ami de Scipion l’africain qu’il avait aidé à vaincre Hannibal, Bragon chevalier et héro de la quête de l’Oiseau du Temps, Don Quichotte de la Manche et Sancho Pansa qui n’est même pas parvenu à monter sur le tabagnon avant de se faire alpaguer par Dulcinée furieuse de cette tentative, et Arsène Lupin, prince des voleurs qui ignorait qu’un baiser volé n’avait pas sa place ici.

    A minuit moins le quart, le lapin compte-minute monte sur l’estrade et les oreilles basses déclare :
    - Plus aucun prétendant n’est en lice et je crains que notre princesse ne doive quitter cette vallée... de larmes.

    C’est la consternation dans l’assistance où l’on prie les dieux de réaliser un miracle, mais sans doute qu’ils sont déjà près de Morphée car rien ne se passe. A minuit moins une Rêveur monte à son tour sur le tabagnon pour fermer le couvercle de la chambre à frigo où va disparaître Blanche-Neige. Il se penche sur le visage toujours souriant, lorsque, comme attiré par une force invisible, ses lèvres viennent toucher les lèvres de la princesse.

    Épilogue – Ah ben ça alors !Je vous dis pas le patacaisse ou plutôt si car sinon vous allez me lyncher, mais à ce moment-là une lumière bleue pleine d’étoile brillantes recouvre la boite à asticots, le catafalque et le tabagnon. Lorsque la lumière aveuglante s’estompe, c’est sous le regard incrédule et la menteuse sur les godasses des spectateurs que le tabagnon, vidé du paletot sans manche et du catafalque, n’est plus occupé que par un couple qui se roule une pelle dans un patin magistral digne de figurer dans les annales des meilleurs baisers de cinéma.

    Rêveur est devenu un super beau mec, costaud et vêtu d’un magnifique costar de prince, brodé de fils d'argent, de soie et d’or. Le couple se sépare et le jeune homme déclare à la foule incrédule :
    - Je suis en réalité le fils du roi Catodik ; Je venais de livrer le miroir magique LCD full HD à la vieille toupie et je tapais la converse avec la Princesse, lorsque l’enviandée, jalmince comme une punaise des bois, me jeta un sort annihilant par là-même la mémoire de mon amoureuse. Je fus téléporté dans le corps de rêveur qui croupit dans un cachot et qu’il faut vite aller délivrer. Elle a berluré mon paternel lui faisant avaler que j’avais dû être becqueté par un loup dans la forêt, ce qui fit hurler notre ami le loup végétarien. Le Prince tout sourire poursuit :
    -  Pour que le sort soit annulé, il fallait que la mauvaise soit en léthargie et je remercie Gaston de son aide. Je n’avais le droit d’intervenir qu’à la toute dernière seconde comme dans les films de James Bond et seulement après que tous les candidats se soient présentés et aient fait de vaines tentatives.

    Épilogue – Ah ben ça alors !Une standing-ovation de vingt bonnes broquilles salue le baratin. La reine et le roi Catodik se précipitent pour embrasser leur fils et belle-fille, annonçant le prochain mariage des deux tourtereaux. Cosinus et dynamite qui avaient prévu une fin heureuse, déclenchent un magnifique feu d’artifice et ce n’est qu’à la petite aube que tout le monde, des étoiles plein la tête et dans le cœur, rejoint sa cambuse.

    Épilogue – Ah ben ça alors !Blanche-Neige a décrété trois jours fériés pour que chacun se remette de ses émotions. Et la Reine-mère me demandez-vous ? Rassurez-vous nous ne sommes pas dans les contes des autrefois où elle dut aller au bal et chausser des souliers de fer chauffés à blanc en mourant dans d’atroce souffrances. Elle fut exilée à Storybrooke  une ville où vivent les personnages de contes de fées frappés d’amnésie dès leur arrivée. Mais ceci est une autre histoire...    
     

    Fin de l’épisode... et de ce conte

    Allons-nous bénéficier d’un nouveau conte de fée qui traverse le temps et qui rejoint le XXIe siècle ?  

    Réponse A – Les contes de fées sont essentiels parce qu’ils nous disent que les dragons existent (ce que les enfants savent déjà) mais surtout parce qu’ils nous disent qu’on peut les battre.

    Réponse B – Les contes de fées, c’est comme ça, On se réveille un matin ; On dit : ce n'était qu'un conte de fées. On sourit mais au fond on ne sourit guère. On sait bien que les contes de fées, c’est la seule vérité de la vie.  

    Réponse C – Les contes de fées, je t’en prie, il faut y croire ; il y a des fées nocturnes et des gnomes que si tu n’y crois pas, peuvent mettre tout sens dessus dessous chez toi et dans toi.

    Réponse D – Seule la faiblesse de nos sens, notre cartésianisme et notre contact avec nous-même nous empêche de nous apercevoir dans un monde de fées.

     

    Glossaire
    La boite à dominos, la chambre à frigo, le paletot sans manche, la boite à asticots,  quatre nouvelles des dix appellations d’argot pour désigner le cercueil.
    Coquer la miaille c’est en lyonnais faire une bise sur la joue.
    Il est dix-sept plombes à la dégoulinante de la bastoche il est dix-sept heures à l’horloge : l’expression argotique s’utilise en fait dans son intégralité pour répondre à celui qui demande l’heure. Tabagnon, en lyonnais c’est une estrade où généralement on fait un discours. La vasivite, c’est très imagé pour désigner la courante ou la diarrhée : le lyonnais aime « la précision » d’une situation. Cagouinces : toilettes ; en lyonnais nous disons : les écommuns qui vient de la période où les w.-c. étaient partagés et sur le palier.
    Patacaisse, variante de pataquès, situation bruyante et embrouillée, utilisé par Frédéric Dard et repris dans le dictionnaire de San Antonio.
    Vieille toupie : personne âgée, agitée et acariâtre.
    La menteuse sur les godasses, comme pour le loup de tex Avery, c’est tirer la langue de stupéfaction. Taper la converse c’est discuter agréablement entre amis.
    Enviandé(e) terme injurieux pour enfoiré car le verbe enviander signifie posséder sexuellement, sodomiser.
    Jalmince : Jaloux.  
    Becter ou becqueter s’utilise pour manger avec la connotation animale du vite fait. 


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