• BVGDVNVM - 3ème épisode - Les bosseurs dunum

     

         Conformément à son habitude, le proconsul décida de visiter sa banlieue pour mettre sa touche personnelle sur les différents quartiers proches des hauteurs de Bugndunum.

         Il manda Petafinus, son cocher favori, fit atteler un char léger où il prit place avec Tartempio et Fabulix. Avec une petite escorte de cavaliers, il partit rejoindre la colline d'en face en traversant l'Arar par un passage à gué, à la hauteur d'une île située au nord de la ville.                                                                           

    BVGDVNVM - Turbinedunum    

         Cette île comportait un petit bois de chênes et nombreux étaient les prêtres gaulois, qui, munis de leur serpette allaient cueillir le gui. Plancus connaissait cette coutume barbare. Il trouvait amusant que les Ségusiaves soient affublés de moustaches alors que les druides arboraient de longues barbes blanches. Il dit à Fabulix, chargé de graver sur ses tablettes, les instructions de son patron.

         - Nous appellerons ce lieu "l'île Barbe".

           Il gravit la colline par un large chemin emprunté par ses troupes venant d'Helvétie et qui comportait de nombreux petits fortins avec des sentinelles qui surveillaient cette voie propice aux invasions.

         - En haut de la montée des forts, dit le proconsul, nous irons coquer la miaille aux fenottes et faire cinq sous à leurs époux, deux chevaliers de mes amis qui, après avoir obtenu leur congé, ont créés ici une colonie romaine appréciée des autochtones.

         Effectivement lorsqu'ils arrivèrent sur le plateau où se dressait une splendide domus, ils furent reçus par Calvirius qui justement recevait son homologue Curius, élevé lui aussi au rang de procurator équestre (équivalent de préfet). C'étaient deux solides gaillards, des Sarmates qui avaient fait carrière dans la cavalerie romaine. Ils s'étaient illustrés sur de nombreux champs de bataille et en dernier à Alésia où ils avaient vengés la défaite de Gergovie en battant cette fois, la cavalerie redoutée de Vercingétorix. De retour à la vie civile, couverts d'honneurs, ils avaient fondé une petite cité. Comme ils étaient copains comme cochons et qu'aucun d'eux ne voulait tirer la couverture à soi, ils décidèrent d'appeler cette cité Calvir-et-Curi.

         - Bien le bonjour mes belins, belines et ave Caesar! dit le proconsul en descendant du char.

         - Vous restez diner avec nous! déclara Calvirius; Calpurnia ma fenotte, a préparé une soupe au lait, une salade de clapotons, un barboton...

         Je vous y dis pas la suite pour pas que vous saliviez au-dessus de votre clavier, mais les agapes durèrent jusqu'en milieu d'après-midi, jusqu'à tant que notre équipe un peu coufle reprit sa route. Ils arrivèrent à la limite du plateau offrant un splendide point-de-vue sur le Rhône, les plaines de l'Est lyonnais et les Alpes. Et du côté Sud, au bas d'une forte pente  on pouvait apercevoir le bourg celtique de Condate.

         Un énorme rocher se dressait là.BVGDVNVM - 3ème épisode - Lebosseurdunum

         - Etonnant, le gros caillou! dit Plancus admiratif. Est-ce l'oeuvre des Dieux?

         Fabulix qu'était pas rien un benoni ni un affligé des boyes du cerveau précisa:

         - Il s'agit d'un quartzite triasique métamorphique, une roche qui provient des Alpes. Ce bloc a été déplacé par les glaciers du Riss il y a environ 140000 ans. Une légende prétend qu'il s'agit du coeur fossilisé de Radinix, un vieux rapiamus que prêtait ses sous à de pauvres gens avec un taux si tant élevé que les mamis pouvaient pas rembourser et étaient vendus comme esclaves.

         - Il avait tout de même pas le coeur si gonfle! s'interloqua le proconsul.

         - Mais oui, c'est bien sûr, rétorqua Fabulix. En fait c'est un artignole moins pire que lui qu'avait été, comme de bien s'accorde, condamné par le dieu de lumière Bélénos à pousser un gadin que devait grossir jusqu'à temps qu'il croise un plus mauvais que lui. Et c'est donc en croisant Radinix sur le plateau que le sortilège cessa et que le bloc tourna comme une fiarde et s'abousa à l'emplacement actuel.

         Je vais peut-être faire un don à ce dieu, se dit Munatius qu'était certes un peu constipé du morlingue (radin), mais qu'était encore plus pétochard à l'idée de contrarier les divinités, fussent-elles adorées des barbares.

         En traversant les cultures et les vignes du plateau, il avait constaté que tout un chacun n'avait de cesse de mouiller la chemise et de s'activer dans ses différents travaux.

         - Ce lieu s'appellera: Les bosseurs dunum (la colline du monde que travaillent), déclara-t-il à Fabulix.

    A suivre...

     

    Glossaire

         L'île Barbe est une île située au milieu de la Saône dans le 9ème arrondissement de Lyon, quartier de Saint-Rambert. En 1827, un pont suspendu, le plus ancien de Lyon encore en service, enjambe l'île à sa pointe sud et permet de relier les deux rives, droite (Saint-Rambert) et gauche(Caluire-et-Cuire). 

          Coquer la miaille et faire cinq sous: parlant par respect, un bon gone en toute amitié, se doit de faire la bise aux dames et serrer la main aux hommes.

         Chevaliers: dans l'armée impériale romaine, le grade de chevalier correspond à celui de général de cavalerie

         Calvir-et-Curi: la commune de Caluire-et-Cuire mitoyenne à la Croix-Rousse aurait bien été fondée par les colons romains Calvirius et Curius à l'époque de la guerre des Gaules.

         Clapotons: pieds de mouton. La salade de clapotons est un délice si la recette lyonnaise est bien suivie. Je vous y dis pas ici, ça vous ferait regret de pas y goûter.

         Coufle: c'est aussi être tout gonfle d'avoir trop mangé

         Le Gros Caillou: il domine le Rhône et la plaine jusqu'aux Alpes et il est devenu à la fois le symbole de la force et de la persévérance des Lyonnais face aux obstacles.

         Artignole: verbeux, menteur, sans parole et sans honneur, faiseur d'embarras. Vous y avez compris, c'est pas du beau monde friquentâble.

         Fiarde: petite toupie en bois lancée à l'aide de la corde qui l'entoure. Jeu très pratiqué (dans les autrefois) par les gones dans les cours de récrée.

     


  • Commentaires

    2
    Mercredi 13 Février 2013 à 21:02
    CouCou c'est ZouZou

    J' avais pris du retard chez toi....

    j'ai lu...j'ai pas tout compris...lol faut suivre...

    pas facile le lyonnais ! mdr

     

     

     

    1
    la frangine
    Lundi 28 Janvier 2013 à 22:46

    Et ben mes belins et mes belines, j'en ai appris une bien bonne, il parait que nous autres lyonnais  sommes fautifs car nous employons le Y à tort et de travers .....sic un agrégé de grammaire croisé cette semaine et qui bien sur est francomtois....de quoi je me mêle!!!! Et ben frérot je me suis aperçue que tu usais comme il convient de beaucoup de Y. Continues- y pour faire jaser les jaloux qui grammatisent trop.....

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