• Blanche Neige - épisode 3 - Les aveux de Marcel

    On frappe à ma porte. Je demande « Qui est là ?»
    « C’est Jésus », « Mais non ! », « Mais si ! »
    Raymond Devos

    nous assistons aux débuts d’une vedette du show-biz

    Inutile de claquer des chaillottes, d’appréhender le pire, de fermer le bouquin pour ne pas assister à l’épouvantable drame qui se prépare car le garde-chasse ne s’était approché que pour venir récupérer sa pierre à affûter. Il se faisait une vraie pendule à l’idée d’occire la gisquette. Il était partagé entre la pétoche d’affronter la colère de la Reine et la nostalgie de son ancien turbin de protecteur de la mignarde.
    Perdu dans ses embrouilles, il tournait en rond quand il s’emberlificota les pinceaux dans une racine et s’offrit une gamelle de première. En se gaufrant, il se taillada le brandillon. La vue de son raisiné qui lui gouttait de l’aileron faillit l’envoyer dans les vapes. Plus douillet qu’une pisseuse, il se mit à chougnasser, comme s’il allait clamser, beuglant de sa voix de soprano.

    Blanche Neige, alertée par les cris, pédala près de lui et au premier coup d’œil fut rassurée.
    - Arrête de brailler, c’est juste une écorchure ! Assieds-toi sur cette souche, je vais te rafistoler la manivelle. Elle sortit de son sac Vuitton la trousse de première urgence. Elle le badigeonna de mercurochrome et, pendant qu’elle lui chiadait un pansement, elle dit :
    Blanche Neige - épisode 3 - Les aveux de Marcel- Mazette ! T’as la bath voix de levrette d’un castrat. Pour ta gouverne, j’ai des aminches à l’Opéra de Naples. Si ça te branche, ils te mettront en cheville avec Carlo Braschi le grand Farinelli.

    Esgourdant le baratin, Marcel s’arrêta de couiner et rétorqua :
    - Arrête ton char la mominette, tu me fais rougir ! Ne me prends pas pour une brelle. D’accord, je pousse un peu la chansonnette, mais de là à monter sur les planches et devenir une vedette du show-biz y a de la marge. Tiens, je peux même te rajouter que ma candidature posée l’an passé, n’a même pas été retenue à la Star’Ac !

    - S’ils ne t’ont pas pris, c’est qu’ils ne sont que des loquedus ou qu’ils attendaient que tu leur refiles un bakchich. Crois-moi, je ne te bourre pas le mou, et ne te fais pas du cinoche, mais à Naples, avec Braschi, tu vas te faire un max de blé. Les Ritals adorent le bel canto. Elle lui proposa de faire illico quelques gammes.

    Il s’exécuta de bonne grâce d’autant que cela lui évitait d’exécuter la môme de mauvaise grâce. Lorsqu’ils eurent ouï le début de la cantate de Nicolas Antonio Porpora « Angelica e Medoro »  qui reprenait l’admirable dialogue entre Angelica et le prince africain Medoro, toutes les bestioles de la campagne environnante se tournèrent vers le chanteur.
    L’agnelet et le loup quittèrent le bord de la rivière, le lièvre et la tortoche stoppèrent leur compétition, les oiseaux coupèrent leur sifflette et tout ce petit monde animal, rejoint par par un jeune faon et ses amis (un joyeux lapin, les deux sœurs mouffettes et une chouette) s’accroupetonnèrent en cercle pour jouir du spectacle musical. Le lapin battait la mesure de sa patte arrière sur la carapace de la tortue et à la fin tous applaudirent sifflèrent, hululèrent, ou bien réèrent.

    Le Garde-chasse tout jouasse en avait la larmichette aux carreaux. Il décida de renvoyer l’ascenseur pour avoir reçu témoignage d’autant d’amitié et de confiance. Il  se vautra aux panards de Blanche Neige et dégoisa tout ce qu’il avait en travers de l’estogome.

    - Casse-toi le plus loin possible, ma princesse. L’enviandée de reine veut ta peau. Elle est jalmince de ta beauté et de ta fraîcheur persavon. Elle m’a ordonné de te trancher le corgnolon et de ralléger avec ton cœur encore tout chaud. C’est y pas Dieu posse d’être aussi vacharde !

    Horrifiées par ce récit, les bestioles se cocoonèrent l’une contre l’autre avec des murmures de réprobation. Par contre, la princesse avait encaissé sans broncher car elle pratiquait le taïchi ce qui lui conférait une bonne maîtrise de soi. Elle réfléchissait à tout berzingue pour contrer les funestes projets de sa belle doche.

    Profitons de ce moment d’intense réflexion pour rappeler à ceusses qui n’auraient pas été élevés aux contes de fées, comme on élève les niards belges aux biberons de jus de frites, que lorsque la maternelle de Blanche Neige avait ravalé son pébroque, il y avait eu patacaisse au royaume. Le protocole exigeait que le roi se remarie avec une cousine du côté de la lignée de la défunte. Celui-ci, anéanti par son chagrin, se laissa mettre le grappin dessus par la marâtre qui était une vraie punaise dévorée par l’ambition et qui avait ourdi le projet de régner sans partage. C’est ainsi qu’elle lui concocta une omelette aux champignons avec quelques amanites phalloïdes et cortinaires des montagnes qui le lessiva en moins de deux. Résultat des courses, la Reine Mère devint aussi sec, régente du royaume.
    L’affront que venait de lui faire subir l les révélations de Gaston, locataire de son miroir, précipita alors sa décision d’éliminer sa belle-fille. Mais poursuivons notre feuilleton.

    - Bon sang, mais c’est bien sûr dit Blanche Neige ! Je me souviens d’un incident qui a eu lieu sur le chemin avant que nous n’atteignons l’aire de pique-nique. Sans vouloir te vexer, tu es un peu ‘’enveloppé’’ comme Obélix, et lorsque nous arrivâmes à l’orée de la forêt, un vieux sanglier, un solitaire un brin miro vu son grand âge, t’a confondu avec le copain d’Astérix. Pris de frayeur, il en a avalé sa chique, s’écrabouillant dans le fossé, d’un infarctus du myocarde. Je crois que nous avons là le moyen de gagner du temps ! Qu’en penses-tu ?

    - C’est parfait, sourit Marcel, je vais faire le nécessaire pour berlurer la peau de vache et avant qu’elle ne pige, ça te laissera du mou pour te dégoter une planque. A plus, ma princesse ! Permets que je te tape la bise !

    Ils se quittèrent ainsi, et Marcel en repassant par le ruban qui s’enquillait jusqu’au château retrouva la bestiole dont il préleva les abats qu’il mit dans le panier que lui avait laissé son amie. C’est ainsi qu’il remit le cœur, le foie, la rate et les poumons du sanglier à la reine, laquelle toute joyce, s’empressa de les ranger dans son frigo.
    Sans plus attendre, Marcel décarra à la gare la plus proche. C’était son jour de baraka car il n’y avait pas de grève ni l’une des trois situations perturbées, classiques et non moins habituelles annoncées sur les quais par le truchement d’un haut-parleur et par la voix sirupeuse de la jojolle de service et que connaissent tous les usagers abonnés à la SNCF. J’explique :
    Nous avons tout d’abord le « problème de matériel » ; en clair cela signifie que la motrice est tombée en rade ; elle a coulé une bielle et le chauffeur-mécanicien est en train de réparer avec sa clé à molette.
    Plus prosaïquement vient ensuite le « problème de composition de la rame » ; autrement dit, ils se sont mélangé les crayons dans l’agencement du convoi et ils ont paumé les wagons.
    Tout aussi croquignolet, l’annonce fait état d’un « problème d’acheminement du personnel » ; c’est le plus consternant car ce jour-là, ton train annoncé, est arrivé bien à l’heure. Tu es monté dans le wagon, et, peinard sur ton siège, tu viens de zieuter le contrôleur qui descend sur le quai et se barre car sa feuille de route le contraint à changer de convoi. Très rapidement tu vas apprendre que son remplaçant est planté dans une des lignes qui justement rencontre les difficultés 1 et/ou 2. Il arrive parfois que les soucis se cumulent, mais là c’est que tu as vraiment la cerise.

    Bref, tout baigne pour notre ami, alors il se pointa au guichet où il  douilla un ticson aller sans retour pour l’Italie. Il s’agit de planquer ses meules avant que la viocarde ne pige qu’elle s’est faite entubée dans les grandes largeurs, pensait-il. 

    Fin de l’épisode… à suivre ! 

    Voilà notre héroïne (pas la drogue qui est blanche comme neige mais notre princesse qui est aussi Blanche-Neige… étonnant non, cette similitude !) qui se retrouve seule face à son destin, si, si, puisque je vous le dit ! Va-t-elle s’en sortir sans casse ?

    Réponse A – Elle ne va pas faire 100m que les argousins à la solde de la reine la capturent
    Réponse B- Elle va rencontrer Robin des Bois qui va tomber amoureux, divorcer de Marianne et l’épouser
    Réponse C Perdue dans la forêt, elle croise le loup qui la prend pour le petit chaperon rouge (il avait perdu ses lunettes) Elle le dirige vers Alf le Loup l’opticien fou.
    Réponse D – Après une nuit noire mais en partie blanche pour elle, elle tombe d’épuisement  et le lendemain, requinquée, aperçoit une chaumière.

    Glossaire :
    S’accroupetonnèrent : s’accroupirent (Dictionnaire de San-Antonio).
    Patacaisse : pataquès (Dictionnaire de San-Antonio).  
    Jojolle de service : terme gentiment moqueur des pin-up de service (dans beaucoup d’émissions à la téloche et notamment celles des jeux, il y a de jolies filles « court vêtues » qui servent de faire valoir et que le milieu des affranchis appelle des jojolles ; par extension dans les services publics les messages sont diffusés par des voix préenregistrées douces, calmes, voire un peu monocordes et qui rappellent ces jojolles)
    Ruban : chemin sinueux de campagne


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