• Blanche neige - 1er épsode

    Entre deux épisodes historiques, à la demande de mon lectorat qui souhaite retrouver ma truculence, je renoue avec la tradition des contes loufoques revisités dans la langue de mes maîtres Audiard, Dard, Grancher, Dac...

    J’ai compris que le Père Noël n’existait pas quand j’avais cinq ans. Je suis entrée dans un grand magasin et il m’a demandé un autographe. »
    Shirley Temple

    Où la Reine se montre d’entrée un tantinet égocentrique !

    Il était une fois, une reine teigneuse et jalmince, une princesse un brin nunuche en apparence et qui aurait pu être prem’s à l’élection de miss Contes de fées, un prince qui ne pointera ses biscottos qu’à la fin de l’histoire comme la cavalerie dans les vieux westerns pas encore spaghettis, sept rase-moquettes qui bricolent dans les diams, et enfin une tripotée de seconds couteaux tous plus croquignolets les z’uns que les z’autres... Pour la compréhension du texte, j’écris même les liaisons ; vous dire si j’ai de la conscience professionnelle ! Et je le précise pour le cas où un pingouin y s’aviserait de faire des remarques sur mes fautes d’orthographe. Enfin brèfle comme le disait Denis Papin, pas le footballeur, l’inventeur de la bouilloire électrique, commençons …

    Par une belle matinée d’été (j’aurais pu écrire de printemps, d’automne ou d’hiver, mais une belle matinée, c’est tout de même plus sympa en été), sur le tarmac de l’aéroport de Saint-Exupéry, que les Lyonnais des autrefois appelaient Satolas, l’escalier mobile est plaqué contre la porte de sortie d’un coucou qui s’ouvre, déversant son flot de passagers pas mécontents de retrouver le plancher des vaches. Parmi eux, reconnaissable à sa mine renfrognée, figure la Reine de notre royaume imaginaire. Pendant l’atterrissage, elle était restée collée à son fauteuil en serrant les miches jusqu’à temps que l’avion marque l’arrêt définitif et que le commandant de bord coupe les gaz de l’appareil. Soulagée, elle décompresse et comme de son côté elle n’a pas coupé ses gaz, elle se laisse aller en se fendant d’un rot aussi discret qu’un évier qu’on débouche, tout en ronchonnant :
         - J’aurais jamais du boire cette saloperie de mousseux ! C’est sûr que quand tu choisis un « Low-cost », la compagnie ne va pas s’allonger d’une coupe de roteuse de Don Pérignon ! Et qu’est-ce qu’ils ont tous ces locdus à applaudir à la fin du voyage ? Entre les trous d’air, le siège rembourré aux coquilles de noix, l’hôtesse qui n’a même pas pris soin de s’épiler la moustache et mon voisin de devant qui ronflait comme un élevage de gorets, manquerait plus qu’on se crashe à l’arrivée ! Si j’ai encore des aigreurs demain, je me fais rembourser mon biffeton de troisième classe !

    Elle avait quitté son château quelques semaines plus tôt pour se rendre au Brésil ousseque les chirurgiens esthétiques sont, paraît-il, de véritables pointures. Soucieuse de son apparence, c'était la période de son ravalement de façade annuel, aussi avait-elle pris le forfait entretien, pièces et main d’œuvre inclus, avec retouches de carrosserie et elle avait hâte de juger des résultats. Elle grimpe dans une brouette en demandant au chauffeur de taxi de faire fissa. Celui-ci voyant la tronche de carême de la mégère, ne se le fait pas dire deux fois et il roule sans moufter. A l’arrivée, elle refile au taxi les dix sacs de la course sans lâcher le moindre pourliche vu qu’elle est constipée du morlingue. 
    Elle donne quelques ordres à deux ou trois loufiats obséquieux qui, au risque de choper une scoliose, lui font des courbettes à s’en lécher leurs propres pompes et elle s'enquille bien vite dans ses appartements en refermant la lourde après avoir demandé qu’on ne vienne pas la seriner et lui casser le bonnet avec des problèmes d’intendance. 

    Elle se déloque et enfile son maillot de bain deux pièces, motif panthère avec soutifs à balconnets qu’elle avait casqué en solde à la boutique ‘’Dessous chics pour mémères perlouzées’’, puis elle se pointe devant son miroir magique. Attention je t’explique ! Pas le miroir que tu trouves chez le premier blaireau venu dans le hall d’entrée, entre le chausse-pied à roulement à billes et le pébroque avec pommeau à tête de canard. Non ! L’ustensile est constitué d'un écran plat LED 4K, 121cm, full HD avec en plus, double arbre à came en tête et zygomatiques intégrés. Ce n’est pas de la quincaille assemblée chez les citrons asiatiques, mais du matos de premier choix. La reine choppe la télécommande qui remplace les baguettes magiques, lesquelles ne sont plus utilisées, sauf par quelques ringards lors de galas de bienfaisance organisés au profit de la sauvegarde d’espèces menacées comme celles placées dans les coffres planqués en Suisse. Elle presse la touche "on" et sur l'écran apparait Gaston, un génie de première classe qui se met à lui passer la brosse à reluire car lui aussi connait l'engeance. Gaston avait fait ses classes à l’école spécialisée du calife de Bagdad. Il avait obtenu son diplôme avec mention ‘’très bien’’ et une citation dans l’épreuve optionnelle des meilleurs cireurs de godasses. Il avait également reçu le premier prix de rapidité en s’enquillant en moins de cinq secondes dans une lampe à huile.

    Arrêtes tes charres, renaude la Reine. Soyes à ce que tu fais, reluques-moi et dis-moi : ne suis-je pas la plus chouquette du royaume ? 

    Gaston toussote et s’éclaircit le corgnolon avant de bavocher : ok ma poule ! T'as le nez façon Cléopâtre, les roploplos taillés à la Sophie Marceau. T'as plus les miches en gouttes d'huile et ton troisième lifting tient la route. Seulement il y a un blême car Blanche Neige, ta belle fille, est plus choucarde que Toi. 

    Comment ça ! éructe la reine, cette greluche qu'est toujours loquée façon première communiante qu'on dirait l’indéboulonnable  Chantal, la bourgeoise de Jean-Jacques, qui pousse sa goualante aux arbres de noël de l’Elysée depuis plus de vingt piges ! 

    Oui, mais elle n'a que dix huit balais, les nibards à la coque à l'amour, le dermuche qui ondule et qui attire la main de l'homme, et aussi un sourire à faire péter les boutons de braguette d'un puritain. Faut dire qu’en plus, elle n'a pas tes heures de vol.

    Ferme ton clapet, tu jactes que des âneries et tu me files les abeilles ! 

    La Reine en pétard enfonçe la touche "off" et juste avant que l'écran ne s'éteigne, le génie susurre : je ne mens jamais… 

    Pour ne pas péter les coutures de son lifting facial, elle se retient de pousser le cri qui tue, et se met à tourner en rond dans sa piaule en maugréant. De temps en temps elle jette quelques verres, vases et assiettes en arcopal par la fenêtre sous laquelle attendent les préposés à l’ire royale affublés de gros édredons en plumes d’oie. Ils couratent sur le gazon et mouillent la chemise en réceptionnant les objets jetés. Ben oui, les pauvres malheureux ! Leur mission consiste à ce qu’aucun élément de vaisselle ne casse car la patronne est tellement rapiate qu’elle retient le prix des ustensiles brisés sur leurs salaires, lesquels d’ailleurs sont tout aussi maigrichons qu’un mannequin anorexique.

    Epuisée par son manège et les soufflets en feu, elle se vautre dans un grand fauteuil empire pour calmer les battements de son palpitant en se disant : c’n’est pas cette chipette de Blanche neige qui va rouler des mécaniques. Je n’ai pas aligné trois briques aux toubibs brésiliens pour me faire gauler la place de prem’s au concours des plus beaux gigots du royaume. Je m’en vais te l’allumer, l’éparpiller façon puzzle, la zigouiller, l’écrabouiller …
    Elle gamberge ainsi quelques broquilles
    * jusqu’à ce qu’un sourire teigneux remplaçe sa moue de dépit. A force de se triturer les boyaux du cerveau, une loupiote s’est mise à clignoter dans son caberlot. Elle a muri sa rebiffe, se lève et appuye sur le bouton d’appel de l’interphone placé sur son burlingue.

    Que va décider la vieille peau ?

    Réponse A : Décider de faire assassiner Blanche Neige en appelant son exécuteur des hautes oeuvres
    Réponse B : Faire jouer la garantie et changer de miroir comprenant un nouveau génie qui serait plus à sa botte.
    Réponse C : Retourner au Brésil se faire rembourser parce que pour avoir claquer trois briques, le résultat laisse à désirer.
    Réponse D : Tout oublier en biberonnant un kil de beaujolpif.

    Vu le suspens insoutenable qui se dégage de ce premier épisode, je laisse au lecteur le soin d’aller boire une bière ou tout autre remontant, de faire quelques exercices de relaxation, de partager ses impressions avec sa compagne, ou son compagnon si le lecteur est une lectrice. 

    J’ai beaucoup aimé les feuilletons radiophoniques comme « Signé Furax » ou ceux que je lisais dans les journaux et les magazines. Alors, à mon tour de dire :

    Fin de l'épisode à Suivre

    Glossaire :
    broquilles : minutes – « il est trois plombes et quinze broquilles à la dégoulinante de la bastoche » : « il est trois heures et quinze minutes à la pendule du salon
    constipée du morlingue : radin
    faire murir sa rebiffe : préparer sa vengeance
    les soufflets : les poumons


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