• Il est 10h lorsque le car s’arrête à Jons sur la D6 à la hauteur de la D6e qui mène à main gauche au pont de Jons. J’en descends et lorsque le car reprend sa route en direction de Villette-d’Anthon  je traverse prendre la D6e puis à main droite le chemin qui monte vers le hameau de Bianne où réside mon arrière-grand-tante. Je pourrais faire le chemin les yeux fermés car c’est chez elle que, depuis ma petite enfance, nous allons, dès les beaux jours, passer nos dimanches en famille. Des dizaines d’anecdotes me reviennent en mémoire et si j’en ai le temps, un jour, je vous les conterais. Mais en cette fin du mois de juin 1965, ma visite en solitaire a une autre motivation. Nous sommes jeudi et je n’ai pas de cours, ni d’atelier au lycée La Martinière où j’effectue mon avant-dernière année de TIM (technique industrielle de micromécanique, autrement dit : horlogerie). J’ouvre le portail donnant sur une petite cour en détachant une vieille chaîne enroulée entre les deux battants. Elle n’a pas de cadenas et sert depuis très longtemps à tenir le portail fermé qui ne comporte pas de verrou, juste un loquet qui ne résiste pas au premier coup de vent. Tante Pauline m’attend sur le perron de l’entrée. On se coque la miaille comme il se doit.

       - Je t’ai vu arriver par la croisée de la cuisine, mon gone ! Blanche, ta grand-mère, ma nièce bien aimée, m’a prévenue par courrier de ta visite. Mais je ne vois pas le père Bouvier, ne devait-il pas t’accompagner ?

       - Il nous rejoindra pour le café. Ce matin il a un cours de catéchisme à l’annexe du Lycée Chaponnay de la rue Pierre Corneille, qui jouxte l’église de l’Immaculée Conception.

    J’étais venu ce jour-là pour récupérer une petite malle contenant la transcription de documents écrits depuis le IVème siècle par les descendants de Fabulix. Mémé Blanche m’avait proposé de me confier ces documents que lui avait légués son aïeul et qui étaient conservés par sa tante.

       - Ils te reviennent car tu es passionné d’histoire,  me dit-elle.

    Jusqu’au XVIIIème  siècle, les documents ont été réécrits à cha peu par des copistes et certains sont encore en latin. D’où la présence du père Bouvier, un prêtre ouvrier qui en classe de 3ème nous donnait des cours de morale et d’éducation civique en lieu et place du catéchisme (j’étais élève au Lycée Chaponnay). Cet homme très érudit nous ouvrait les portes de sa bibliothèque. Je l’ai contacté pour qu’il m’aide à traduire les textes en latin et en vieux français. Ce jeudi de juin 1965 marque le début de notre collaboration qui durera de nombreuses années pour la compilation des documents et leur réécriture en français actuel.

    C’est pourquoi à  partir de cet épisode, la suite du feuilleton historique comportera l’opinion et les sentiments des témoins de l’Histoire telle qu’ils l’ont vécue.

    383 - Lettre de Fabullus  à sa fille Julie, correspondant auprès de Justus évêque de Lugdunum

    Ma chère  Fille

    30 ans après le suicide de Magnence, c’est encore par chez nous que le jeune empereur Gratien tout juste âgé de 24 ans vient de trouver la mort ce 25 août 383. Au début de l’année 383, le général romain de la province de Britannia se fait proclamer empereur par ses troupes. Aussi sec, il débaroule en Gaule pour faire valoir ses prétentions. Au printemps, en 6 jours, à la bataille de Lutèce, il défait les légions de Gratien qui de ville en ville ne trouve refuge qu’à Lugdunum où le gouverneur lui ouvre les portes. Mais c’est une souricière car les espions de Maxime font courir le bruit que l’impératrice arrive rejoindre son époux. Le cœur gonflé comme une pâte à bugne trempée dans un bain d’huile, le pauvre gone sort imprudemment de la ville et se dirige vers une litière fermée. Ouvrant les rideaux, il se fait choper et trancher le corgnolon d’un coup de glaive par Andragathios, commandant de cavalerie de l’usurpateur. Celui-ci arrive, désapprouve le meurtre et fait transférer le corps à Trèves pour être inhumé avec les honneurs (geste purement politique pour ne pas s’attirer les foudres de Théodose).
    Quelle misère tout ce que nous vivons à notre époque ! Tout ceci n’annonce rien de bon pour les temps à venir. Reste bien en Aquitaine pour cultiver ta vigne avec mon gendre. Il paraît que cette année la récolte sera bonne et que ce sera un bon cru.

    Rome empire fin ivQuand je songe qu’il y a une vingtaine d’années, en 361, Julien dit l’Apostat, avait promulgué un édit de tolérance autorisant toutes les religions, abolissant les mesures prises non seulement contre le paganisme, mais aussi contre les juifs et les hérétiques ariens. Il a voulu réformer le paganisme sur le modèle des institutions chrétiennes (moralité des prêtres, création d’institutions charitables) il a même institué une hiérarchie des cultes autour du dieu Soleil. Il a réorganisé et assainit la lourde administration impériale en réduisant le personnel du palais et celui affecté à la délation et à l’espionnage, les agentes in rébus ; il s’entoura de fonctionnaires de toutes confessions. Installé à Antioche pour préparer une grande expédition militaire contre les Perses, il parvint jusqu'à Ctésiphon leur capitale, lorsqu’il fut mortellement blessé le 23 juin 363.

    Dès lors commence vingt ans de troubles. Le général Jovien, commandant de la garde impériale, officier Illyrien endosse la pourpre impériale. Officier émérite, il est aussi chrétien tolérant et donc il apaise le climat de radicalisation mutuelle des positions des tenants et opposants du christianisme qui s’était développé sous Julien. Il promulgue un nouvel édit de tolérance accepté cette fois-ci par chacune des parties. Seulement voilà ! le bougre ne crachait pas sur la mangeaison et la lichaison et c’est après un mâchon, sur la route de Constantinople, dans la nuit du 16 au 17 février qu’il ferme son parapluie des suites de ce repas bien arrosé.

    AndrinopleLe 20 février, Valentinien 1er est nommé empereur d’occident. Il nomme Valens le 8 mars suivant co-empereur pour l’Orient. En 367 Valentinien délivre la Gaule des Alamans. Il nomme son fils Gratien Agé de 8 ans Auguste pour lui succéder. De son côté Valens est vainqueur des Wisigoths dans son combat de 367 à 369. Il soutient l’arianisme et persécute les intellectuels païens.
    Le 17 novembre 375 Valentinien épouse la Camarde en Pannonie dans le conflit qui l’oppose aux Quades et aux Sarmates. Gratien étant absent, c’est son demi-frère Valentinien II qui est proclamé empereur à l’âge de 4 ans sous la tutelle de sa mère Justine.
    Les Wisigoths qui se sont alliés aux Ostrogoths en 375, occupent la Thrace en 377 et le 9 août 378, Valens meurt d’une flèche au cours de la désastreuse défaite d’Andrinople. Théodose le Grand le remplace et avec Gratien en 380 ils arrêtent les Goths en Epire et en Dalmatie.

    Le 28 février 380, Théodose promulgue l’Edit de Thessalonique qui fait du catholicisme orthodoxe la religion d’état obligatoire. L’hérésie arienne est interdite et c’est le début de la fin pour le paganisme. Il commet pourtant l’erreur de fixer les Ostrogoths en Pannonie en 380 et les Wisigoths en Mésie en 382 introduisant ainsi le ver dans le fruit, prélude aux invasions barbares.

    Comme tu le vois Julie, nous vivons une époque très compliquée mélange de guerres contre les Perses et les barbares et pour la prééminence d’une religion. J’étais avec Justus en 381 au concile d’Aquilée au nord-est de l’Italie dans la province d’Udine. Ce concile est le pendant de celui de Constantinople, où l’essentiel des débats a reposé sur le combat contre les hérésies et le paganisme suite à l’Edit de Thessalonique. Je crains que la tolérance ne soit plus qu’un mot relégué aux oubliettes.

    Donne-moi de tes nouvelles et de celles de tes deux garçons qui doivent être de petits gones bien artets et je l’espère pas trop tarabates : à 10 et 12 ans, ils doivent bien occuper ton espace de vie.
    Je vais tacher moyen de venir vous rendre visite prochainement.

    D’ici là prenez soins de vous.

    Je vous embrasse et transmets mes amitiés à ton époux. 

    Fin de l'épisode, à suivre...  


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  • Faisons un point sur la situation en Occident : Constant est seulement âgé de dix-sept ans lorsqu’il devient co-empereur en 337 avec ses frères Constantin II (23 ans) et Constance II (27 ans). Trois ans plus tard, par dépit, il fait tomber Constantin II dans un guet-apens d’où il l’envoie rejoindre la camarde. Il se chipote ensuite avec Constance II mais c’est lui cette fois qui se fait dessoudé le 27 février 350 par Magnence, son général en chef devenu usurpateur de la pourpre impériale, lequel pour faire bonne mesure fait fermer son parapluie à un autre pâle usurpateur,  Népotien, qui ne régna que 23 jours en mars 350.
    Pour protéger ses arrières, Magnence nomme son frangin Décentius, César.
    De son côté Vétranion qui lui-aussi avait usurpé le titre depuis mars 350, se fait gourmander par Constance à qui il fait allégeance avant de partir en exil à Pruse (l’actuelle Bursa de la province de Marmara en Turquie). C’était le 25 décembre (
    un cadeau de Noël puisqu’il aura la vie sauve et mourra de mort naturelle dix ans plus tard en 360).
    Trois ans de castagne plus tard, Magnence vaincu se suicide à Lyon le 11 août 353, suivit dans son geste par son frère Décentius qui se pend à Sens le 18 août. Constance II devient donc seul maître à bord.
    Rappelez-vous ! Silvanius avait changé de camp et permit à Constance de vaincre Magnence. Hélas ! suite à une malencontreuse série de quiproquos et craignant d’être zigouillé, il se fait proclamer empereur le 11 août 355. C’est ballot, puisque le 7 septembre il se fait attaquer dans son palais par quelques spadassins issus des troupes auxiliaires, des Carnutes, (des gaulois celtes comme Astérix)  alors qu’il se rendait à la messe. Réfugié dans la chapelle chrétienne, les païens l’en extirpent avant de le massacrer.

    Nous en sommes donc à deux empereurs et cinq usurpateurs dans la sciure ; on se croirait à : « jeu de massacre à la Foire du trône ».

    Dirigeons maintenant notre caméra vers l’Orient : Le 15 mars 351 à Sirmium en pleine guerre civile contre Magnence, Constance II revêt son cousin Gallus (âgé de 25 ans) du manteau de pourpre des Césars et lui offre, de surcroit, la main de sa sœur (attention ! pas pour faire le ZouaveConstantina, qui l'a habilement servi durant l'usurpation de Vétramion.
    Gallus tient les Perses en respect mais se conduit en tyran, encouragé par sa fenotte (
    c’est elle qui portait la culotte) qui a pris la grosse tête et se voit déjà impératrice. Convoqués par Constance, Constantina meurt de maladie sur le chemin. Désemparé, Gallus est arrêté et il est jugé de manière expéditive par un tribunal spécial dirigé par l’eunuque Eusébios à Pula (Croatie) puis il se fait exécuter à l’hiver 354.

    La pression des Quades et des Sarmates sur le Danube ainsi que la menace perse en Orient poussent Constance à considérer à nouveau la possibilité de nommer un César parmi sa parenté. C'est sur son cousin Julien, le frère de Gallus, que se porte son choix le 6 novembre 355 en lui accordant la main de sa sœur cadette, HélèneC’est décidemment une manie de refiler ses frangines à ses cousins ! Echaudé, Constance entoure toutefois le récipiendaire, de ses plus fidèles hommes de confiance.
    Bataille en GauleJulien parvient dès lors à redresser la situation en Gaule. Constance de son côté quitte les régions danubiennes après avoir soumis les Quades et les Sarmates. Il se porte en hâte vers Constantinople lorsque Shapur reprenant les hostilités, franchit le Tigre en 358. Évitant Nisibé cette fois, le Roi des rois met le siège sous les murs d’Amida qui tombe en octobre 359 laissant six légions prisonnières des Perses. Inquiet des succès de Julien et pour résoudre son problème Constance réclame le retour en Orient des meilleurs bataillons du nouveau César, provoquant l’usurpation de ce dernier. En effet, les troupes en partie gauloises et germaines, très attachées semble-t-il à leur nouveau César et peu désireuses d'abandonner leurs familles pour aller combattre dans la lointaine Mésopotamie au climat si différent du leur, sortent Julien de son palais en pleine nuit, le ceignent du diadème de circonstance et levé sur un bouclier à la manière franque, Julien César est acclamé Auguste par ses troupes en février 360. De nouveau, Constance prend les armes pour défendre son trône. Julien essaie en vain de négocier et n’y parvenant pas, il marche sur Vienne où il prend ses quartiers d’hiver fin 360.
    retour en PerseConstance qui doit poursuivre sa guerre contre les perses se porte sur Edesse puis Amida, assiège Bedzabé et se rend à Hiérapolis.
    En 361, après un nouvel été à batailler sur l’Euphrate, et apprenant que Julien, à la tête de ses armées s'est mis en marche vers Sirmium en Illyrie, Constance II quitte finalement la Mésopotamie supérieure pour marcher au-devant des forces de son rival. En juillet, Sirmium tombe entre les mains de l'usurpateur qui avance jusque Naïssos où il se prépare pour l'affrontement avec les armées de son cousin.

    légions en marcheVa-t-on assister à un nouveau carnage fratricide entre légions ? Que nenni ! Constance lui épargne cette peine. Tombé malade à Tarse en octobre, Constance Auguste, épuisé par la fièvre, décède le 3 novembre 361 à Mopsucrène en Cilicie dans sa quarante-quatrième année, la vingt-quatrième de son règne. Juste avant de mourir, il se fait baptiser conformément à la coutume et par sens du devoir et de la patrie, pour ne pas faire endurer aux populations de la République les affres d'une nouvelle guerre civile, pleinement conscient de l'intérêt supérieur d'un Empire menacé de toute part,  (ici je ne crie pas cocorico mais taratata ! En effet, si le coq gaulois coquerique, l’aigle romain trompette) il confirme son ennemi et néanmoins cousin Julien César comme Auguste pour lui succéder.

    Je me demande si ce n’est pas à cause de toutes ces turpitudes qu’on appelle les clowns, Auguste !!!

    Fin de l'épisode, à suivre... 


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  • Une bande-dessinée fabuleuse de Régis LOISEL sur l'histoire de Peter Pan : version très librement inspirée des personnages de Sir James Matthew Barrie. 

    http://www.fabulgone.com/pages/parlons-en/lectures/peter-pan.html


    Voici une belle idée de lecture pour cet été. Et vous pouvez en trouver d'autres dans la rubrique lire-voir de mon site.


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  • En 337, Constantin II succède à son père conjointement avec ses frangins Constance II et Constant 1er. Les trois galapiats décident de faire le ménage et commencent par éliminer leurs deux cousins : Dalmatius qui contrôle la Thrace, l’Achaïe et la Macédoine et son frère Hannibalianusrex regum et ponticarum (roi des rois des peuples du Pont). Pour l’anecdote soulignons que les cousins avaient tous deux été éduqués par Exupérius ; celui-ci était-il un lointain ancêtre de Saint-Ex ? L’histoire ne le dit pas. Ensuite, Le 9 septembre 337 en Pannonie, les trois frères se partagent l’empire : Britannia, la Gaule et l’Hispanie pour Constantin. L’Italie, l’Afrique et l’Illyrie pour Constant et l’Orient  pour Constance.
    Seulement voilà, Constantin veut faire valoir ses droit à la 
    primogéniture (notre droit d’ainesse du moyen-âge), d’autant qu’il conteste à Constant d’avoir reçu la Thrace et la Macédoine. Tu rajoutes à ce sac d’embrouilles la lutte entre factions qui rompe l’unité de la chrétienté (et ça continue, encore et encore) ; d’un côté en occident l’influence des papes de Rome favorise le catholicisme et de l’autre en orient Constance soutient l’arianisme. Alors, crac, boum, hue ! Nous voilà reparti pour une guerre fratricide.

    Constantin marche sur l’Italie, Constant lui envoie ses meilleures troupes d’Illyrie et en avril 340, Constantin se fait zigouiller dans une embuscade aux environs d’Aquilée (Vénétie). Redistribution des cartes : l’occident pour Constant et l’Orient pour Constance. Les deux frelots vont toutefois coexister malgré leurs divergences et leurs politiques religieuses contradictoires. Défense des frontières oblige !

    Constance est empêtré dans le conflit perse ; Constant mène une campagne victorieuse en 341-342 contre les Francs et en 343 il lutte contre les Pictes et les Scots le long du mur d’Hadrien en Bretagne. Sur le plan religieux  tous deux interdisent les sacrifices païens et la pratique de la magie ; ils encouragent la fermeture, mais non la destruction, des temples païens désaffectés. Paradoxe, Constant, qui est lui-même homosexuel, devient le premier empereur qui édicte une loi contre l’homosexualité, punissant de mort « cum vir nubit feminam viris porrecturam » « l’homme qui épouse un homme comme s’il était une femme » c’est-à-dire celui qui devient gay par passivité ou soumission ! Bonjour les tribunaux ! Comment déterminer ceux qui vivent leur passion en hommes libres  de ceux qui deviennent  invertis  « par soumission et passivité » ? Et bien sûr la loi ne concerne que les hommes, pas les fenottes.

    La vraie pomme de discorde (pas celle du jardin d’éden) entre les frangins, reste le schisme permanent entre catholicisme occidental et arianisme oriental qui conduit à des persécutions dans chaque camp. Finalement ce sera le statuquo en 346 chacun menant sa propre politique religieuse sans que l’autre n’y trouve rien à redire.

    Nous pourrions souffler un peu, seulement voilà : Constant n’est pas populaire car il a sans cesse besoin d’argent. Il accentue la pression fiscale, pratique ouvertement la corruption, et se montre peu regardant sur les exactions de ses hommes de confiance. Ça ne pouvait pas durer autant que la rue Michel ! Magnence un officier ancien esclave de Constantin 1er promu général en chef des armées du Rhin se fait proclamer empereur à Augustodunum (Autun), il pourchasse Constant qui taille la route vers l’Hispanie avant de  se faire rattraper à Helenae (Elne, Pyrénées-Orientales). Il se fait alors estourbir dans cette bourgade et dans le temple où il s’était réfugié. Ironie du sort Helenae est le nom donné à l’ancienne Illibéris par Constantin le Grand en hommage à sa mère et donc à la grand-mère de Constant. Vous l’avez deviné, Magnence est dès à présent considéré comme usurpateur et à nouveau, la chienlit s’installe pire que dans Games of Trones avec des conséquences irréversibles. D’autant que Népotien un neveu de Constantin 1er se fait lui aussi proclamer empereur ; heureusement, ce dernier ne règnera que 23 jours avant d’être battu et mis à mort sous les murs de Rome par Marcellin général de Magnence.

    La bataille de mursaNous assistons alors à ce qui s’apparente à une sorte de suicide de l’empire d’occident. D’un côté nous avons un contingent de 60 000 hommes composant l’armée romaine de Constance II et de l’autre 35 000 hommes composés d’unités romaines et de nombreux contingents barbares sous les ordres de Magnence. Dans un premier temps Constance prends en 351 la pâtée à Atrans en Slovenie. Il offre un compromis à Magnence. Celui-ci refuse et à son tour subit deux revers à Siscia en Croatie et Sirmium en Serbie. Les deux armées se regroupent et se retrouvent sur la Drave affluent du Danube à Mursa en Croatie. Nous sommes le 28 septembre 351.
    Les premières escarmouches donnent l’avantage à Magnence, mais coup de théâtre, le tribun Silvanus, officier franc (mais pas franc du collier. Bon d'accord l'expression est un peu facile, mais j'aime bien), entraîne son contingent de cavalerie (cataphractes et archers à cheval asiatiques) vers les troupes de Constance pour se mettre sous ses ordres. La bataille commencée en fin d’après-midi avec de multiples assauts voit la victoire pour la première fois d’une cavalerie lourde sur les légionnaires et Magnence mit en déroute prend la fuite. Sur le champ de bataille on dénombre 30 000 morts parmi les 60 000 soldats de Constance et 24 000 victimes pour les 35 000 hommes de Magnence. Cette hécatombe est d'une telle ampleur chez les deux belligérants que la puissance romaine de l’empire d’Occident ne s’en remettra jamais. D’autant que dans les mois qui suivirent, les tribus germaniques profitèrent des frontières dégarnies pour envahir les provinces gauloises qu’elles ravagèrent sans opposition. Magnence connaît de nouveau la défaite aux Mons Seleucus  (La Batie-Montsaléon, près de Gap). Il parvient jusqu’à Lugdunum où il se donne la mort le 10 août 353. Il faut dire que pour une fois, les gones l'avaient fraîchement accueilli ; ils n’avaient cette fois, pas pris fait et cause pour le mauvais cheval.
    Constance devient donc le seul maitre de l’empire romain.
     

    Fin de l'épisode, à suivre...


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  • 34e épisode - Constantinople - Le concile de NicéeEn 324 Constantin transforme Byzance en Constantinople « la nouvelle Rome » pour des raisons stratégique car bâtie sur un site naturel pratiquement inexpugnable à l’inverse de Rome. La cité est située près des frontières du Danube et de l’Euphrate ce qui permet de contenir les Goths et les Perses. Si des temples païens y sont implantés, très vite la ville ne comportera que des édifices religieux chrétiens. Il fait construire un palais royal, un Hippodrome (nouvelle dénomination des cirques romains) et l’église de la Sagesse Sacrée (Sainte-Sophie). 

     

    L’organisation du pouvoir central est modifié avec le remplacement du Préfet du prétoire par le questeur du Palais sacré qui rédige les édits et dirige le consistoire ; le maître des offices est en charge du personnel administratif, le maître des milices gère l’infanterie et la cavalerie, le comte des largesses sacrées dirige le fisc ; j’aime bien le terme largesses sacrée, ça fait un peu chinois. Vous me voyez arriver au centre des impôts et déclarer : « Bien le bonjour madame la préposée à l’accueil, je souhaite m’acquitter de ma redevance et faire cinq sous à monsieur le contrôleur des largesses sacrées. C’est plus classieux que : où est ce trouffignon de percepteur que j’y refile mon chèque. »  
    Le Sénat reprend la première place dès 312 avec le transfert des chevaliers ce qui lui confère un effectif qui passe de 600 à 2000. Mais la grande nouveauté est cependant l’augmentation des fonctionnaires travaillant dans les bureaux centraux. Une foule de notaires, d'agents secrets (les agentes in rebus), près de 1 000 fonctionnaires font de l’Empire romain une véritable bureaucratie.

     

    Pour favoriser les chrétiens il abroge les lois sur le célibat, impose le repos dominical autorise l’affranchissement des esclaves par déclaration dans les églises à qui il autorise de recevoir des legs. Les plaideurs peuvent choisir entre le tribunal civil ou la médiation de l’évêque. Il promulgue des lois contre la prostitution des servantes d’auberge, renforce le poids du mariage avec le sacrement religieux, punit l’adultère d’une femme avec son esclave et restreint le droit au divorce.

     

    Sur le plan économique il institue le solidus, monnaie d’or appelée sou dont la stabilité et l’abondance est assurée par la confiscation des stocks d’or des temples païens, mais la dévaluation des monnaies d’argent et de bronze appauvrit les couches modestes de la population.

     

    34e épisode - Constantinople - Le concile de NicéeA cha peu un cuchon de monde abjurèrent leurs croyances païennes tout en conservant leurs croyances et leurs pratiques superstitieuses. C’est ainsi que le christianisme romain adopta et intégra une partie du culte impérial et des fêtes comme les saturnales et le 25 décembre (sol invictus) qui devinrent les fêtes de la nativité. Pour les ceusses qui connaissent ou étudient les religions, le culte de Mithra qui a disparu et a été annihilé notamment parce qu’il n’y avait pas d’écrits, de nombreux points communs concernent les deux religions telles la masculinisation des officiants, quelques dates de fêtes, la mitre et la crosse des évêques...34e épisode - Constantinople - Le concile de Nicée

     

    Pour mettre fin aux querelles qui divisent les chrétiens, Constantin convoque et préside le Concile de Nicée en Bithynie (Turquie) le 20 mai 325. Il s’achèvera le 25 juillet avec la promulgation d’une profession de foi ou credo qui n’est autre que le ‘’Je crois en Dieu...’’ actuel, c’est-à-dire la croyance en la Trinité, Dieu le père, Jésus Christ le fils et le Saint-Esprit. 20 ‘’canons’’ fixent les règles comme par exemple : la discipline (le canon 3 interdit aux clercs d’avoir une femme dans sa demeure à l’exception de sa mère, sa sœur, sa tante ou de quelque personne au-dessus de tout soupçons), l’ordination des évêques, l’excommunication, la gestion et les attributions hiérarchiques... le canon 20 est assez surprenant : il interdit la génuflexion pour prier le dimanche et pendant la Pentecôte.


    Enfin la lettre dite ‘’encyclique aux églises’’ accentue la scission entre les religions juive et chrétienne : « la question touchant la fête de Pâque y ayant été agitée, tous sont demeurés d'accord d'un commun consentement de la célébrer le même jour… Tous ont jugé que c'était une chose indigne, de suivre en ce point la coutume des Juifs… Ils sont si fort éloignés de la vérité, même en ce point, qu'ils célèbrent deux fois la fête de Pâque en une année… Embrassez donc volontairement l'usage, qui est établi à Rome, en Italie, en Afrique, en Égypte, en Espagne, en Gaule, en Angleterre, en Achaïe, dans le Diocèse d'Asie et de Pont, et en Cilicie. » Vous y voyez les gones que la connaissance de l’histoire explique bien des turpitudes qui agitent encore notre monde moderne.
    Ainsi se met en place ce que nous appelons le césaropapisme un régime où les pouvoirs politique et religieux sont séparés mais pas dissociables car le détenteur du pouvoir politique considéré d’essence divine exerce son autorité sur l’église sans empiéter dans le domaine du dogme et l’empereur est soumis aux mêmes obligations morales et spirituelles que les autres fidèles. Il en sera ainsi jusqu’à la Révolution française.

     

    Constantin, n’a pas pour autant négligé la protection des frontières au cours de son règne. Sur le Rhin il combat les Francs et les Alamans en 306 309 et 313 et la reprise des relations commerciales atteste du calme revenu. Sur le Danube il remporte une grande victoire sur les Sarmates à Campona en 324 puis refoule les Goths la même année. Depuis la paix de 297, la Perse est demeurée relativement tranquille, mais (encore un coup de la sorcière aux dents vertes) tout par en quenouille en 333 quand les Perses sassanides de Shapur II tentent de dominer l’Arménie et persécutent les chrétiens avant de déclarer la guerre en 337. L’empereur envisage une croisade (déjà ! c’est y pas dieu posse) en se faisant accompagner des évêques. Mais il meurt en mai 337 en Nicomédie au milieu des préparatifs de la campagne.
    D’après Eusèbe de Césarée il serait mort le 22 mai, le dimanche de Pentecôte.

     

    Selon le ‘’parler gaulois de Lugdunum’’, l’actuel ‘’parler lyonnais’’, à cha peu signifie petit à petit, un cuchon c’est un grand nombre et le mot monde quand il représente les personnes, est toujours un pluriel invariable (c’est singulier, je sais !) ce qui explique que le verbe abjurèrent soit conjugué au troisième pronom du pluriel.

     

    Les empereurs laissent parfois des traces indélébiles : Constantin : la chrétienté, Charlemagne : l’école (pas la barbe fleurie) et Napoléon : le code civil (pas la main dans la vareuse ! soyez pas tarabates ce qui signifie sots et turbulents).

     

    Tout ceci est une autre histoire.


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