• Nos amis restèrent en Orient jusqu'en l'an 4 de l'ère chrétienne car, comme je le précisais dans l'épisode précédent, nous adoptons maintenant le calendrier actuel. 

    Ils avaient été invités à Rome par Quinctilius et Claudia, pour les fêtes organisées lors de l'adoption de Tibérius Claudius Nero, par l'empereur Auguste qui se trouvait sans héritiers après la mort tragique de ses deux derniers descendants  (ses petits-enfants : Lucius et Caius César, les fils de sa fille Julia). Tibère qui était le fils de Livie, troisième épouse de l’empereur, se trouva ainsi à 46 ans investi de l'impérium proconsulaire au rang de principat sous le nom de Tibérius Julius César. Après les cérémonies et les festivités du 26 juin, la famille Lunatix séjourna quelque temps chez leurs amis avant de retourner début août à Lugdunum.

    Trois mois plus tard, Jihane mit au monde une petite fille qu'ils prénommèrent Néfertari (la plus aimée de tous) en hommage à Néferet la grand-mère de l'enfant.

    Fabulan apprit à lire et à écrire à l'école des druides de l’Île-Barbe ; ils n'avaient certes plus le droit de pratiquer leur culte mais continuaient d'exercer leur rôle d'enseignants auprès des familles gauloises. Il s’initia à la culture égyptienne par sa grand-mère et également à celle des Persans par sa mère. A dix ans il tait devenu un enfant robuste espiègle, curieux et imaginatif.

    Ses parents avaient bercé son enfance en lui contant des fables à l'aide des deux poupées à gaine, le lionceau et le jeune garçon, qu'il avait reçu lors des saturnales suivant son premier anniversaire. Son grand-oncle Claudius Tartempio, parrain de son père aimait sculpter le bois et  lui avait fabriqué, d'autres têtes de bois qu'il réalisait en bois de tilleul. Il se trouvait donc avec un cuchon de personnages dont : un vieux druide, un fabriquant de sandales, porté sur le mulsum (vin miellé) ce qui lui conférait une trogne et un gros picou rubicond et un joyeux gone bien artet (dégourdi, rusé), copain du gnafre (savetier en gaulois). Tartempio avait aussi fabriqué une sorte de cache démontable en bois et tissu pour qu’il puisse se dissimuler à la vue des spectateurs. Fabulan aimait inventer des histoires avec ses personnages et les raconter à son entourage

    Il adorait sa petite sœur et donc, pour les cinq ans de Néfertari, il avait décidé de lui offrir un spectacle de marionnettes auquel toute la famille fut conviée ainsi que de nombreux petits amis de la fillette invités à l’anniversaire. Chacun prit place devant le castelet improvisé.

    L'histoire se passe dans la campagne de Briandas ; le druide Panégyrix est avec le Gnafre :

     

    - Je viens de terminer ma récolte de gui sacré pour la réunion annuelle de notre confrérie et je dois concocter une nouvelle recette pour l’élection du concours récompensant le meilleur cuistot au chaudron.

     

    - Je me souviens, lui rebrique le Gnafre, de ta recette de « joue de porc au carottes, oignons, céleri et vin rouge », c’était à s’en lécher les cinq doigts et le pouce. T’avais d’ailleurs reçu le premier prix, un laurier d’or.

     

    - Ouais, je dirais plutôt que c’est le vin rouge que tu as surtout adoré. Cette année, ça s’annonce plus coton avec des petits nouveaux talentueux comme : Bocusix, Robuchonus, Georgius Blancus, et d’autres pointures. Il y a même des marque–mal qu’y disent qu’on devrait aussi faire concourir les fenottes ; le monde il est vraiment tout tourneboulé. Mais entre nous, dit le druide en se tournant et retournant, j’ai dégusté un jour une poularde aux truffes à l’échoppe de la mère Brazierix, un délice que t’en aurais sucé les os jusqu’à la moelle, « poularde demi-deuil » qu’elle appelle son plat. Mais je m’égare. Je suis venu te demander de me garder mes branches de gui et de surveiller qu’il n’en disparaisse point.

     

    - Vous faites pas de souci, j’y veillerai, comme le lait sur le feu.

     

    Panégyrix s’en va. Son copain arrive et areluquant le tas de gui questionne :

     

    - Qu’est-ce que ça que c’est mon Gnafre, tu te recycles dans le commerce des herbes ?

     

    - Mais non le Gnaule (le Gnafre l’appelait ainsi depuis qu’il avait exercé un temps le métier d’assistant d’un charlatan, bouilleur de cru) c’est Panégyrix qui m’a confié une mission d’importance, surveiller sa  récolte de gui sacré.

     

    Les deux complices continuent de parler puis Gnafre sort quelques amphores de mulsum car il fait « souaffe » et tous deux boivent de « conserve ». Gnafre prétexte une urgence et laisse Gnaule tout seul. Celui-ci s’allonge contre un arbre et demande aux enfants de l’avertir si quelque chose se produisait pendant qu’il s’offre une petite sieste réparatrice.

     

    Gnafre avait décidé de faire une blague à son ami et il s’est en réalité dissimulé dans un buisson. Dès que Gnaule s’endort, il arrive par derrière avec une canne à pêche et commence de prendre un brin de gui. Les enfants hurlent :

     

    Gnaule ! Gnaule ! Gnaule ! Celui-ci se réveille et se lève en sursaut.

     

    Le gui ! Le gui ! Le gui, crient les enfants.

     

    Gnaule stupéfait constate qu’il manque un brin.  Il cherche alentour et dit aux enfants :

     

    - Je vais faire semblant de dormir, prévenez-moi si quelqu’un arrive !

     

    Il s’allonge de nouveau après s’être muni d’une grosse trique et fait semblant de ronfler, déclenchant l’hilarité des jeunes spectateurs.

     

    Gnafre avec sa canne à pêche essaie de nouveau d’attraper un brin de gui. Les enfants hurlent :

     

    - Le gui ! Le gui ! Le gui !

     

    Gnaule se lève et à grands coups de trique frappe Gnafre qui gémit et s’excuse de cette mauvaise blague. Tout est bien qui finit bien. Fabulan, remercie et salue l’assistance. Il reçoit en retour une magnifique ovation de tous les spectateurs, grands et petits.

     

    21 - Retour à LugdunumBien sûr ce succès fait qu’il est sollicité pour reproduire sa pièce dans d’autres familles et même à l’oppidum auprès des soldats et officiers romains.

     

    Petit à petit, le titre de la pièce qui était « Gnafre, Gnaule et le gui », devient  « le Gui de Gnaule » et les hurlements des petits quelques années plus tard conduisent à ce que l’on entende surtout :

     

    Gui Gnaule ! Vocable qui devient à cha peu, le prénom et le nom d’un jeune homme adroit, plein de finesse et de ruse.

     

    Gui Gnaule est devenu l’ami incontournable des enfants et la coqueluche du peuple qui voit en lui le symbole de Lugdunum.

     

    Étonnant non !

      

    A suivre…


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  •  - Il s'en est passé des choses du depuis la création de Lugdunum, pas vrai les gones ?

         - Au regard de l'histoire du monde, c'est un saut de puce ! me rebriquez-vous.  

         - Sans doute mais en 43 ans Rome est passé de la République à l'Empire avec la mainmise d'Octave sur tous les leviers de l'Etat. Après une longue période de conflits, de défaites, de victoires de conquêtes, de guerre civile, la Pax Romana s'est installée. Lugdunum est devenue la capitale des trois Gaules. Pour finir, le petit baigneur, l'Enfant-roi annoncé par de nombreuses prophéties a pointé le petit bout de son nez pour influer sur le monde entier. Alors soyez pas niquedandouille, tarabate ou marque-mal et dîtes-z’ y-vous que depuis la création de Lugdunum et en un peu plus de quatre décennies, nous avons vécu :   

             Un saut de puce pour l’homme, mais un grand bond pour l’humanité.  

         - Je sais pas vous, mais j’aime bien cette formule : elle a de l’avenir non !  

    Poursuivons : en ces temps-là, le tout un chacun du monde, calculait le temps, de façon aléatoire même si la règle était que l’an 1 soye au début de la fondation de Rome. 

    20 - La TransitionD’abord parce que les gens, pour le plus grand nombre, ne savait ni lire ni écrire et de toute façon ils n’avaient pas le calendrier des pétété avec chats, chiens, animaux, fleurs, paysages et mêmement parfois des illustrations originales : calendrier que le monde entier nous envie. Ensuite ils n’avaient pas la téloche, pas internénette et encore moins fessebouc ni touiteur. Exceptés les marchands et les guerriers, la population était plutôt du genre sédentaire et le temps s’écoulait en général à compter de l’avènement du monarque dirigeant, roi ou empereur. Cette pratique se généralisa après la chute de l’Empire romain et cela jusqu’au règne de Charlemagne, empereur imberbe à la barbe fleurie (paradoxe des livres d’histoire car d'après les historiens, il était imberbe et sa représentation avec une barbe ne servait qu'à témoigner de son autorité virile. De plus il fallait lire barbe flori qui signifie blanc en vieux français et non fleurie, ce qui est une coquille typographique). 

    Bien sûr, je ne disserte ici que sur notre microcosme occidental afin de ne pas vous embrouiller les neurones. Si je vous contais l'histoire de la chronologie dans son contexte mondial, nous ne serions pas sortis de l'auberge.  

    Sous le règne de Justinien en 532 de notre ère, un moine scythe réfugié à Rome, Denys le Petit, avait calculé la date de naissance du Christ qu'il fixa en 753 de la création de Rome (vous en avez eu la confirmation dans l'épisode 18). A cette époque, il s'agissait en fait d'enquiquiner les ceusses de la tradition juive qui fixaient la date de Pâques selon le calendrier lunaire. L'Eglise chrétienne désireuse de prendre son autonomie par rapport au judaïsme adopta alors le calendrier solaire des romains.  

    Il fallut attendre encore deux siècle pour que Bède le Vénérable un moine anglo-saxon envisage de généraliser cette pratique et à la manière des Romains, il fit prendre l'habitude, avec le soutien de Charlemagne, de dater l'année en cours à partir de l'année de naissance présumée du Christ, histoire de christianiser le temps. Cette pratique se développa en occident dès 1582 en relation avec le calendrier grégorien. 

    Pour être complet, l'an zéro ne pouvant exister, 753 fut décrétée an 1 et l'an 752 (une année bissextile) l'an -1 ou première année avant Jésus Christ. 

    La notion, avant JC et après JC est très souvent remplacé par AEC (avant l'ère chrétienne) et EC (de l'ère chrétienne) et mêmement pour dénoncer le recours au Christ et à une religion particulière les sigle AEC et EC sont appelés : avant l'ère commune et à compter de l'ère commune. On va pas chipoter, ça fait plaisir à tout le monde comme quand, pour être politiquement correct, on dit "personne à mobilité réduite" pour un handicapé et je rajouterai parlant par respect, "non comprenant" pour un imbécile.

    Depuis le début du XXe siècle une convention internationale a ratifiée ce mode de calcul, même si certains pays conservent la tradition de leur nouvel an. Tout ceci pour vous dire que le prochain épisode comportera les dates conventionnelles "après JC" ou "depuis EC", c'est chacun qui voit selon sa sensibilité.  

    A suivre...


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  • Au milieu de la nuit, Jihane et Lunatix retournèrent chez leur hôte sans se dire un mot, perdus dans leurs pensées. Josué les reçut. Il les questionna intrigué:

          - Je vous trouve bien songeurs, l'accouchement ne s'est pas bien passé ?

        - Au contraire, l'enfant est né parfaitement viable, mais nous avons ressenti une curieuse impression. Comme si nous avions assisté à Sol Invictus, la naissance de l'incarnation du jeune dieu solaire, fils d'Ahura Mazda le Dieu-sagesse.

         - La période que nous traversons est sans doute la cause de votre trouble. Je vous laisse vous reposer, nous en reparlerons plus tard. Il faut que vous soyez en forme pour Fabulan car lorsqu'il va se réveiller, il sera tout excité de revoir ses parents. En votre absence, toute la maisonnée a participé  à la décoration de l'atrium et nous avons déposé les cadeaux au pied d'un oranger dont les fruits à maturité forment un décor lumineux que nous pourrons consommer.

    19 - Les magesQuelques heures de sommeil leur suffirent pour récupérer et la journée se passa très agréablement. Parmi ses jouets Fabulan avait reçu deux poupées à gaine représentant un jeune garçon et un lionceau qui se manipulaient à la main. Selon la coutume perse, le lionceau représente le précepteur de l'enfant et les jouets servent aux parents pour conter des histoires fabuleuses aux petits et aussi plus tard, pour inculquer aux jeunes enfants sur le ton de la parodie, les valeurs morales de leur éducation.

     Lunatix comptait bien importer cette coutume à son retour en Gaule : 

         - Ce serait bien de créer d'autres personnages sous cette forme et de raconter de petites saynètes, mais au lieu d'être assis à côté des jeunes spectateurs, il faudrait que les manipulateurs ne soient pas visibles et se placent derrière un panneau. Cela rajouterait un côté féerique à l'histoire, un peu comme si les poupées étaient vivantes...

    Dans le courant de l'après-midi, une troupe de comédiens se présenta à la domus.

    Ils venaient pour interpréter « la cavalcade de l’Imberbe » qui se joue pendant les saturnales, le jour des fous; il s’agissait d’un rite d’intronisation d’un roi parodique dont le règne comique durait une journée. Cette fête semble s’être perpétuée en Iran jusqu’au début du XIXe siècle.

    La parade des comédiens, accompagnée de musique, s’arrêtait devant chaque maison. Alors, ils ajustaient leurs masques et exécutaient des danses et pantomimes qui représentaient la mort et la résurrection de ce prince factice. Les membres de la maisonnée leur offraient quelques pièces de monnaie ainsi que des portions de plats cuisinés, de la pâtisserie et du vin. 

    Quelques jours plus tard, nos amis se mirent en route pour retourner à Antioche. Nous étions aux nones de januarius, c'est à dire le cinq janvier. Ils avaient à peine parcouru quelques centaines de mètres, qu'ils croisèrent une caravane qu'ils supposèrent appartenir à de riches marchands. Les trois hommes de tête, s'écartèrent du groupe pour se diriger vers eux.

       19 - Les mages  - Je suis Balthazar, roi mage d'Arabie, en charge des peuples africains du sud de la Mauritanie au Yémen, déclara le premier vêtu de rouge et d'or. Mes compagnons sont : Melchior l'européen, roi de Perse qui officie sur l'ensemble du pourtour méditerranéen, de la Péninsule ibérique en Syrie, et de la Jordanie au Maroc (il portait un ample manteau et un pantalon de teinte vert émeraude) et voici Gaspard l'asiatique, qui règne sur les Indes (celui-ci était habillé avec une chasuble et un pantalon bleu outremer). Notre quatrième condisciple, Siméon qui règne sur les tribus Sarmates d'Europe Centrale, les Iazyges, les Roxolans, les Urges et les Sythes Royaux est encore bien loin et n'a pu nous rejoindre. La nuit du 24 décembre, nous avons vu l'étoile, dans la constellation de la Vierge, annonciatrice de la naissance de l'Enfant-Roi, et venons lui rendre hommage. Sommes-nous bien en direction de Bethléem ?

         - Je suis Lunatix de Lugdunum et voici Jihane mon épouse qui est d'origine perse et pratique le culte de Mithra. Je vous connais donc et vous présente mes respects, Saints-Hommes. Jihane a aidé à la naissance de celui que vous cherchez. Vous êtes sur le bon chemin. Je crois que vous reconnaîtrez sans peine, le lieu où la famille séjourne.

    Entendant ceci, les trois rois mages descendirent de leurs montures ils s'inclinèrent devant Jihane, et lui embrassèrent respectueusement la main.

         - Soit bénie et protégée de l'Eternel, déclara Melchior avant de remonter en selle. Puis les trois mages rejoignirent leur troupe et reprirent leur route.

         - Je vais transcrire ce que nous venons de vivre, déclara Lunatix, cette histoire nous dépasse et devra traverser les siècles. L'humanité doit savoir que  Le Dieu-sagesse nous a envoyé l'incarnation de son fils Mithra pour séparer le bien du mal.

         - Nous sommes à la croisée de plusieurs religions, lui dit doucement Jihane, le regard un peu triste. Les hommes sont-ils prêts à unifier leurs croyances ? Il se pourrait qu'une seule religion s'accapare cette naissance et qu'il faille encore vivre bien des turbulences, avant que la sagesse n'éclaire le chemin de l'humanité !

    A suivre...

     

     


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  • Arrivés en fin d'après-midi, à Jérusalem, Jihane, Lunatix et Fabulan furent chaleureusement accueillis par Kimia et Paulus à son cantonnement installé en banlieue sud de la ville. Il leur dit:

         - Toutes les auberges et les appartements en location sont saturés. Avec le recensement et l'affluence de cette fin d'année parce que les gens ont attendu la date limite pour se faire inscrire, impossible de trouver à se loger. Heureusement un ami de mon père possède non loin d'ici une domus et il m'a proposé de vous héberger, le temps de votre séjour en Judée. Il nous a d'ailleurs invités ce soir à partager son repas.

         - Il est vrai, répondit Lunatix, que j'avais rarement vu une telle affluence et nous avons eu du mal avec notre chariot à nous frayer un chemin parmi la foule. Comment se passe le recensement ?

         - Nous ne sommes intervenus que pour quelques légers incidents. Il règne depuis quelques temps un climat curieusement paisible comme si chacun était en attente d'un évènement. Même le temps est calme avec des températures douces qui avoisinent les 20, 24° en journée. Par contre, les nuits étant claires, elles restent froides  de 5 à 8°.

         - Jihane connaît le climat de la région et a prévu nos tenues en conséquence.

         - Je vais donner des ordres pour faire transférer vos bagages chez votre hôte, Josué Elkaim. Profites-en pour te rafraîchir et te préparer pour la soirée.

    Lunatix alla rejoindre Jihane et sa belle-soeur qui venaient de donner le bain à Fabulan et jouaient avec l'enfant. Il se prépara à son tour.

    La domus de Josué était effectivement proche du cantonnement. L'homme, de taille moyenne était affable et reçut ses invités comme s'ils étaient amis de longue date.

         - J'ai connu le père de Paulus alors que j'exerçais à Smyrne en qualité de médecin. De passage à Antioche, j'ai été appelé à son chevet suite à une mauvaise chute de cheval. Je l'ai remis sur pied et il s'est rapidement requinqué. De son côté, il était intervenu pour nous aider lors d'une période de troubles contre la communauté juive et nous sommes devenus de bons amis.

          - Le bien appelle le bien! déclara Lunatix, connais-tu la raison de l'étrange comportement presque serein de la population et que l'on observe dans toute la province?

         - Il semble que des signes avant-coureurs de la prophétie de Michée aient été décelés aussi les gens attendent avec un mélange de crainte et d'espoir sa réalisation. Sauf Hérode qui craint que cela conduise à la perte de son autorité et sa déchéance. Et  vous-même qu'en est-il?

         - Pour l'heure, nous sommes surtout en pleine saturnales. Depuis cinq jours se déroule notre fête religieuse, la célébration du règne  de Saturne, dieu des semailles et de l'agriculture. C'est aussi à Rome la libertas decembris (fête de la liberté et du monde à l'envers). Dans deux jours les esclaves de Rome vont toute la journée devenir les maîtres et les maîtres obéiront aux esclaves.

         C'est aussi ce même jour du 25 décembre que les croyants du culte de Mithra fêteront, par le sacrifice d'un taureau, le Sol invictus (Soleil invaincu) correspondant à la naissance de ce jeune dieu solaire, qui surgissait d'un rocher ou d'une grotte sous la forme d'un enfant nouveau-né.

         En ce qui nous concerne, avec Jihane, nous allons appliquer la fête des sigillaires (sceaux ou cachets de terre) c'est à dire offrir des cadeaux à Fabulan notre fils. Nous serions honorés si tu acceptais que nous prenions à notre charge les frais du festin et la décoration de ta salle de banquet, avec des plantes vertes.  

         - J'accepte avec plaisir car ceci me semble bien sympathique et ne remet pas en cause ma propre croyance. Vous avez toute latitude pour le faire. je vous ferai accompagner par un serviteur.

    Le lendemain, ayant laissé Fabulan sous la surveillance de Kimia, Lunatix et son épouse firent leurs emplettes en ville. Sur le chemin de la domus de Josué, ils croisèrent un couple, dont la femme était assise sur un banc de pierre comme victime d'un malaise.

    Jihane était aussitôt venue au-devant de la femme et s'enquit:

         - Pouvons-nous vous aider, je suis infirmière et aussi accoucheuse. Vu votre état, il semble que le terme soit proche !

    18 - L'enfant     - Merci, ça va aller répondit la femme, je me repose quelques instant car nous devons rejoindre Bethléem où nous avons loué une grotte aménagée. Nous sommes venus pour le recensement. La file d'attente était longue et je me suis sentie un peu lasse.

         - Il n'est pas question que je vous laisse seule, nous allons vous accompagner. Et avant que le couple ne proteste, Jihane donna ses instructions au serviteur en disant de ne pas s'inquiéter s'ils rentrent tard.

    Bethléem était à seulement dix kilomètres au sud de la ville et même à vitesse réduite, l'homme avait enfourché leur âne, Jihane avait pris la femme sur son cheval et Lunatix fermait la marche avec le sien, il ne leur fallut que deux heures pour attendre les faubourgs de la petite ville où effectivement de nombreuses grottes avaient été aménagées en logements.              

    18 - L'enfant

    Ils prirent un frugal repas de galettes de pain, de poissons séchés et d'eau conservée fraiche dans une gargoulette, puis les deux hommes, une couverture sur les épaules s'installèrent sur le perron. Le travail de la parturiente venait de commencer et Jihane qui avait demandé à ce que l'on fasse bouiller de l'eau était restée avec elle dans leur petite chambre.

         - Très joli ce petit berceau en bois, dit Lunatix !

         - Je suis charpentier, répondit en souriant l'homme ! 

    La nuit était claire et outre la lune qui diffusait une lumière douce, Lunatix observa une étoile qui brillait d'une forte intensité. Il frissonna en repensant à toutes les prophéties; celles des druides, des prêtres égyptiens, de Mithra et de Michée...

    Nous étions la nuit du 24 décembre...

    A suivre...


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  • Lorsque Lunatix rendait visite à son ami Paulus en garnison à Palmyre, zone franche où il assurait le maintien de l'ordre et la protection des caravaniers et surtout du marché qui constituait la plaque tournante du commerce entre l'Asie, l'Afrique et l'Occident, il aimait se bambaner et chiner en circulant à travers les étals de nourriture, d'épices, de produits manufacturés comme la vaisselle, la poterie, les bijoux, le petit mobilier. Il admirait les couleurs chatoyantes des tissus et vêtements exotiques venus de Maurétanie, de Perse ou de Chine. 

    Mais par-dessus tout il se régalait d'entendre une foultitude d'accents et de langages aux accents musicaux qui allaient du grave et chantant des méditerranéens et africains  à l'aigu et nasillard du parler asiatique. Alors qu’il flânait à proximité d’un stand de tissus et de  vêtements de soie, il aperçut le manège suspect d’un chaland qui manifestement observait d’avantage les acheteurs que les articles exposés. Il s’approcha discrètement de l’individu et le vit sortir de sa ceinture un coutelas avec lequel d’un geste rapide il coupa les lanières d’un sac de toile que portait en bandoulière une femme en train de choisir des étoffes. Avant même qu’elle ne réagisse, l’homme détala, le sac à la main. Il se heurta à Lunatix qui l’immobilisa en interpellant deux légionnaires qui patrouillaient non loin de là.

    Sans que l’incident ne monopolise l’attention de la foule, les soldats se saisirent du voleur qu’ils garrottèrent en remerciant Lunatix de son intervention et lui remettant le sac. En se retournant, Lunatix se retrouva presque nez à nez avec la victime.                                                                                     17 - Jihane

    C’était une jeune femme de type persan, vêtue d’une longue robe sans manche plissée à partir de la taille et de couleur bleue boutonnée sur le devant. Des épaules aux hanches elle portait une tunique à longues manches, fermée à la taille par une ceinture. Des bracelets d’argent enserraient ses poignets et des boucles d’oreilles créoles ornaient ses oreilles. Un collier assorti mettait en valeur son cou délicat. Elle était légèrement maquillée avec juste ce qu’il faut d’ombre à paupières bleutée pour accentuer la luminosité de ses yeux en amandes, noirs métalliques. De longs cheveux couleur jais légèrement ondulés encadraient son visage à l’ovale parfait. Elle lui souriait gentiment, presque humblement. Lunatix était comme paralysé lorsqu’elle s’adressa à lui.

         - Merci pour votre aide, j’avais dans mon sac des bijoux de valeur appartenant à ma mère et qui venaient d’être réparés par le joailler. Elle aurait été triste de les avoir perdus et je me serai sentie coupable de ma négligence !

    Fabulix une boule à la gorge ne parvenait pas à répondre quand un homme d’allure noble arriva à leur hauteur et embrassa la jeune femme, lui demandant ce qui venait de se passer. Elle raconta sa mésaventure à celui qui était son père, lequel se retournant vers Lunatix le remercia chaleureusement d’une ferme poignée de main.

         - Venez ce soir dîner à la maison, nous ferons plus ample connaissance…

    C’est ainsi que Lunatix connut Jihane qui allait devenir sa femme. Le mariage eut lieu en juin 751. Ce fut une belle noce. Fabulix, Néferet, Magdelo et Tartempio étaient venus de Lugdunum. Paulus l’ami de Lunatix et Kimia la sœur de  Jihane, furent leurs témoins.

    17 - Jihane

    Jihane exerçait comme sa mère la profession d'« accoucheuse » et infirmière. Elle connaissait les plantes médicinales car. comme son père, pratiquait le culte de Mithra, il connaissait des initiés de niveau quatre surnommés les « léos ou lions» et de niveaux cinq les « perses ». Il avait ainsi pu permettre à sa fille de suivre comme candidate libre les cours de médecine de l’école réputée de Smyrne et que suivaient les initiés à vocation de mage.

    Voir à gauche les attributs du culte de Mithra

    En septembre 752, ce fut bien sûr sa mère et aussi Néferet venue pour la circonstance qui l’aidèrent à mettre au monde leur premier fils qu’ils nommèrent Fabulan. Et comme de bien s'accorde, Paulus et sa fenotte, Kimia la soeur de Jihane qu'il avait épousée quelques mois plus tôt, acceptèrent d’être le parrain de l’enfant.

    C'est au cours de cette période, que l'empereur Auguste qui voulait connaître ses administrés (mais aussi en avoir la mainmise fiscale), avait décidé de mettre en œuvre le recensement des populations résidant dans les provinces de l’empire ou d’obédience romaine. La Palestine en faisait partie, et Paulus, fut chargé d’assurer la protection et le contrôle de la bonne tenue des bureaux en charge de cette action. Il installa son cantonnement à Jérusalem où Kimia le rejoignit.

    C’est ainsi, qu’en cette fin d’année 753, à l’approche des saturnales, Lunatix et Jihane vinrent leur rendre visite

    A suivre...


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