• Quelle abomination ! Par sainte Marie des Terreaux et dire que ce massacre des chrétiens a été perpétré sous le règne de l’empereur Marc Aurèle qui était pourtant très attaché à la tolérance religieuse. Philosophe et stoïcien, il avait restreint les combats de Gladiateurs mais comme la populace versatile réclamait du pain et des jeux, il avait accepté que soient exécutés dans les arènes, les criminels et condamnés de droit commun au cours de mises en scène sanglantes retraçant les faits d’armes des légions ; les chrétiens n’étaient que des dommages collatéraux comme on dit pudiquement lors des bavures soldatesques.

    Lorsqu’il mourut en 180, son gone Commode lui succéda. Un nom peu approprié car le salopiaud n’était pas commode du tout, voire plus foldingue que Néron. Il avait restauré les combats de gladiateurs tout en conservant pendant les entractes quelques massacres de condamnés par les fauves ou les soldats armés de glaives, de javelots, d’arc et de chars munis de lames tranchantes dépassant des essieux tandis que les malheureux ne disposaient en simulacre de défense, que d’épées de bois. Il a tout de même sévi douze ans avant de se faire estourbir le 31 décembre 192. L’histoire ne dit pas si c’était au cours du réveillon de la fête des saturnales. 

    Dans la foulée, en remportant le donativum (promesse de don exceptionnelle d’un empereur) la garde prétorienne nomma Pertinax le 1er janvier 193 pour le remplacer mais comme il n’avait versé que la moitié de la somme en constatant que les caisses de l'état étaient vides, 26 - Lucius Septimius Severusceux qui l’avaient élu le zigouillèrent. Ils intronisèrent Didius Julianus qu’était un fourachaux et un marque-mal, qui n’eût pas plus de chance. Il avait pris la grosse tête et s’était déclaré roi du monde ce qui déplut aux sénateurs, alors il fut évincé et remplacé à son tour le 1er juin par Septime Sévère général des légions de Pannonie (et ami de Pertinax)  qui le fit exécuter sur ordre du sénat vengeant ainsi celui qui avait été son mentor. Deux empereurs dans la sciure en moins de six mois, ça rigole pas ; on ne badinait pas avec la mort en ce temps-là ! Ça débaroulait de tous les côtés et la grande faucheuse émargeait pas au chom’du … 

    Mais voilà t’y pas que Pescennius Niger général des légions de Syrie s’était de son côté déclaré empereur dès le mois d’avril 193. Considéré comme usurpateur, il devint l’ennemi de Sévère et rebelote dans cette guerre civile avec une nouvelle victoire de Sévère qui fit exécuter Pescennius en avril 194. La série « Games of Throne » c’est du pipi d’chat, une bluette pour midinette à côté de cette période trouble car la légitimité de l’empereur était aussi menacée par Clodius Albinus, légat de Britannia qu’aurait bien voulu une part du gâteau. 

    C'est pas pour critiquer (si, un peu quand même !) mais la soif de pouvoir traverse les siècles et offre aujourd'hui encore un spectacle peu glorieux. Pour être calife à la place du calife c'est toujours la foire d'empoigne à coups d'invectives, de procès et ça tombe même en dessous de la ceinture. Mais où qu'il est passé l’intérêt du pays et de son peuple ?

    Fin renard, Septime avait accordé à Niger le titre de César et le consulat pour l’année 194. Ce n’était en fait qu’une magouille pour qu'il puisse mener une campagne victorieuse contre les Parthes en 195. Avec une sardine de plus sur ses épaulettes et une fois son pouvoir renforcé, il déclara Albinus ennemi public. Comme de bien s’accorde, celui-ci péta un câble devant l’entourloupe et traversa la Manche en 196 avec ses légions (40 000 hommes). 

    Et c’est ici une fois de plus que ça se gâte et que ça va chauffer pour les miches de nos Ségusiaves lugdunumiens. Tous justes échaudés d’avoir frisé le massacre et la mise à sac en 69 en soutenant Néron, les gones de Lyon misèrent encore sur le mauvais canasson en s’acoquinant avec Albinus. Quand t’as la scoumoune, t’as la scoumoune et la sorcière aux dents vertes en rajouta en jetant un sort pour que la grande castagne décisive se produise à proximité de leur ville. 

    Septimius et ses légions  (le vrai nom de l’empereur était Lucius Septimius Severus) sont victorieux ; Clodius s’enfuit et se donne la mort. Il avait bien fait de se faire hara-kiri car Septimius Severus, fait déshabiller la dépouille qu’il fait piétiner par son cheval. Il lui avait au préalable fait trancher la tête pour l’envoyer à Rome. Ensuite, pour éviter tout risque de vengeance, il fera assassiner sa veuve et ses fils et exécuter les 29 sénateurs qui avaient soutenus Albinus. 

    Mais pour l’heure, la ville de Lyon est prise et en représailles laissée au pillage des troupes qui vont sans vergogne massacrer les habitants, confisquer leurs biens et opérer de nombreuses destructions. 

    Pourquoi tant de haine ? Me direz-vous. 

    Je vous rebriquerai : mais pourquoi les lyonnais ont-ils choisi Albinus ? 


    26 - Lucius Septimius SeverusJe vais pas vous raconter la vie de Severus, mais alors qu’il était proconsul, il avait épousé en seconde noce en 187 Julia Domna, fille du grand-prêtre d’Emèse (Syrie) Julius Bassianus, dont il eut deux fils Caracalla et Geta. Il résidait à Lugdunum lorsque Caracalla naquit en 188 et Septimius affectionnait la capitale des Gaules. Alors quand celle-ci prit le parti d’Albinus, il s’était senti trahi et vu ce qui précède, vous y voyez bien que quand le Septimius est en colère, fait pas bon se trouver sur la trajectoire. Et puis Fabulyon qu’aurait pu nous dire s’il y avait eu des embrouilles entre Lugdunum et Severus, n’était pas en Gaule puisqu’il jouait les Ambassadeurs en Germanie et aussi en Britannia.
     

    C’est aussi de ce malheur que quelques siècles plus tard, naîtra la légende du martyre de Saint Irénée et de dix-huit mille chrétiens dont le sang aurait coulé à flots le long de l’actuelle Montée du Gourguillon dont ce serait l’origine du nom. Ce serait aussi la conséquence de l’abandon de la colline de Fourvière qui marque le début du déclin de la cité qui perdra de son importance et son statut de capitale des Gaules. 

    Mais ceci est une autre histoire. 

     

    Fin de l’épisode, à suivre …


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  • Le martyrologe est une liste de martyrs établit par une religion. Par le sacrifice de leur personne, ils accroissent le prestige de la dite religion et en accréditent l'existence. Béatifiés ou sanctifiés et inscrits dans les livres sacrés, certains deviennent des prénoms courants et sont répertoriés dans des calendriers. Les kamikazes en sont la résurgence moderne. Tous ces martyrs sont hélas bien souvent instrumentalisés et utilisés à des fins politique et de propagande ; de nos jours nous en mesurons l'impact négatif. La révolution de 1789 avait essayé de remplacer les saints par des outils, des animaux ou des végétaux, mais ce fut un fiasco ; pas facile d'appeler son enfant : faucille ou marteau, limace ou chèvrefeuille... Mais revenons à notre histoire 

    25 - Le martyrologe romainLe second siècle, marque l’apogée de Lugdunum : la ville s’étale largement sur les rives de la Saône au pied de la colline (de Fourvière). Les bateaux accostent sur la rive droite et la presqu’île des Canabae qui devient centre commercial où s’édifient les bureaux des grandes corporations, négociants en blé, en vin, revendeurs d’huile espagnole… et  l’un des principaux quartiers résidentiels s’implante vers le sud. (Souvenez-vous que la confluence était alors située entre la place des Terreaux et les Cordeliers et que le centre ville actuel était composé d’îlots qui s’étendaient jusqu’au quartier d’Ainay).

    Comme de bien s’accorde, l’importance de la cité administrative et sociale attire de nombreux étrangers : personnel politique venant de Rome, commerçants venus de toute la Gaule, d’Italie et d’Orient avec le « nerf de la guerre » représenté par les financiers et les usuriers. Ceux-ci, tel des vautours octroient des prêts aux commerces en difficultés, les rachètent à bas prix et comme le veut la loi, le prêteur endetté qui ne peut rembourser devient esclave ou dans le meilleur des cas, gladiateur.

    La spéculation existe depuis que l’homme a commencé de battre monnaie et son prochain.

    En 160, sur les pentes (de la Croix-Rousse actuelle) de Condate, bourg mitoyen de Lugdunum, un nouveau temple de Cybèle est inauguré avec son taurobole et ses sacrifices dédiés au culte impérial et à la sauvegarde de l’empereur. Les nombreux temples et tauroboles font de la ville, la capitale du culte métroaque (maison de la mère) et impérial qui cohabite avec les autres cultes dont le mithraïsme bien développé dans les armées et chez les nobles romains (oppidum de l’esplanade de Fourvière, XIIIe cohorte urbaine de la rue des Farges), le culte d’Isis (qui n’était plus qu’un vestige lié à la période des amours tumultueuses de Cléopâtre avec César et Pompée), et aussi avec la première église chrétienne fondée en Gaule par Irénée.

    Tout baigne me direz-vous ! Que nenni car depuis les années 150, l’absence de guerres avec ses annexions qui enrichissaient les caisses de l’état (comme toujours, c’est malheur aux vaincus car les vainqueurs ne se privent pas de ponctionner les territoires annexés et de les soumettre à un lourd tribut), et surtout les besoins financiers croissants pour assurer la défense des nouvelles frontières avaient engendré une crise (genre premier choc pétrolier du XXe siècle) qui frappait le monde romain et s’étendait dans toutes les provinces.

    Ces charippes d’humains décidément ne changent pas : les nantis étaient envahis par la crainte de perdre leurs richesses et les autres cherchaient à rejeter la faute sur les ceusses que sont pas comme eux. Commença alors un processus qui allait conduire au drame. Tout d’abord, la bourgeoisie proposa que les combats de gladiateurs qui coûtaient cher, soient remplacés par des scènes de massacres des condamnés de droit commun, parodies de batailles, fauves lâchés dans l’arène et autres délicieusetés. En 177 ils avaient obtenu l’aval de l’empereur mais il y avait pénurie de condamnés ; ainsi, face au mécontentement populaire, les milieux commerçants appuyés par la puissance des corporations, utilisèrent l’opinion publique (partagée par le sénat et l’empereur) qui considérait les chrétiens comme une secte orientaliste, dangereuse et surtout coupable de crime de lèse-majesté puisqu'elle refusait de se plier au culte impérial.


    Dès le printemps, ils déclenchent un pogrom. Les chrétiens sont interpellés dans les rues et leurs habitations, hués, dépouillés, lapidés, ils sont traînés jusqu’en haut du forum où, interrogés par le tribun de la XIIIe cohorte urbaine et les duumvirs, ils confessent leur foi et  sont de ce fait accusés de
    faction illicita et jetés en prison, jusqu’à l’arrivé du légat. Certains, dont l’évêque Pothin âgé de plus de 90 ans, moururent dans leurs cellules suite aux sévices subits. Le légat qui avait sollicité l’empereur reçu de celui-ci les instructions suivantes : remettre en liberté ceux qui abjurent leur foi, exécuter les autres, soit par décapitation s’ils ont la citoyenneté romaine, soit en les jetant aux bêtes dans l’arène.

    25 - Le martyrologe romainL’amphithéâtre des trois Gaules est comble lorsque Blandine, la dernière suppliciée, est jetée aux lions mais les fauves l’épargnent, la frôlent, lui lèchent les mains, se couchent à ses côtés. La foule gronde, frustrée. Elle est alors mise dans un filet et sigrolée par un taureau qui la projette dans les airs. Quelques barbares venus d’Hispanie se permettent de crier quelques ‘olé!’ avant de se taire désapprouvés par le public. On reconduit l’animal dans son box et en sortant la jeune martyre du filet le bourreau signale qu’elle est toujours vivante. Les spectateurs se mettent alors à murmurer prêts à lever le pouce pour demander sa grâce. Le légat craint que si elle survit elle soit déifiée, légitimant ainsi la secte chrétienne, alors il ne laisse pas au peuple le temps de se retourner. Il envoie rapidement un légionnaire qui achève Blandine en l’égorgeant avec son glaive. Les corps furent ensuite exposés pendant six jours avant d’être brûlés, réduits en cendres et jetés dans le Rhône pour qu’il n’en reste aucune trace !

    C’est ainsi que parmi plus de quarante victimes mortes en prison, décapitées ou livrées aux fauves, le martyrologe romain de la chrétienté consacra outre Blandine, l’évêque Pothin, le médecin Alexandre Attale, le jeune Pontique, le diacre de Vienne Sanctus...

    Irénée qui succéda à Pothin et mourut en 202 avait échappé au massacre, car il était à cette période en mission de négociation à Rome. La persécution de 177 ne s’inscrivait donc pas dans la seule volonté impériale ; elle fut strictement lyonnaise pour servir d’exutoire au mécontentement du peuple en désignant les chrétiens comme responsable de la crise dont ils n’étaient que les boucs émissaires.

    A suivre ...


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  • Heureusement pour les gones, Galba ne resta empereur que quelques mois avant d’être renversé par Othon qui fut à son tour éliminé par Vitellius en janvier 69 lequel reçut un accueil triomphal à son arrivée à Lugdunum en février. Cette fois ce fut au tour des Viennois d’avoir à payer un tribut pour que la ville ne soit pas pillée. Pour fêter Vitellius, de grandes réjouissances furent organisées à l’amphithéâtre des trois Gaules. Les spectateurs assistèrent entre autres (un siècle avant que Blandine ne s’y colle) au sacrifice d’un dénommé Maricc qui devait servir de casse-croûte aux lions. Faut dire qu’il s’agissait d’un marque-mal un peu secoué de la cafetière et qui se prenait pour un envoyé des dieux, genre gourou si vous voyez ce que je veux dire ; il avait tout de même réussi à entraîner 8000 hommes à se révolter contre Rome avant de prendre la pâtée. Mais les lions sans doute allergiques aux illuminés, l’épargnèrent. Alors, pour pas casser l’ambiance, l’empereur le fit servir de cible à quelques légionnaires qui s’entraînaient justement au tir à l'arc, et le spectacle put reprendre.

    24 - La valse des empereursCette même année Vitellius fut assassiné sur ordre de Vespasien, chef des armées d’Orient et plébiscité par ses troupes pour prendre la toge impériale qu’il conservera dix ans. De mauvaises langues disent que s’il a instauré les édicules publiques c’est pas tant pour l’hygiène publique que pour rester en odeur de sainteté. 

    Soucieux de sa succession, dès 70, il avait fait installer Domitien son rejeton matru à Lugdunum en qualité de légat ce qui le plaçait en bonne position pour lui succéder. Ce fut toutefois son frère aîné Titus que l’on intronisa en 79. Ce dernier, comme Néron, commença en gérant correctement l'Empire, mais très vite tout partit en cacahuète car il vira bredin, les boyaux du cerveau tout détrancanés. Heureusement, en 81 il eût le bon goût d’aller fumer les pissenlits par la racine en fermant son parapluie.

    Domitien qu'était pas le mauvais bougre s’efforça de tenir la route. Au cours de son règne, il séjourna à Lugdunum à deux reprises. Tout d'abord en 83 avant d’aller se bigorner avec les Chattes (pas les minettes des greffiers mais les redoutables guerriers germains qui se laissaient pousser les cheveux et la barbe, avec un anneau dans l’oreille, jusqu’à tant qu’ils trucident leur premier ennemi) qui venaient incursioner en Gaule car ils étaient un peu pillards, paillards et ripailleurs. Il y revint en 89 pour mâter cette fois la rébellion d’Antonius Saturninus, gouverneur de Germanie Supérieure et qu’aurait bien voulu être calife à la place du calife. Domitien lui fit couper la tête ainsi que celles de ses copains qu’il exposa sur le forum à Rome ; il aurait alors déclaré " capita secare ! pedibus facerum est ! ", " coupez-lui la tête ! ça lui fera les pieds ! " mais c'est sous réserve. Ce qui est sûr, c'est que Bourvil a repris l'expression dans sa chanson les rois fainéants ". Hélas lui aussi devint parano... pas Bourvil... Domitien qui se la joua despote genre tyran et de surcroît persécuteur de patriciens, de sénateurs et de prétoriens, officiers de sa garde. Il se fit donc zigouiller à son tour comme de bien s’accorde.


    24 - La valse des empereursNerva âgé de 65 ans qu’était bien propre sur lui et dans sa tête, assura la transition de 96 à 98, préparant la place de Trajan qui régna dix-neuf ans en renforçant la romanisation des provinces et avant de rejoindre la grande faucheuse, il laissa l’Empire à son apogée territoriale. Hadrien de 117 à 138 consolida de son côté les frontières, notamment en Britannia où le mur de protection est resté aussi célèbre que l’est aujourd'hui la muraille de chine.

    Antonin le pieux qui lui succéda fut le seul empereur à régner en paix de 138 à 161, sans se chicorner urbi et orbi, consolidant lui aussi les frontières existantes. De ses quatre enfants, qu’il eût avec Faustina dite Faustine l’Ancienne, seule lui survécut Annia Galeria Faustina Minor, dite Faustine la jeune laquelle deviendra impératrice puisqu’elle avait épousé Marc-Aurèle.

    A l'incontraire des autres, Marc-Aurèle était philosophe stoîcien et il n'accepta la succession de son père adoptif que si Lucius Verus, lui aussi adopté par Antonin, partage la gestion de l'Empire. Il y avait eu des précédents et le sénat donna son feu vert pour que cohabitent deux empereurs.

    Pourtant malgré sa sagesse, c'est sous le règne de Marc-Aurèle que se produisit en 177 le drame... Mais c'est une autre histoire.

    A suivre


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  • Après avoir promulgué à Lugdunum, la loi offrant la citoyenneté romaine aux peuples gaulois, Claude de retour à Rome était lassé des turpitudes de Messaline son épouse qui se comportait en véritable poutrône. Sans autre forme de procès, il la fit mettre à mort. Faut dire qu’en ce temps-là, le glaive vengeur frappait plus souvent que la racine d’Amérique (tavelle, trique) de Guignol. Mais le Glaude qu’était un chouia benoni, une vraie moitié de bugne, s’enticha de sa nièce qu’il épousa en 49, venant par chez nous pour pas défriser les prudes sénateurs romains. Comme il se doit, tout le monde se sont mis en dimanche aussi tant pour la noce que les festivités qui s’ensuivirent : Courses de char à Trion, pestacle de thiâtre à l’Odéon, combat de gladiateurs à l’amphithéâtre des trois Gaules… Hélas, l’Agrippine valait pas mieux que sa tantine, une vraie gourgandine, plus teigneuse qu’une bardane de pucier (puce de lit). Le pauvre gone était tombé de charipe en margaude. Je voulais mettre de Charybe en Scylla qui sont deux monstres marins, mais charipe et margaude c'est mieux des fillasses mauvaises.

    23 - Un empereur chasse l'autreElle le fit si tant tourner en bourrique avec son fils Néron né d’un premier mariage, un marque-mal qui lui causait bien du tracas, si bien qu’il songeait à prendre des mesures et mettre leurs valises sur le paillasson. En 54, Il envisagea même de désigner Britannicus, le nouveau frère de Néron comme successeur. Les deux mauvais en avaient pris la pétoche et Agrippine circonvint Halotus, le goutteur de Claude, un eunuque qu’avait plus ses choses de la vie et qui lui servit avec un saucisson chaud truffé pistaché et des pom’terres rissolées, un plat de cèpes empoisonnés ; c’est-à-dire qu’il lui fit le coup de la marâtre de Blanche-neige en lui présentant le côté qui craint et dégustant au préalable le côté sain. Ça ne fit pas un pli, comme une Fanny à la belote ; Claude défunta et partit fumer les mauves par la racine aux Champs Elyséens (pas à Lutèce mais dans les enfers où vont les héros pour gouter un repos bien mérité : le petit coin de paradis des enfers si vous préférez !). 

    23 - Un empereur chasse l'autreDites-donc les mamis, ça vous fait pas penser à une série ??? Mais si voyons ! Game of Thrones, quand la reine Cercei Lannister organise le meurtre de son mari le roi Eddard Stark pour pouvoir faire couronner, avant qu’il ne soit évincé, son fils Geoffrey, un salaupiot cruel.

    Les époques changent, mais c’est toujours le même bazar. La soif du pouvoir rend fou. Tandis que la souaffe de Gnafron (maladie héréditaire et congénitable qui pousse à consommer quelques pots de beaujolais) le rend sympathique.

    Alors je vous y dis :

    - Mieux vaut une cenpote de beaujolais que cent potes beaux mais jaloux…

     

    Le nouvel empereur se conduisit potablement les premières années de son règne ; il adoucit le sort des esclaves et introduisit plus de justice en promulguant des lois sur les affranchis et les débiteurs Mêmement qu’il fut beaucoup regretté du peuple et des provinces et que sa tombe fut fleurie pendant de nombreuses années. Il avait quand même les boyaux du cervelet un peu détrancané vusse que s’étant chipoté avec sa miman qui le menaçait de lui préférer Britannicus, il fit à ce dernier le coup du champignon pas frais, l’empoisonnant en 55 ; et comme ça s’arrangeait pas avec sa maternelle, il la fit zigouiller aussi en 59. Par contre, rien ne prouve que ce fût lui qui fut à l’origine de l’incendie de Rome en 64. Mais comme des manges-crottes dégoisèrent qu’il avait mis le feu à l’esqueprès, il prit le foutrau et refila la patate chaude aux chrétiens qui furent un peu plus massacrés qu’à l’habitude.

     

    Loin de cette agitation, à Lugdunum, le Tres provinciare Galliae (Conseil des trois Gaules) vota une subvention de quatre millions de sesterces pour la reconstruction de Rome. C’est bien la preuve que c’est de la médisance de dire que le Lyonnais il est rapiamus, près de ses sous et qu’il a un oursin dans sa cache-maille (tirelire). Un bienfait n’est jamais perdu et l’histoire le confirme. Peu de temps après, en 65, Lugdunum fut presque entièrement détruit par un incendie. « Tant de superbes monuments, dont chacun aurait suffi à la gloire d’une ville, il n’a fallu qu’une nuit pour les mettre à bas. » écrivit Sénèque (le Stéphane Bern de l’époque), dans sa Lettre à Lucilius. Néron renvoya le monte-charge (l’ascenseur n’existait pas) en octroyant aux gones,  un don identique à celui qu’il avait reçu.

     

    Parmi les drames occasionnés par cet incendie, il en est un qui me touche particulièrement. Fabulan était seul dans sa domus proche de la cohorte urbaine chargée de protéger l’atelier monétaire, c’est-à-dire à la hauteur des thermes de Fourvière (rue des Farges actuelle) car sa fenotte Fabianne et ses mômes étaient en visite à Briandas chez Alanis la sœur de Fabianne. Il fut réveillé par les lueurs des flammes qui se propageaient, alimentées par un vent d’ouest soutenu, et avaient atteint sa propre maison. Aidé de soldats, il parvint à circonscrire l’incendie qui avait noircit quelques pièces, et à son tour, il se joignit aux sauveteurs avec lesquels, ils parvinrent à extraire un grand nombre de personnes de leurs domiciles. A la petite aube, le spectacle qui se présentait à eux était affligeant. Une grande partie de la ville était détruite et couverte de suie. Mais heureusement les victimes étaient peu nombreuses. En retournant chez lui, Fabulan s’aperçut que sa bibliothèque avait complètement brûlée avec tous les rouleaux sur lesquels il avait écrit les pièces du répertoire de sa marionnette fétiche, laquelle était elle-aussi, transformée en un petit tas de cendre. Il était triste de ne pouvoir transmettre tout ceci à ses descendants, mais se dit que d’autres prendraient le relais. La marionnette sera toujours l’amie des enfants, la mienne n’était qu’éphémère, ainsi en ont voulu les dieux ! pensa-t-il.

    Un malheur n'arrivant jamais seul, en 68 le légat de la Lyonnaise Caîus Iulius Vindex d'origine gauloise se souleva contre le pouvoir de Néron mais les gones restèrent fidèles à l'empereur. Alors les Allobroges de Vienne ralliés à Vindex, se coltinèrent aux Ségusiaves de Lugdunum qu'ils assiégèrent. Vindex fut vaincu par les légions de Germanie et se suicida, mais Néron du s'enfuir de Rome et fut remplacé par le princeps Galba nouvel empereur. Néron se fit donner la mort par un affranchi en déclarant : " Qualis artifex pereo ! " Quel artiste le monde va perdre !

    Les Viennois s'en retournèrent chez eux obtenant les faveurs de Galba qui, pour punir Lugdunum de son attachement à Néron, se livra à une politique de confiscations.

    A Suivre...


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  • A la mort de l'empereur Auguste, Tibère régna de 14 à 37. En ces périodes troublées, celui-ci avait vécu jusqu'à septante neuf ans ce qui était vraiment un exploit. Caligula lui succéda mais seulement pendant trois ans, dix mois et huit jours avant d'être assassiné le 24 janvier 41 dans sa vingt-huitième année par les soldats de sa garde prétorienne. Despote et fou, il avait beaucoup éliminé dans son entourage en faisant exécuter ou bannir ses proches et par provocation, il avait sublimé son cheval invictus qu'il avait installé dans une écurie de marbre avec une mangeoire en ivoire ; on lui prêtait le projet d'avoir voulu élever son animal favori au grade de consul. Ce fut dit-on la goutte d'eau qui mit le feu aux poudres, ou l'étincelle qui fit déborder le vase et réciproquement et surtout la cause de son assassinat. C'est ainsi que l'improbable se produisit avec la nomination de Claude fils de Drussus et d'Antonia la Jeune, fille de Marc-Antoine et d'Octavie. 

    22 - Les tables ClaudiennesClaude était né à Lugdunum en 10 av. J.C.. Il fut le premier empereur né hors de Rome. Bègue, son infirmité le sauva des purges qui eurent lieu pendant les règnes de ses deux prédécesseurs car il était considéré comme inoffensif. Il se montra pourtant un administrateur capable et un grand bâtisseur agrandissant l'empire de cinq nouvelles provinces, la Bretagne (Britannia), la Lycie, la Maurétanie, le Norique et la Thrace. Mais surtout, et cela nous concerne, il étendit le droit de citoyenneté romaine à de nombreuses cités de nos provinces gauloises. 

    Fabulan n'avait pas choisi d'évoluer dans le milieu militaire. Administrateur, il aimait l'écriture, les spectacles et de temps à autre produisait et mettait en scène des parodies avec ses marionnettes pour le plus grand plaisir des enfants. Il avait adopté le personnage fétiche de ses débuts, qu'il avait finalement baptisé Guignaule lequel était toujours accompagné de son amis buvanvin, Legnaffre. Les histoires se terminaient toujours avec une sévère correction du méchant qui recevait force coups de tavelle sur le coqueluchon sous les rires et les applaudissements des petits mamis. Fabulan figurait parmi les érudits de son époque et les notables de la cité ; il était écouté et respecté par les représentants de Rome comme par exemple le duumvir (magistrat supérieur des colonies ou des municipes remplissant les fonctions équivalentes à celle des consuls de Rome et qui en a le rang) dont il était le principal conseiller en sa qualité de décurion. L'administration était dévolu aux romains et donc à certains patriciens gaulois qui en avaient acquis la citoyenneté en exerçant les fonctions de questeurs (finances, impôts...), d'édile (ravitaillement, marchés, thermes, entretien des voiries, des bâtiments public...), décurions (magistrature, religion, législature, nominations honorifiques ou d'ambassadeurs...). Pour fonctionner, ils employaient bien sûr des Ségusiaves qui pouvaient selon leur rang accéder à des fonctions d'encadrement ou de conseillers. 

    Fabulan avait également été désigné comme légati (délégué) représentant les Ségusiaves de Lugdunum au Tres provinciare Galliae le Conseil des Trois Gaules composé des soixante représentants des peuples gaulois qui se réunissaient au Sanctuaire fédéral construit en 19 av. J.-C. à la confluence, c'est à dire dans le district de Condate au bas des pentes du côté méridionale de la Croix-Rousse. Cette institution présentait un double avantage : permettre d'avoir l'écoute de Rome et de l'Empereur et forger un sentiment d'identité nationale par sa représentativité des intérêts provinciaux auprès de l'administration centrale. 

    L'empereur, séjourna plusieurs fois à Lugdunum entre 43 et 47 au cours de sa conquête de la province de Britannia. En 47, à l'issue de la réunion annuelle du Conseil des trois Gaules, il rencontra Fabulan dont la fidélité à l'empire était reconnue. Ils eurent un entretien privé qui contribua à encourager Claude dans sa volonté d'étendre la citoyenneté romaine à de nombreuses autres cités provinciales de la Gaule chevelue. Lyon avait déjà ce privilège et les collègues de Fabulan, légatis du Conseil lui avaient demandé d'en parler à Claude. 

    " Fais-moi envoyer à Rome une requête que je soumettrai au sénat en ma qualité de censeur." déclara Claude  

    Ce fut fait et l'empereur gallophile, dans un vibrant plaidoyer, obtint un sénatus-consulte 22 - Les tables Claudiennesaccordant la ius honorum (éligibilité au rang de sénateur) à certains dignitaires de la Gaule chevelue ce qui revenait à étendre la citoyenneté romaine aux soixante peuples gaulois. C'est grâce à la reconnaissance des délégués des nations gauloises que ce discours fut retranscrit et gravé sur une table de bronze et placée dans le Sanctuaire fédéral des Trois Gaules. Les deux fragments des Tables claudiennes qui furent retrouvés en 1528 sont aujourd'hui conservés au Musée gallo-romain de Fourvière et une copie moulée est également visible dans la cour d'honneur du Musée de l'imprimerie, rue de la Poulaillerie à Lyon. 

    A suivre...


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