• Méfiez-vous des auberges qui affichent « ici cuisine soignée »
    Car une cuisine soignée est une cuisine malade.

    Pierre Dac

    Où la princesse ne rechigne pas aux tâches ménagères "qui ne sont pas sans noblesse", comme le disait Paul Volfoni (Jean Lefèvre) dans les Tontons flingueurs. 

    Dès qu’elle franchit le perron, elle bloque sur ses fumerons devant le spectacle qui s’offre à ses calots ébaubis. Je n’te raconte pas le bocson qui régnait à l’intérieur. Ou plutôt si, parce que ça vaut son pesant de gratons.
    Dans la souillarde, sur la pierre d’évier, une tonne de vaisselle y est entassée. Sur les dossiers des chaises, des liquettes, falzars et fumantes traînent. Elle commençe par ouvrir les fenêtres pour aérer. Elle atchoume et ratatchoume soulevant la poussière d‘un bouquin cloqué sur une étagère près de la porte d’entrée à côté du bigophone. Par chance, cela lui permet de l’identifier, pas le bignou, le bouquin ! Il s’agit du recueil des Pétété, les pages jaunes de l’annuaire ‘’A ton service M’dame ! ‘’. Elle relève quelques numéros, et pour ne pas chopper une mycose en utilisant le bigo douteux de la casbah, elle sort son portable de son sac Vuitton et donne deux ou trois coups de turlu.
    A la société ‘’Crapoto Basta’’, (livraison en vingt quatre minutes chrono) elle commande deux barils d’OMO, du savon de Marseille, des pattes mouilles, des éponges et des gratounettes, puis elle prend rencard avec quelques spécialistes anti-crassouille. Quelques broquilles plus tard, la mère Denis se pointe avec ses machines ‘’Vedette mérite votre confiance que c’est ben vrai ça’’, qu’elle sort du coffre de sa Simca 1000 break. Monsieur Propre et son sourire niaiseux en roulant des biscotos, atterrit à cheval sur son balai, suivi de canard WC qui arbore fièrement son goupillon à chiottes.
    Blanche Neige - épisode 5 - L'installationTout ce petit monde se met au turbin et mouille la chemise jusqu’à temps que la baraque soye redevenue nickel chrome, que les frusques soient passées au lave-linge puis au sèche-linge et repassées. Notre chouquette sort son morlingue en skaï vert anis (un cadeau Yves Rocher). Elle se fend de vingt sacs à chacun des turbineux. Elle prépare quatre solides casse-dalles, jambon, beurre, cornichons, et fait péter le bouchon d’une boutanche de rouquin dégottée à la cave. Après s’être requinqués, les nettoyeurs s’apprêtèrent à mettre les adjas laissant Blanche Neige se coltiner les finitions.  
    - Salut ma Belle, lui dit la Mère Denis après qu’elles se soient fait péter la miaille ! Ce fut un plaisir de bosser pour Toi, mais quand faut y aller, faut partir. Nous sommes attendus pour une nouvelle mission impossible, c’est à dire le sauvetage habituel de la ménagère de cinquante piges trop accaparée par les sondages à la mords moi le petit doigt, et à lorgner à la téloche « les feux de l’amour » pour s’affranchir de ses obligations lessivielles.  

    Seule dans la carrée, Blanche neige fait le tour du propriétaire. Le rez-de-chaussée est constitué d’une grande pièce à vivre avec coin cuisine intégrée de chez Kikiéla et une pièce vide qui sert de débarras. Elle place les sept écuelles, les sept godets, les sept opinels et les sept piquantes dans le buffet à coté des galtouses et d’une grande marmite en fonte. Le linge plié est rangé dans une armoire taille basse de la piaule de l’étage oùsqu’il y a sept petits lits. A coté de la chambre-dortoir, se trouve un salon bibliothèque avec sept petits fauteuils, une téloche à écran plasma et un bureau avec plusieurs ordinateurs. Tout ceci remue les boyaux du cerveau de notre minette car à l’étage, tout est propret et bien rangé et en plus elle a remarqué la présence de matos qui ne correspondent pas à ceux de morveux en colo. En effet, sur les chevets, les trousses de toilettes contiennent des coupe-choux, des blaireaux et du savon à barbe.
    Elle sort de la cahute. A gauche des petits lavabos, elle ouvre un cabanon qui contient des outils de mineurs, pelles, pioches, lampes frontales et tout un barda hétéroclite. Sur un mur est accroché le poster d’un homme âgé. Il est souriant et a l’air très gentil ; il est grand et rondouillard.
    - C’est drôle ! pense-t-elle. Il me fait songer à quelqu’un avec sa barbe blanche, sa grande houppelande rouge bordée d’hermine, et son bonnet assorti.

    Elle rallège dans la carrée. Le coucou suisse gicle de son nichoir pour annoncer qu’il se fait dans les dix-huit plombes. Notre Princesse qu’était assise sur une cadière se lève et décide de s’occuper du frichti. A côté de la souillarde, une chambre froide bien achalandée, contient de quoi alimenter un régiment. C’est parfait se dit-elle en descendant l’escalier de bois qui mène à la cave où les légumes sont entreposés. Ayant choisi et remonté les ingrédients dont elle a besoin, elle allume et place sur la plus large plaque du poêle à bois, la grande marmite en fonte avec quatre litres d’eau où elle jette une petite poignée de gros sel. Elle prépare un kilo et demi de choux pommés en ôtant les feuilles défraichies et en les coupant en gros quartiers. Dans une casserole d’eau frémissante, elle les fait pocher une dizaine de minutes, les met à égoutter, les rince à l’eau froide et les réserve dans une grande passoire pour qu’ils égouttent de nouveau. Elle épluche les légumes qu’elle hache grossièrement au hachoir manuel à bascule. Il y a quatre carottes, deux navets boule-d’or au goût noisette, deux navets classiques, deux raves et un panais (sorte de radis noir au léger goût de noisette lui-aussi), trois petits cerfeuils tubéreux et une branche de céleri vert. Elle jette le tout, légumes et choux dans la grosse marmite d’eau bouillante et lorsque l’eau reprend son bouillonnement, elle diminue le feu pour que l’ensemble cuise en eau à peine frémissante. Elle cisèle très fin, un oignon rouge et deux échalotes qu’elle fait blondir à la poêle en les assaisonnant d’un mélange d’épices composé d’ail, de persil séché, thym, piment, graine de moutarde et cumin (deux bonnes cuillères à soupe). Elle disperse le tout dans la marmite en touillant un bon moment pour que tous les ingrédients se mélangent. Elle sort de la chambre froide deux pieds de cochons et deux grosses tranches de lard qu’elle coupe en cubes grossiers (le lard, pas les pieds) et les rajoute dans la marmite. Elle laisse mijoter en diminuant encore le feu, une bonne plombe, après avoir recouvert la marmite d’un couvercle comportant quelques fines ouvertures sur le pourtour, d’où une légère fumerolle s’échappe embaumant la cuisine d’une délicieuse odeur.

    Je conseille à tout un chacun, lors des longues soirées d’hiver quand il fera bien froid, de réaliser cette recette de soupe aux choux. Croyez-moi, vous sortirez de table non pas tout gonfle, mais bien benaise.      

    Pendant que la soupe mijote, elle se rend dans la salle de bains, se démaquille et fait une légère décrassouillette. Puis elle se loque avec sa grande chemise de nuit (mais d’où qu’elle la sort ? de son sac Vuitton bien sûr !) blanche en pilou brodée de fleurs roses et bordée (sympa les anagrammes ! Moi j’aime bien) de dentelles aux poignets et sur la bordure du décolleté, ainsi que des volants en organdi froufroutant sur le bas. C’était une chemise longue de forme empire. Ensemble convenable il se doit, car je rappelle aux éventuels claqueposses, c’est-à-dire aux contemplatifs aimant se rincer l’œil en regardant les nourrices qui allaitent les petits les jours de beau temps en place Bellecour, que nous sommes dans un conte de fées et que donc, elle ne s’est pas loquée avec une nuisette babydoll. Circulez y’a rien à voir !

    Elle a également sorti sa trousse de toilette, ainsi qu’une paire de pantoufles de vair que lui a offert une sienne cousine d’un royaume voisin, la princesse Cunégonde Cendrillon. Comme vous pouvez le constater, notre princesse ne sort jamais sans biscuit, mais c’est fol dingo tout ce qu’elle peut fourrer dans son sac. Je dis ça pour les mectons bien sûr car les nanas sont au parfum ; elles savent bien que leur besace doit contenir l’indispensable nécessaire permettant d’affronter toutes les situations.
    Après avoir grignoté quelques gratons, bu un bol de soupe et placé la marmite dans un coin tiède du fourneau pour que l’ensemble reste chaud, elle tire de son sac, le dernier numéro de Gala, l’hebdomadaire des têtes couillonnées.
    Parmi les articles, elle survole les mœurs équivoques de Peau d’âne et de son paternel qui sont montés en mayonnaise, et apprend que les aventures sentimentales du Chat botté qui change de minette comme de liquette inquiètent Casanova qui vient de perdre sa première place au palmarès des coureurs de jupons. Le Petit Poucet est devenu marquis de Carabas après avoir chouravé le château de l’ogre, (lequel fut envoyé aux galères pour avoir bouffé ses filles) et il vient de partir en croisière sur un nouveau paquebot de luxe ‘’Le Titanic’’. Il y a aussi un encart sur le roi Catodik qui gère dans l’empire, le monopole des écrans plats, LCD et plasma, et qui vient de décréter trois jours de deuil national suite à la disparition de son fils après avoir mis une annonce sur sa page « fessedebouc ».

    Blanche-neige ne lit pas longtemps. Elle se sent lessivée et grimpe l'escadrin, faire une petite pioncette dans la chambre, où elle rapproche deux petits lits pour ne pas avoir les arpions qui dépassent.
    - Je vais me reposer un chouia jusqu’à l’arrivée des proprios, se dit-elle !
    Elle vient juste de rejoindre les bras de Morphée lorsqu’ils arrivent.

    Fin de l’épisode… à suivre !

    Que va-t-il se passer ?
    Réponse A - Les nains qui détestent les squatteurs, vont virer la princesse et son sac Vuitton dehors. C'est reparti pour une nuit d'angoisse.
    Réponse B - Les nains, qui détestent la reine, vont fêter l'arrivée de Blanche-Neige en débouchant un magnum de roteuse "Don Pérignon 1921" (la cuvée de prestige). C'est parti pour une nuit d'ivresse.
    Réponse C - Émus par le récit de la princesse, les nains vont la garder sous leur protection. C'est parti pour une nuit d'émotion, sortez vos mouchoirs.
    Réponse D - Les sbires de la reine étaient en embuscade et dès l'arrivée des nains, comme pour la Saint-Valentin le 14 février 1929 à Chicago, les mitraillettes crachent. C'est parti pour une nuit de massacre.

    Glossaire :
    gratons : spécialité de la cuisine lyonnaise, 
    le graton est surnommé à Lyon « la cacahuète Lyonnaise ». Il est composé de résidus grillés de graisse et de viande de porc. Ceux de chez Bobosse aux Halles Paul Bocuse de Lyon sont un régal à s’en licher les cinq doigts et le pouce.
    Liquette, falzar, fumantes – attributs vestimentaires, la chemise le pantalon et les chaussettes.
    Bignou, bigophone, bigo, turlu, quatre des treize façons de désigner le téléphone. Rouler des biscottos, comme rouler des mécaniques, c’est frimer.
    Morlingue – il s’agit du porte-monnaie féminin, celui avec le petit fermoir métallique à deux boules qui s’entrecroisent ; l’expression être constipé(e) du morlingue définit l’avare, qui volontairement n’arrive pas à l’ouvrir. Le porte-monnaie masculin est désigné sous le terme crapautard (Dictionnaire argotique des trucs, des bidules et des machins).
    Claqueposse : dans les années cinquante, en place Bellecour à Lyon, il y avait un coin entouré d’une mini barrière décorative, réservé aux enfants avec des balançoires et des véhicules à pédales qui se louait à la demi-heure. De même les mamans pouvaient louer des chaises pliantes. Les jeunes mamans et nounous employées par la haute bourgeoisie, s’y arrêtaient pour allaiter les petits minots. Il y avait alors ceux que nous appelons des voyeurs, qui, à peine dissimulés par les tilleuls, s’embusquaient pour lorgner les seins des jeunes femmes et ces claqueposses (de posses, forte poitrine et surtout mamelles des animaux) étaient houspillés par les gens respectables qui les pourchassaient à coup de cannes ou de parapluies. Le terme est resté pour désigner celui qui sournoisement reluque les attributs féminin.
     


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  • Ah qu’il est beau le débit de lait
    Ah qu’il est laid le débit de l’eau
    Débit de lait si beau débit de l’eau si laid
    Charles Trenet le fou chantant qui m’enchantait

    Où la momignarde ne se laisse pas abattre ! 

    Pendant ce temps, Blanche Neige, sans souci la griotte trottine à travers bois, saluant au passage deux accros du tarot, deux écureuils qui tapent le carton après avoir fini leur journée de turbin à la Caisse d’épargne. L’un d’eux fume un joint et gouale comme Plastic Bertrand « ça plane pour moi ! » tandis que l’autre s’envoie derrière la cravate une eau-de-vie de noisettes préparée par le schtroumpf alcoolo qui est aussi bouilleur de cru.

    Blanche Neige - épisode 4 - La petite maison dans la forêtElle croise Croâ le corbeau facétieux dont l’activité principale est de faire tourner en bourrique sa victime habituelle, Fox le renard qui a l’inverse de ses congénères n’est pas un canidé rusé ; bien au contraire, il a tout du blaireau.
    Le facétieux volatile décide ce jour-là de lui faire le coup du calendos fourré. Apercevant la princesse, Il met le bout de l’aile droite devant son bec pour lui intimer de faire silence. Celle-ci surprise se pose discrètement sur une souche, derrière un petit bosquet.
    C'est alors que Fox qui rallège dans le coinstaud arreluque le pignouf de corbac qui, sur son touffu planqué tient dans son bec un coulant baraqué, un brie de Meaux AOP comme celui qui avait été couronné « roi des fromages » au Congrès de Vienne en 1815 au cours d’un dîner organisé par Talleyrand (pour les puristes qui vont encore la ramener en ricanant pour me dire que le brie est de taille impressionnante et il ne peut tenir dans le bec du volatile, je leur rebrique que bien sûr, mais après tout un corbac ça ne mange pas de fromage et on n’a pas fustigé La Fontaine pour autant ; alors n'ergotons pas sur la taille du coulant !)
    Fox qui avait lu ses classiques crut tenir sa revanche. Il commença à débloquer sur le ramage et le plumage de son ennemi lequel fit semblant de marcher dans la combine en lâchant le fromgi. Comme de bien s’accorde, notre renard s’enfile gloutonnement le brie et se retrouve la gueule en feu car Croâ avait assaisonné le fromage en le bourrant de piments d’Espelette. Tandis que Fox fait feu des quatre fuseaux vers le plan d’eau le plus proche, Croâ se tord de rire sur sa branche.
    - C’n’est pas bien ! Le gronde la princesse qui s’éloigne en pouffant sobrement vu qu’elle n’est pas une poufiasse.

    Tout est donc normal et la vie s’écoule paisiblement dans la forêt. Toute occupée à folâtrer, notre gosseline en oublie la nuit qui tombe : « boum ! ». C’est un soir de pleine lune à faire le régal des loups-garous. La brise légère s’est renforcée et le vent souffle maintenant en courtes rafales, agitant les branches qui se déploient et créent des ombres effrayantes et fantomatiques pareilles à des spectres, fantômes, mouines et autres succubes qui frôlent et semblent menacer la princesse. Quant au bruissement des feuilles, il évoque les gémissements des damnés se tordant dans les flammes de la géhenne.
    Ça fout les boules, non ! Même moi, quand je relis ce passage, j’en ai le tracsir, le trouillomêtre à zéro. Quand tu penses qu’il y a des parents tartignoles qui dégoisent de tels contes de fées à leur petit merdaillon calé dans son page, prêt à rejoindre les bras de Morphée. Après ils tombent du cocotier en constatant le lendemain matin que le gamin énurétique a lansquiné dans ses plumes. Le plus jubilatoire, c’est lorsque le moufflet cauchemardeux raboule dans leur carrée en braillant, complètement terrorisé, en leur collant la lumière d’un halogène dans les mirettes façon gestapo. Si vous voulez mon avis, et même si vous n’en voulez pas, de toute façon je vous le donne, je pense qu’il vaut mieux lire à son minot du Stephen King, ou le coller devant la téloche pendant les infos de vingt heures ; là au moins vous savez pourquoi il a les grelots.

    Blanche Neige, toute chamboulée, et épuisée d’avoir trop cavalé, tombe dans les pommes, (comme ça on ne va pas y passer la nuit). Elle sort des vapes au petit matin, fait une petite décrassouillette à la baille d’un ruisseau, puis prépare son petit déjeuner en sortant de son sac Vuitton, une galette, un petit pot de beurre, sa théière, Pretty Woman (c'est mon choix pour le petit déjeuner, un thé vert Sencha de Chine parsemé de poivre rose, arômes fraise et vin mousseux ; Miss Damman, thé vert au citron, gingembre, fruits de la passion, n'est pas mal non plus) et son petit réchaud portatif.

    Proprette et sustentée, elle s’enquille sur le chemin et crapahute de nouveau une partie de la journée sans, cette fois, croiser le moindre minou. Au moins, songe-t-elle, personne ne pourra rencarder ma belle-doche sur mon itinéraire. En tout début d’après-midi, elle commence toutefois à baliser dans la crainte de passer la prochaine nuit à la belle étoile, quand, au détour d’un chemin, elle aperçoit … Vous avez deviné bien sûr, Blanche Neige venait d’arnoucher  une casbah au toit de chaume avec, dans la cour, sur le devant, un lavoir muni d’une pompe desservant sept petits lavabos.
    - Il doit s’agir d’une colonie de vacances, gamberge-t-elle. J’ai les arpions cramés. Je dormirais bien dans ce coinstaud qui me paraît bonnard. D’accord, ce n’est pas Versailles, mais quand t’es crevée, faut pas chipoter. La lourde n’étant pas verrouillée, il lui suffit de soulever le loquet (elle aurait pu tirer la bobinette pour que la bobinette cherra, mais c'est plus compliqué) pour s’encarrer dans la turne. Dès qu’elle franchit le perron, elle bloque sur ses fumerons devant le spectacle qui s’offre à ses calots ébaubis...

    Fin de l’épisode, à suivre.

    Mais que Zieute donc notre gisquette ?

    Réponse A – La reine mère qui, grâce à ses pouvoirs magiques et les infos de Gaston, l’a devancée et la reluque, ses yeux jetant des éclairs et un sourire sardonique aux lèvres.
    Réponse B – Le prince Charmant (c’est son nom de famille) qui lui jabille en passant sa langue sur ses lèvres : « Alors ma gosse on se fait un petit caprice ! ». Il avait vu à la téloche la pub de "caprice des dieux".
    Réponse C – Dans la piaule règne un désordre indescriptible (je ne décris pas pour ne pas choquer la ménagère de plus de cinquante ans), la table n’est même pas débarrassée et de la vaisselle s’empile sur la pierre d’évier de la souillarde).
    Réponse D – Autour d’une table ronde, le roi Arthur est en train de donner leur feuille de route à six chevaliers qu’il charge de retrouver le Saint Graal, étaient présents : Lancelot, Perceval, Galaad, Gauvain, Dagonnet et Yvain.

    Ça se corse comme disait Napoléon devant Moscou. A plus mes besons ! Je vous coque. 

    Glossaire :

    Taper le carton  - jouer aux cartes.
    Blaireau, pigeon, locdutermes désignant celui qui est facile à berner. Arreluquerregarder fixement : en parler lyonnais on rallonge un terme pour en accroître l'intensité - arreluquer pour reluquer,  attatends pour attends... 
    Calendos, coulant, fromgi -
    Un calendos est toujours un camembert - coulant c'est aussi un fromage frais qui en vieillissant se met à couler voir se peupler de petits asticots (astibloches) ce qui donne l'impression qu'il "marche" - fromgi est le terme générique de fromage.
    Traczir, trouillomètre à zéro, pétoche : au moins une quinzaine de mots désignent la peur avec des degrés d'intensité : de bloblote une petite peur à trouillomètre à zéro qui symbolise bien la peur glaçante et paralysante au degré zéro. De même avoir peur, baliser, se décline en plus de quarante expressions dont certaines croustillantes comme bander mou ou perdre ses légumes. Peureux possède aussi ses expressions imagées comme "avoir de l'eau de bidet dans les veines".
    Arpions cramés - pieds brulants.
    Bloquer sur ses fumerons - se planter brutalement sur ses jambes, stopper. Souillarde - A Lyon, les vieux appartements disposaient dans la cuisine, d'un renforcement, la souillarde, qui donnait sur le tuyau d'évacuation des eaux usées, il y avait l'évier et la pierre d'évier où nous entassions la vaisselle et où nous préparions les légumes ; ce coin comportait aussi une petite fenêtre en renfoncement du gros de mur et qui donnait sur la cour des immeubles et que la cuisinière ouvrait pour éviter la buée. Dessous c'étaient les produits d'entretien, seau et broc en fer blanc pour aller chercher l'eau à l'une des fontaines situées le long des trottoirs. Au-dessus, petits placards ou étagères accueillaient les gamelles, poêles et tout le petit matériel pour préparer le repas. 


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  • On frappe à ma porte. Je demande « Qui est là ?»
    « C’est Jésus », « Mais non ! », « Mais si ! »
    Raymond Devos

    nous assistons aux débuts d’une vedette du show-biz

    Inutile de claquer des chaillottes, d’appréhender le pire, de fermer le bouquin pour ne pas assister à l’épouvantable drame qui se prépare car le garde-chasse ne s’était approché que pour venir récupérer sa pierre à affûter. Il se faisait une vraie pendule à l’idée d’occire la gisquette. Il était partagé entre la pétoche d’affronter la colère de la Reine et la nostalgie de son ancien turbin de protecteur de la mignarde.
    Perdu dans ses embrouilles, il tournait en rond quand il s’emberlificota les pinceaux dans une racine et s’offrit une gamelle de première. En se gaufrant, il se taillada le brandillon. La vue de son raisiné qui lui gouttait de l’aileron faillit l’envoyer dans les vapes. Plus douillet qu’une pisseuse, il se mit à chougnasser, comme s’il allait clamser, beuglant de sa voix de soprano.

    Blanche Neige, alertée par les cris, pédala près de lui et au premier coup d’œil fut rassurée.
    - Arrête de brailler, c’est juste une écorchure ! Assieds-toi sur cette souche, je vais te rafistoler la manivelle. Elle sortit de son sac Vuitton la trousse de première urgence. Elle le badigeonna de mercurochrome et, pendant qu’elle lui chiadait un pansement, elle dit :
    Blanche Neige - épisode 3 - Les aveux de Marcel- Mazette ! T’as la bath voix de levrette d’un castrat. Pour ta gouverne, j’ai des aminches à l’Opéra de Naples. Si ça te branche, ils te mettront en cheville avec Carlo Braschi le grand Farinelli.

    Esgourdant le baratin, Marcel s’arrêta de couiner et rétorqua :
    - Arrête ton char la mominette, tu me fais rougir ! Ne me prends pas pour une brelle. D’accord, je pousse un peu la chansonnette, mais de là à monter sur les planches et devenir une vedette du show-biz y a de la marge. Tiens, je peux même te rajouter que ma candidature posée l’an passé, n’a même pas été retenue à la Star’Ac !

    - S’ils ne t’ont pas pris, c’est qu’ils ne sont que des loquedus ou qu’ils attendaient que tu leur refiles un bakchich. Crois-moi, je ne te bourre pas le mou, et ne te fais pas du cinoche, mais à Naples, avec Braschi, tu vas te faire un max de blé. Les Ritals adorent le bel canto. Elle lui proposa de faire illico quelques gammes.

    Il s’exécuta de bonne grâce d’autant que cela lui évitait d’exécuter la môme de mauvaise grâce. Lorsqu’ils eurent ouï le début de la cantate de Nicolas Antonio Porpora « Angelica e Medoro »  qui reprenait l’admirable dialogue entre Angelica et le prince africain Medoro, toutes les bestioles de la campagne environnante se tournèrent vers le chanteur.
    L’agnelet et le loup quittèrent le bord de la rivière, le lièvre et la tortoche stoppèrent leur compétition, les oiseaux coupèrent leur sifflette et tout ce petit monde animal, rejoint par par un jeune faon et ses amis (un joyeux lapin, les deux sœurs mouffettes et une chouette) s’accroupetonnèrent en cercle pour jouir du spectacle musical. Le lapin battait la mesure de sa patte arrière sur la carapace de la tortue et à la fin tous applaudirent sifflèrent, hululèrent, ou bien réèrent.

    Le Garde-chasse tout jouasse en avait la larmichette aux carreaux. Il décida de renvoyer l’ascenseur pour avoir reçu témoignage d’autant d’amitié et de confiance. Il  se vautra aux panards de Blanche Neige et dégoisa tout ce qu’il avait en travers de l’estogome.

    - Casse-toi le plus loin possible, ma princesse. L’enviandée de reine veut ta peau. Elle est jalmince de ta beauté et de ta fraîcheur persavon. Elle m’a ordonné de te trancher le corgnolon et de ralléger avec ton cœur encore tout chaud. C’est y pas Dieu posse d’être aussi vacharde !

    Horrifiées par ce récit, les bestioles se cocoonèrent l’une contre l’autre avec des murmures de réprobation. Par contre, la princesse avait encaissé sans broncher car elle pratiquait le taïchi ce qui lui conférait une bonne maîtrise de soi. Elle réfléchissait à tout berzingue pour contrer les funestes projets de sa belle doche.

    Profitons de ce moment d’intense réflexion pour rappeler à ceusses qui n’auraient pas été élevés aux contes de fées, comme on élève les niards belges aux biberons de jus de frites, que lorsque la maternelle de Blanche Neige avait ravalé son pébroque, il y avait eu patacaisse au royaume. Le protocole exigeait que le roi se remarie avec une cousine du côté de la lignée de la défunte. Celui-ci, anéanti par son chagrin, se laissa mettre le grappin dessus par la marâtre qui était une vraie punaise dévorée par l’ambition et qui avait ourdi le projet de régner sans partage. C’est ainsi qu’elle lui concocta une omelette aux champignons avec quelques amanites phalloïdes et cortinaires des montagnes qui le lessiva en moins de deux. Résultat des courses, la Reine Mère devint aussi sec, régente du royaume.
    L’affront que venait de lui faire subir l les révélations de Gaston, locataire de son miroir, précipita alors sa décision d’éliminer sa belle-fille. Mais poursuivons notre feuilleton.

    - Bon sang, mais c’est bien sûr dit Blanche Neige ! Je me souviens d’un incident qui a eu lieu sur le chemin avant que nous n’atteignons l’aire de pique-nique. Sans vouloir te vexer, tu es un peu ‘’enveloppé’’ comme Obélix, et lorsque nous arrivâmes à l’orée de la forêt, un vieux sanglier, un solitaire un brin miro vu son grand âge, t’a confondu avec le copain d’Astérix. Pris de frayeur, il en a avalé sa chique, s’écrabouillant dans le fossé, d’un infarctus du myocarde. Je crois que nous avons là le moyen de gagner du temps ! Qu’en penses-tu ?

    - C’est parfait, sourit Marcel, je vais faire le nécessaire pour berlurer la peau de vache et avant qu’elle ne pige, ça te laissera du mou pour te dégoter une planque. A plus, ma princesse ! Permets que je te tape la bise !

    Ils se quittèrent ainsi, et Marcel en repassant par le ruban qui s’enquillait jusqu’au château retrouva la bestiole dont il préleva les abats qu’il mit dans le panier que lui avait laissé son amie. C’est ainsi qu’il remit le cœur, le foie, la rate et les poumons du sanglier à la reine, laquelle toute joyce, s’empressa de les ranger dans son frigo.
    Sans plus attendre, Marcel décarra à la gare la plus proche. C’était son jour de baraka car il n’y avait pas de grève ni l’une des trois situations perturbées, classiques et non moins habituelles annoncées sur les quais par le truchement d’un haut-parleur et par la voix sirupeuse de la jojolle de service et que connaissent tous les usagers abonnés à la SNCF. J’explique :
    Nous avons tout d’abord le « problème de matériel » ; en clair cela signifie que la motrice est tombée en rade ; elle a coulé une bielle et le chauffeur-mécanicien est en train de réparer avec sa clé à molette.
    Plus prosaïquement vient ensuite le « problème de composition de la rame » ; autrement dit, ils se sont mélangé les crayons dans l’agencement du convoi et ils ont paumé les wagons.
    Tout aussi croquignolet, l’annonce fait état d’un « problème d’acheminement du personnel » ; c’est le plus consternant car ce jour-là, ton train annoncé, est arrivé bien à l’heure. Tu es monté dans le wagon, et, peinard sur ton siège, tu viens de zieuter le contrôleur qui descend sur le quai et se barre car sa feuille de route le contraint à changer de convoi. Très rapidement tu vas apprendre que son remplaçant est planté dans une des lignes qui justement rencontre les difficultés 1 et/ou 2. Il arrive parfois que les soucis se cumulent, mais là c’est que tu as vraiment la cerise.

    Bref, tout baigne pour notre ami, alors il se pointa au guichet où il  douilla un ticson aller sans retour pour l’Italie. Il s’agit de planquer ses meules avant que la viocarde ne pige qu’elle s’est faite entubée dans les grandes largeurs, pensait-il. 

    Fin de l’épisode… à suivre ! 

    Voilà notre héroïne (pas la drogue qui est blanche comme neige mais notre princesse qui est aussi Blanche-Neige… étonnant non, cette similitude !) qui se retrouve seule face à son destin, si, si, puisque je vous le dit ! Va-t-elle s’en sortir sans casse ?

    Réponse A – Elle ne va pas faire 100m que les argousins à la solde de la reine la capturent
    Réponse B- Elle va rencontrer Robin des Bois qui va tomber amoureux, divorcer de Marianne et l’épouser
    Réponse C Perdue dans la forêt, elle croise le loup qui la prend pour le petit chaperon rouge (il avait perdu ses lunettes) Elle le dirige vers Alf le Loup l’opticien fou.
    Réponse D – Après une nuit noire mais en partie blanche pour elle, elle tombe d’épuisement  et le lendemain, requinquée, aperçoit une chaumière.

    Glossaire :
    S’accroupetonnèrent : s’accroupirent (Dictionnaire de San-Antonio).
    Patacaisse : pataquès (Dictionnaire de San-Antonio).  
    Jojolle de service : terme gentiment moqueur des pin-up de service (dans beaucoup d’émissions à la téloche et notamment celles des jeux, il y a de jolies filles « court vêtues » qui servent de faire valoir et que le milieu des affranchis appelle des jojolles ; par extension dans les services publics les messages sont diffusés par des voix préenregistrées douces, calmes, voire un peu monocordes et qui rappellent ces jojolles)
    Ruban : chemin sinueux de campagne


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  • Dans une guerre, c’est toujours l’adversaire qui commence !
    Francis Blanche
     
    Où ce conte pourrait bien tourner au film d’horreur !   

    La reine ordonne à Gino, son larbin en chef : T’as cinq broquilles pour que Marcel le garde-chasse ramène sa viande dans ma carrée sinon c’est toi qui le remplacera.
    Précisons que Marcel était eunuque. Il avait été l’amant de la Reine avant qu’elle ne lui fît couper les choses de la vie après l’avoir chopé en train de folâtrer avec Lady Chatterley, laquelle, avouons-le sans euphémisme, était quelque peu dévergondée. Il ne lui suffisait pas d’être à la colle avec le jardinier du palais, elle fricotait en interpellant tous les mectons qu’elle avait à la bonne et leur demandait de l’accompagner dans les bosquets pour lui faire voir la feuille à l’envers (c’est beau comme image, je la tiens de papa, une périphrase très champêtre). Vous l’avez compris c’était une vraie nymphomane.
    Gino qui tient à ses attributs comme le buvanvin tient à son litron de picrate (généralement un Cep Vermeil, un gros rouge qui tache aussi gouleyant et délicat qu’un mélange de pétrole brut et d’acide sulfurique), fait fissa pour dégoter Marcel. Il trouve celui-ci en train de faire ses vocalises car il s’est recyclé dans le chant lyrique puisque sa voix était le seul instrument dont il puisse encore jouer.

    - Sympa tes vocalises, lui dit Gino ! Désolé de t’interrompre, mais la mauvaise te demande de ralléger presto.

    Gino entretient des relations très amicales avec Marcel, c’est pourquoi il n’hésite pas à affubler la reine de sobriquets désobligeants sans crainte que ses paroles soient répétées. Nul n’ignore que dans ce château, la délation est monnaie courante et gare au malheureux qui est dénoncé pour avoir dégoisé en mal sur la mégère. Il risque la pire des punitions qui consiste à écouter en boucle, pendant deux heures, la dernière chanson du barde, auteur compositeur et chantre officiel du palais, Tony Siro : « Ma reine est là ».

    Marcel remercie et se pointe illico dans le burlingue de la Reine Mère qui l’affranchit, séance tenante, sur ses perfides intentions :
    - Gicle sans trainailler vers Blanche Neige. Déballe lui des salades comme quoi un lapin s’est pris la patte dans un piège à loup ou alors que le loup est en train de chercher des crosses à un agnelet qui va se désaltérant dans le courant de l’onde pure qui coule au pied de la fontaine. Vu qu’elle fait partie de la S.P.B.I.F.L.F. (Société Protectrice des Bestioles Issues des Fables de La Fontaine), elle va se laisser berlurer et te filer le train. Une fois dans la forêt, avec ton surin, tu n’auras plus qu’à lui trancher le corgnolon. A ton retour, raboule-moi ses poumons, son foie, sa rate et son cœur encore chauds. Je les donnerai à briffer à mes clébards. A moins que je ne les serve en fressure (pour les ceusses que sont de fins gastronomes, je conseille la fressure de porc à la vendéenne où les abats sont préparés en civet avec le sang et les couennes de l’animal) et en brochettes à la garden-party que le comité des fêtes organise samedi prochain pour fêter mon retour. Ce sera bonnard car je participerai ainsi gratos aux frais.
    - Banco ma reine, déglutit l’eunuque d’une voix de fausset.
    Connaissant les habitudes de la gisquette, il la rejoint et s’assoit à ses côtés sur le banc du jardin qui borde ses appartements ; elle est en train de lire le dernier roman de Barbara Cartland « Un si gros mensonge », lecture prémonitoire, n’est-il pas ! Marcel dégoise son baratin à la michetonne qui lui file le derche sans rouscailler. Elle n’a aucune raison de se garder à carreau vis-à-vis du garde-chasse qui lui a servi de précepteur quand elle était devenue orpheline. Toutefois, elle ne part pas sans biscuit. Elle rajoute dans son sac Vuitton qui ne la quitte jamais, une boite de pansements, un flacon de mercurochrome et divers objets de première nécessité, mascara, rose à joue, rouge à lèvre, flacon de patchouli... c’est-à-dire un inventaire à la Prévert que les machos et les aigris qualifient de futilités.

    Le ciel est limpide. Un doux soleil en ce début d’été éclaire la prairie. Les oiseaux gazouillent, s’interpellant de branche en branche. A l’orée du bois, les champs sont couverts de boutons d’or, de pâquerettes et de coquelicots. Blanche neige se dit qu’elle composera à son retour un bouquet champêtre pour sa belle-doche la reine. Ce qui prouve bien qu’elle est sans méfiance. Mais, terminons avec cette partie bucolique, rangeons nos violons et retournons à notre histoire.

    Nos deux personnages se pointent à l’entrée de la forêt, Marcel est suivi de la minette qui pousse sa goualante, « Un jour mon prince viendra… », une ritournelle qu’elle a entendue dans la dégoulinante d’un film des studios Disney. La piailleuse lui brise les portugaises avec sa voix pointue et ça lui perturbe les neurones, l’empêchant de se concentrer sur la façon dont il devra suriner la gueuse. L’occase se présente lorsqu’ils arrivent au bord de la rivière où les attend un spectacle bien choupinet. Un agnelet liche paisiblement la baille à côté de son copain le loup qui se tape un pan bagnat (oignon, radis, tomate, anchois, thon, poivre, ail, basilic, olive, œuf, sel) car il est allergique à la viande rouge. Un peu plus loin, un lapin fait la coursette avec une tortue et une cigale gratte sa guimauve au bal des fourmis.

    Je suis ravie de zyeuter que tout baigne icigo dit en souriant la princesse en sortant le panier pique-nique de son sac Vuitton et en rajoutant à l’attention de Marcel :

    Blanche Neige - 2ème épisode - Marcel le garde-chasse Reposons-nous un moment, reprenons des forces. J’ai apporté quelques tartines de Nutella, de la marmelade pommes coings aux quatre-épices et un thermos de thé glacé à la pèche blanche. En areluquant la mine déconfite du bonhomme, notre jouvencelle sourit  et précise :  qte marpaille pas la comprenette, j’ai aussi pour toi un sandwich au sauciflard, un calandos bien coulant et un kil de rouquin. Pendant que j’installe la bectance sur la nappe à carreaux rouges et blancs (ça rappelle les premiers congés payés de 1936 avec la très belle photo de Doisneau du déjeuner sur l’herbe qui était une pub pour Renault), va  mettre le litron au frais dans la vase, puis fais un petit viron dans les alentours pour vérifier que rien ne cloche et prévient les fourmis qu’elles ne viennent pas nous les briser en s’invitant gratos au frichti ! 
    Marcel feint de s’exécuter mais il revient en loucedé sur la pointe des ripatons. Sans plus attendre, il sort l’eustache de son étui en s’approchant de la princesse qui lui tourne le dos, penchée sur son panier occupée à préparer le pique-nique.


    Mille sabords ! Serait-ce le commencement de la fin au dénouement tragique ! Que va-t-il advenir de la pauvrette ?
     
    Réponse A : Marcel obéit à la reine et commet son horrible forfait en tranchant le corgnolon de la minette 
    Réponse B : Il va d’abord casser la croûte avant de prendre Blanche-neige en otage pour obtenir une rançon.
    Réponse C : Trop sensible, il va tout raconter à la princesse et lui laisser la vie sauve.
    Réponse D : Capturant la princesse, il va la vendre comme favorite au calife Haroun El Poussah et partager les gains avec le grand vizir Iznogoud son complice.

    Le suspense est trop insoutenable, je sais pas si je pourrais vous raconter la suite. On est pas sorti de l’auberge, faut que je me requinque. Je vous laisse, je vais me préparer une salade de clapotons, une andouillette beaujolaise et tirer un pot de Brouilly de ma cenpote.

    Glossaire :

    Tony Siro : « Ma reine est là » celle ou celui qui trouvera le nom du chanteur et le titre de la chanson gagnera le droit de rejouer au prochain épisode.
    Briser les portugaises : casser les oreilles
    Gratter sa guimauve : jouer de la guitare
    Kil de rouquin : c’est quasi un pléonasme car un kil ou kilbus est toujours une bouteille d’un litre de vin rouge et rouquin est à la fois le sang et le vin rouge.La vase : comme la baille, la flotte, c’est de l’eau qui plus est, claire et même potable, mais les affranchis et aussi Gnafron se méfient de ce liquide plus dangereux pour la santé que le vin. D’où cette comparaison avec la vraie vase.
    Se marpailler la comprenette : être contrarié

    Nota benêt : je suis disponible pour toute précision sur un terme ou une expression argotique qui vous semblerait peu claire ; mettez un petit commentaire et j’y répondrais.


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  • Entre deux épisodes historiques, à la demande de mon lectorat qui souhaite retrouver ma truculence, je renoue avec la tradition des contes loufoques revisités dans la langue de mes maîtres Audiard, Dard, Grancher, Dac...

    J’ai compris que le Père Noël n’existait pas quand j’avais cinq ans. Je suis entrée dans un grand magasin et il m’a demandé un autographe. »
    Shirley Temple

    Où la Reine se montre d’entrée un tantinet égocentrique !

    Il était une fois, une reine teigneuse et jalmince, une princesse un brin nunuche en apparence et qui aurait pu être prem’s à l’élection de miss Contes de fées, un prince qui ne pointera ses biscottos qu’à la fin de l’histoire comme la cavalerie dans les vieux westerns pas encore spaghettis, sept rase-moquettes qui bricolent dans les diams, et enfin une tripotée de seconds couteaux tous plus croquignolets les z’uns que les z’autres... Pour la compréhension du texte, j’écris même les liaisons ; vous dire si j’ai de la conscience professionnelle ! Et je le précise pour le cas où un pingouin y s’aviserait de faire des remarques sur mes fautes d’orthographe. Enfin brèfle comme le disait Denis Papin, pas le footballeur, l’inventeur de la bouilloire électrique, commençons …

    Par une belle matinée d’été (j’aurais pu écrire de printemps, d’automne ou d’hiver, mais une belle matinée, c’est tout de même plus sympa en été), sur le tarmac de l’aéroport de Saint-Exupéry, que les Lyonnais des autrefois appelaient Satolas, l’escalier mobile est plaqué contre la porte de sortie d’un coucou qui s’ouvre, déversant son flot de passagers pas mécontents de retrouver le plancher des vaches. Parmi eux, reconnaissable à sa mine renfrognée, figure la Reine de notre royaume imaginaire. Pendant l’atterrissage, elle était restée collée à son fauteuil en serrant les miches jusqu’à temps que l’avion marque l’arrêt définitif et que le commandant de bord coupe les gaz de l’appareil. Soulagée, elle décompresse et comme de son côté elle n’a pas coupé ses gaz, elle se laisse aller en se fendant d’un rot aussi discret qu’un évier qu’on débouche, tout en ronchonnant :
         - J’aurais jamais du boire cette saloperie de mousseux ! C’est sûr que quand tu choisis un « Low-cost », la compagnie ne va pas s’allonger d’une coupe de roteuse de Don Pérignon ! Et qu’est-ce qu’ils ont tous ces locdus à applaudir à la fin du voyage ? Entre les trous d’air, le siège rembourré aux coquilles de noix, l’hôtesse qui n’a même pas pris soin de s’épiler la moustache et mon voisin de devant qui ronflait comme un élevage de gorets, manquerait plus qu’on se crashe à l’arrivée ! Si j’ai encore des aigreurs demain, je me fais rembourser mon biffeton de troisième classe !

    Elle avait quitté son château quelques semaines plus tôt pour se rendre au Brésil ousseque les chirurgiens esthétiques sont, paraît-il, de véritables pointures. Soucieuse de son apparence, c'était la période de son ravalement de façade annuel, aussi avait-elle pris le forfait entretien, pièces et main d’œuvre inclus, avec retouches de carrosserie et elle avait hâte de juger des résultats. Elle grimpe dans une brouette en demandant au chauffeur de taxi de faire fissa. Celui-ci voyant la tronche de carême de la mégère, ne se le fait pas dire deux fois et il roule sans moufter. A l’arrivée, elle refile au taxi les dix sacs de la course sans lâcher le moindre pourliche vu qu’elle est constipée du morlingue. 
    Elle donne quelques ordres à deux ou trois loufiats obséquieux qui, au risque de choper une scoliose, lui font des courbettes à s’en lécher leurs propres pompes et elle s'enquille bien vite dans ses appartements en refermant la lourde après avoir demandé qu’on ne vienne pas la seriner et lui casser le bonnet avec des problèmes d’intendance. 

    Elle se déloque et enfile son maillot de bain deux pièces, motif panthère avec soutifs à balconnets qu’elle avait casqué en solde à la boutique ‘’Dessous chics pour mémères perlouzées’’, puis elle se pointe devant son miroir magique. Attention je t’explique ! Pas le miroir que tu trouves chez le premier blaireau venu dans le hall d’entrée, entre le chausse-pied à roulement à billes et le pébroque avec pommeau à tête de canard. Non ! L’ustensile est constitué d'un écran plat LED 4K, 121cm, full HD avec en plus, double arbre à came en tête et zygomatiques intégrés. Ce n’est pas de la quincaille assemblée chez les citrons asiatiques, mais du matos de premier choix. La reine choppe la télécommande qui remplace les baguettes magiques, lesquelles ne sont plus utilisées, sauf par quelques ringards lors de galas de bienfaisance organisés au profit de la sauvegarde d’espèces menacées comme celles placées dans les coffres planqués en Suisse. Elle presse la touche "on" et sur l'écran apparait Gaston, un génie de première classe qui se met à lui passer la brosse à reluire car lui aussi connait l'engeance. Gaston avait fait ses classes à l’école spécialisée du calife de Bagdad. Il avait obtenu son diplôme avec mention ‘’très bien’’ et une citation dans l’épreuve optionnelle des meilleurs cireurs de godasses. Il avait également reçu le premier prix de rapidité en s’enquillant en moins de cinq secondes dans une lampe à huile.

    Arrêtes tes charres, renaude la Reine. Soyes à ce que tu fais, reluques-moi et dis-moi : ne suis-je pas la plus chouquette du royaume ? 

    Gaston toussote et s’éclaircit le corgnolon avant de bavocher : ok ma poule ! T'as le nez façon Cléopâtre, les roploplos taillés à la Sophie Marceau. T'as plus les miches en gouttes d'huile et ton troisième lifting tient la route. Seulement il y a un blême car Blanche Neige, ta belle fille, est plus choucarde que Toi. 

    Comment ça ! éructe la reine, cette greluche qu'est toujours loquée façon première communiante qu'on dirait l’indéboulonnable  Chantal, la bourgeoise de Jean-Jacques, qui pousse sa goualante aux arbres de noël de l’Elysée depuis plus de vingt piges ! 

    Oui, mais elle n'a que dix huit balais, les nibards à la coque à l'amour, le dermuche qui ondule et qui attire la main de l'homme, et aussi un sourire à faire péter les boutons de braguette d'un puritain. Faut dire qu’en plus, elle n'a pas tes heures de vol.

    Ferme ton clapet, tu jactes que des âneries et tu me files les abeilles ! 

    La Reine en pétard enfonçe la touche "off" et juste avant que l'écran ne s'éteigne, le génie susurre : je ne mens jamais… 

    Pour ne pas péter les coutures de son lifting facial, elle se retient de pousser le cri qui tue, et se met à tourner en rond dans sa piaule en maugréant. De temps en temps elle jette quelques verres, vases et assiettes en arcopal par la fenêtre sous laquelle attendent les préposés à l’ire royale affublés de gros édredons en plumes d’oie. Ils couratent sur le gazon et mouillent la chemise en réceptionnant les objets jetés. Ben oui, les pauvres malheureux ! Leur mission consiste à ce qu’aucun élément de vaisselle ne casse car la patronne est tellement rapiate qu’elle retient le prix des ustensiles brisés sur leurs salaires, lesquels d’ailleurs sont tout aussi maigrichons qu’un mannequin anorexique.

    Epuisée par son manège et les soufflets en feu, elle se vautre dans un grand fauteuil empire pour calmer les battements de son palpitant en se disant : c’n’est pas cette chipette de Blanche neige qui va rouler des mécaniques. Je n’ai pas aligné trois briques aux toubibs brésiliens pour me faire gauler la place de prem’s au concours des plus beaux gigots du royaume. Je m’en vais te l’allumer, l’éparpiller façon puzzle, la zigouiller, l’écrabouiller …
    Elle gamberge ainsi quelques broquilles
    * jusqu’à ce qu’un sourire teigneux remplaçe sa moue de dépit. A force de se triturer les boyaux du cerveau, une loupiote s’est mise à clignoter dans son caberlot. Elle a muri sa rebiffe, se lève et appuye sur le bouton d’appel de l’interphone placé sur son burlingue.

    Que va décider la vieille peau ?

    Réponse A : Décider de faire assassiner Blanche Neige en appelant son exécuteur des hautes oeuvres
    Réponse B : Faire jouer la garantie et changer de miroir comprenant un nouveau génie qui serait plus à sa botte.
    Réponse C : Retourner au Brésil se faire rembourser parce que pour avoir claquer trois briques, le résultat laisse à désirer.
    Réponse D : Tout oublier en biberonnant un kil de beaujolpif.

    Vu le suspens insoutenable qui se dégage de ce premier épisode, je laisse au lecteur le soin d’aller boire une bière ou tout autre remontant, de faire quelques exercices de relaxation, de partager ses impressions avec sa compagne, ou son compagnon si le lecteur est une lectrice. 

    J’ai beaucoup aimé les feuilletons radiophoniques comme « Signé Furax » ou ceux que je lisais dans les journaux et les magazines. Alors, à mon tour de dire :

    Fin de l'épisode à Suivre

    Glossaire :
    broquilles : minutes – « il est trois plombes et quinze broquilles à la dégoulinante de la bastoche » : « il est trois heures et quinze minutes à la pendule du salon
    constipée du morlingue : radin
    faire murir sa rebiffe : préparer sa vengeance
    les soufflets : les poumons


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