• On dit que la jeunesse ne croît plus à rien. Quelle tristesse...
    Et si un jour le Père Noël ne croyait plus aux enfants !

    Pierre Doris

    Où la coquetterie peut se révéler mortelle.

    - Bonjour Poupée ! T’es un vrai prix de Diane, pas une radasse. Mais, que regardes-tu par-dessus mon épaule ?           

    - Je ne vois pas tes assistants, le caméraman, le perchman, les maquilleuses, le chauffeur de salle… tu es venue seule ?  

    La Reine travestie éclate de rire.

    - Je vois à quoi tu penses, ma Belle, mais il y a gourance ; la téloche ça eût payé, mais ça paye plus. J’ai été « remerciée » et pour faire ma pelote, on me proposait de présenter les résultats du loto, mais j’ai laissé le job à ma copine Valérie Payet qui, de son côté s’est faite larguée de Canal. Pendant quelque temps, j’ai été représentante en « sacavomi », pour les compagnies aériennes, les personnes qui ont le mal des transports, les femmes enceintes,… mais j’ai dû arrêter car les démonstrations me coupaient l’appétit et je frisais l’anorexie. Je me suis ensuite dirigée vers la vente des urnes funéraires personnalisables. Un gros fumeur en a commandé une qui imitait un paquet de gauloises et à la place de la mention « fumer tue !», il a fait indiquer « trop tard ! ». Ça marchait bien, mais il fallait toujours avoir l’air constipé alors j’ai plongé dans la grosse déprime.

    Lorsque j’ai essayé d’assurer, en qualité de conseillère, les réunions de promotion d’articles ménagers en plastique biodégradable, j’en ai eu vite ma claque de me taper du thé et des gâteaux rances servis par des mémères à triple menton ; je prenais la bouée autour de la brioche et cette fois, je devenais boulimique.

    Heureusement la roue tourne comme disent les voyantes et les patrons de loteries pendant les vogues, et c’est alors qu’au salon du charme et de l’érotisme, j’ai rencontré la patronne de la ligne de lingerie coquine de chez "Dessous Chéri" et depuis, je m’éclate. J’ai justement une exclusivité qui devrait te mouler comme un gant, si je peux me permettre cette expression, ma mignonne. Elle sort de son sac Hermès l’article tendance dernier cri « Guêpière désir », avec nuisette assortie.

    - Je te montre l’ensemble rouge, mais il existe aussi en noir ou en violet cardinal qui se vend beaucoup chez les grenouilles de bénitiers qui résident dans la principauté du Vatican.   
    Épisode 10 – La première attaque- La couleur me convient, dit la princesse, et je suis tentée, mais n’est-ce pas un peu osé et ne vais-je pas passer pour une poutrône ? 
    - Que nenni ! J’ai pour clientes les reines, les princesses et les dames de cour et je suis certaine que ton prince charmant approuverait ton choix. - Je n’en ai point, soupire Blanche Neige.
    - Emballe-moi la chose, je vais chercher mon larfeuille dans mon
    sac Vuitton pour te cigler l'achat. 
    - Attatends ! Jabille la Reine, il me semble nécessaire de vérifier que l’ensemble est à la bonne taille et qu’il n’est nul besoin de retouches. Tu aligneras l’oseille plus tard. Quitte seulement ton corsage que je procède à l’essayage.   

    Blanche-neige s’exécute et aussi sec, la mauvaise lui cloque la guêpière qu’elle boucle soigneusement avant d’initier le maléfice. Inexorablement, le vêtement se resserre comprimant le buste et la poitrine de Blanche-neige qui s’interloque. Comme elle ne  parvient plus à prendre sa respiration, elle s’abouse en suffocant. Laissant la pauvrette pré-agoniser sur le carreau, la Reine reprend sa forme originelle, ricane et déclare :      

    - C’est bien fait pour ta fraise, y n’fallait pas me foutre en pétard, fulmine-t-elle... Je dépense des fortunes pour rester top model et tu me casses la baraque. Bon d’accord, c’n’est pas mon fric mais j’ai dû instaurer une TVA (taxe pour la vieille ajoutée) de 3% sur les médocs non remboursés par la sécu ce qui accroît mon impopularité. C’est vrai que je m’en fiche aussi comme de ma première couche-culotte, il n’empêche que tu me files les abeilles. La fermeture de la guêpière est radio commandée et j’ai réglé sur vitesse très lente. J’aurais bien aimé assister à ton agonie car tu vas filer de l’huile pendant au moins deux plombes, mais les affaires m’attendent. J’ai rencard avec le roi Catodik pour remplacer mon miroir-écran plat ; son fils n’est toujours pas retrouvé alors il fait le commercial à sa place. Je te laisse la télécommande qui émet un ricanement toutes les quinze broquilles avant de déclencher un nouveau resserrement, ça te distraira... Je me casse !       

    Pendant la causerie entre la Reine et sa belle-fille, un incident s’est produit dans la mine où les nains travaillent. Dandy s'est aligné le tarin à cause de l'effet rebond d’un coup de pioche qu'il avait asséné un peu vivement, sur la paroi de la mine de diamants qu’ils exploitent.

    Je précise qu’ils sont les fournisseurs exclusifs des meilleurs joailliers d'Anvers et pour satisfaire la demande, ils turbinent sec en ne s'accordant que de courtes pauses. Or, un surcroit de productivité comporte parfois des effets pervers, en augmentant les risques inhérents au fait que la mine, par ses conditions de travail, s’apparente à la base à un grand chantier de l’extrême, particulièrement accidentogène. Reprenez votre souffle et ne soyez pas ébaubis, la phrase qui précède est extraite d’un rapport de la médecine du travail, écrit en 2007. Comme quoi la réalité rejoint parfois la fiction.  

    Bref, résultat des courses, Dandy est un brin amoché et son raisiné pisse gros malgré les premiers soins reçus. Cosinus décide qu'il doit rentrer à la piaule en étant, conformément aux règles de sécurité prônées sur les chantiers, accompagné de deux camarades ; ce sont Bouftou et Rêveur qui s'y collent. Il juge également, en ce début d’après-midi, que toute l’équipe s’est un max fait suer le burnous, aussi suggère-t-il de plier les cannes et de rentrer plus tôt dans leur carrée. 

    - Partez devant, nous vous suivons ! Dit-il à Bouftou       

    Celui-ci enfourche le tandem où l’attend Rêveur qui a accroché un van à l'arrière du biclou après y avoir installé le blessé à l’intérieur. Ils pédalent de conserve (comme le dit Bonduelle) et atteignent rapidement leur bicoque.       

    - Nom d'un rat ! S'exclame Bouftou, regardez ! La porte d'entrée est entrouverte !       

    - Je dirais même plus, elle est entrouverte, confirme Rêveur qui a lu Tintin.       

    Les deux rase-bitumes, armés de leurs pioches, pénètrent dans l'estanco sous le regard inquiet de Dandy resté en arrière. Ils zyeutent Blanche-Neige allongée au sol, les calots tourneboulés. Elle semble prête à partir à dame et ça sent la fin de saison. Près d’elle, un petit boitier se met à émettre un sinistre ricanement.  

    Fin de l’épisode, à suivre... 

    Blanche-Neige, va-t-elle épouser la Camarde, manger les pissenlits par la racine, souffler sa veilleuse ? Comment va-t-elle va se tirer de ce mauvais pas! 

    Réponse A - Suite à un faux contact, la radio commande provoque un tir de missile qui fait exploser le château de la reine annulant le charme qui disparaît, libérant ainsi notre gisquette. 
    Réponse B - C’est Blanche Neige qui ricane car elle avait fait un stage chez Houdini en se défaisant d'une camisole de force en moins de cinq broquilles et elle vient de se libérer elle-même du carcan qui l'oppresse. 
    Réponse C - Rêveur, accompagné de Bouftou (qui va bloquer le compte à rebours fatal), possède son diplôme de secouriste et il sauve  la princesse. 
    Réponse D -  Malgré tous leurs efforts, la minette va pousser son dernier soupir, d’autant qu’elle a compris que fabulgone, en panne d’imagination, ne parvient plus à écrire la suite du récit 

    Glossaire :

    Prix de Diane : jolie et fraîche jeune fille genre miss France. 
    Radasse : femme de mauvaise vie qu’à des heures de vols et n'est plus très fraîche. 
    Faire sa pelote c’est gagner correctement sa vie pour mettre de l’argent de côté et une bonne pelote peut amener la fortune. 
    Avoir sa claque : se lasser, en avoir assez, ras-le-bol... 
    Cigler c’est payer comptant en argent liquide. Idem pour aligner l’oseille.
    Cloquer : mettre quelque chose à quelqu’un sans ménagement, rapidement. 
    S’abouser : en parler lyonnais se dit de quelqu’un qui tombe mollement par terre, métaphoriquement et parlant par respect, comme une bouse de vache. Le lyonnais, toujours soucieux de ne pas choquer son entourage, précède une formulation scabreuse ou scatologique de « parlant par respect ». 
    Filer ou avoir les abeilles : être énervé, expression très prisée des méridionaux : amis du midi bonjour ! 
    Filer de l’huile : mourir lentement, à petit feu et pas obligatoirement dans la souffrance comme ici. 
    Aligner (s) le tarin, le blair, le pif : c’est vraiment se cogner le nez à en saigner. 
    Raisiné pisse gros : nous sommes dans le cas d’un saignement de nez conséquent, le sang est associé à la couleur du jus de raisin. 


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  • A l’impossible dit-on nul n’est tenu.
    Mais impossible n’étant pas français, ce proverbe ne concerne que les étrangers  
    Pierre Dac    

    Où la princesse a du souci à se faire quand on connaît les préparatifs de la mauvaise.  

    Rêveur rencarde ses potes :
    - Je n’ai pas voulu casser l’ambiance cet aprème, mais, pendant la partie de boules, Charles m’a informé qu’il a reçu un mail d’un de ses clients qui bosse au palais. Le bruit cours que la vieille taupe aurait eu vent de l’embrouille entre Marcel le garde-chasse et la Demoiselle. Elle serait en pétard et prête à tout, surtout au pire ; aussi je suggère qu’après souper nous mettions au point une stratégie pour la protection de la princesse.    
    A l’énoncé de cette info, un court silence s’installe, puis tout le monde se met à barjacter en même temps.

    Quittons cette cacophonie champêtre, ça nous fera des vacances et dirigeons notre caméra vers le château pour en savoir davantage, en faisant un retour arrière sur ce qui s’est passé depuis hier au soir. 

    J’ouvre ici une parenthèse : Il est parfois nécessaire, pour bien comprendre une situation à suspens qui se déroule dans des lieux éloignés, de faire un retour sur les évènements antérieurs du lieu précédemment quitté. Cette figure de style narrative qui, en littérature, est une analepse, correspond au flash-back cinématographique. Tout ceci, place ce récit dans la lignée des créateurs de scénarii tels que « Citizen Kane » d’Orson Wells, ou « Casablanca » de Michael Curtiz, voire « Pulp Fiction » de Tarentino. Je n’sais pas ce que vous en pensez, mais cela mérite peut-être une nomination au Goncourt ou au Renaudot, quoi que je penche pour le prix Femina vu la sublimation féministe qui me caractérise.  

    Je referme rapidement cette parenthèse qui, comme les portes de frigo, ne doit pas rester ouverte pour ne pas risquer de dauber les victuailles.

    Sous des dehors futiles recouvert d’une carapace de maintien de soi et d’élégance, comme chez de nombreux auteurs, Fabulgone se lâche parfois et n’hésite pas à flatter son égo. Je vous y dis en toute discrétion, mais dites pas que je vous y ai dit ; je compte sur vous pour ne pas moufter. Mais reprenons le cours de notre histoire…

    La reine avait reçu ce qu’elle crut être les organes de Blanche-Neige et les avait donnés en cuisine pour confectionner des atriaux savoyards (hachés de foie, poumons et cœur avec persil et épices, façonnés en boule et cuits dans une crépine) et les servir à la réception mondaine ayant lieu dans le parc (que les angliches appellent une garden-party) ce samedi, c’est-à-dire hier puisqu’on est dimanche. Ça va tout le monde suit ? Personne n’est en rade ni ne s’est mélangé les pinceaux et les boyaux du cerveau ? Bon ! Alors je poursuis. 

    Tout va pour le mieux au barbecue le soir même. La princesse Cendrillon bave sur les rouleaux du petit Chaperon Rouge en affirmant qu’elle est sapée genre pouf, avec sa mini-jupe et son blouson de cuir carminés. Le roi Dagobert qui a encore mis son falzar à l’envers, se lansquine sur les godasses vu qu’il ne trouve pas sa braguette. Roland comte de Roncevaux surnommé « Olifant’man » en profite pour jouer de son corps avec Peau d’âne qui en a ras les couettes d’être courtisée par son paternel. Tout baigne donc chez les têtes perlouzées, et vers les trois plombes du mat’, chacun repart rejoindre ses pénates, avec sa citrouille, son carrosse, ou sa Rolls. La Reine qui a biché comme un vieux pou, toute la soirée, part se zoner un tantinet crevée. Elle a les arpions chauffés à blanc, le rimmel et le fond de teint prêts à faire des bulles et elle prétexte un mal de tronche carabiné, pour que Schwarzy, son nouveau compagnon de bordée (que les rosbifs appellent boyfriend), lui lâche les baskets. 

    Le lendemain matin après avoir mis ses faux-cils et rajusté sa perruque, elle vérifie la tenue des coutures de son dernier lifting et se pointe avec un sourire carnassier, sa zapette à la main, devant son miroir. Lorsque l’écran s’allume, elle s’interloque en zieutant Gaston le dos tourné. Elle piaule :

    Épisode 9 – La reine prépare sa rebiffe.- Eh, face de carême, c’n’est pas ton joufflu qui m’intéresse, montre-moi ta trombine !  

    Le génie se retourne :  
    - Fais-excuse ma Reine, ton pas est si léger, que j’n’avais point ouï ta présence. J’ai aussi les portugaises un chouia ensablées à cause d’un reliquat d’oreillons. Va falloir que j’aille à la consulte de l’ORL pour mon décérumenage annuel. 

    - Arrête ton char et tes excuses bidon et lorgne mégnasse ! Qu’en penses-tu, ne suis-je pas la mieux balancée ? 

    - Sans conteste votre grandeur est la mieux chiadée du palais !  

    - Me prends pas pour une brelle, au château y a que des thons ! C’est de tout le royaume que je te cause. Rencarde-moi où t’iras pointer chez chômdu !  

    - Ok mais je me déballonne sur ce qui va arriver. Votre nièce que je zieute en train de ranger sa boite à bijoux dans son sac Vuitton, crèche chez les sept piocheurs qu’ont le tuyau d’échappement près du gazon et elle reste la mieux roulée du royaume. 

    La reine manque s’étranglouiller ; elle vire cramoisie et sans pouvoir rétorquer, enfonçe nerveusement la touche off de la zapette, renvoyant Gaston à Pétaouchnock. Elle bigophone à son cousin, un peu sorcier et tout aussi teigneux qu’elle : 
    - Platt-Fuss (prononcez plate fousse), ramène ta fraise, j’ai besoin d’un coup de paluche et de tes compétences de transformiste. Tu peux ralléger avec ton matou Azurel qui, je l’espère, est toujours aussi mal dressé. Il pourra mettre le souk en cuistance et faire enrager le maître-queux. Ce n’est pas la peine d’avoir fait l’école Hôtelière avec des stages chez Troisgros et Bocuse, pour que cet enfoiré se montre incapable de faire la différence entre des abats de sanglier et ceux d’une mijaurée. 

    Quelques plombes plus tard, le sorcier arrive avec son greffier qui aussi sec courate rejoindre la cuisine, renversant les saucières et chouravant les saucisses. Platt-Fuss, sourcils broussailleux et tonsure ébène, est vêtu d’une longue tunique noire à capuche. Il descend par la cuisse gauche, d’une lignée de sorciers gnomes qui habitent la Forêt Noire en Allemagne et pratiquent la magie noire. Par suite d’un problème génétique, il s’était retrouvé de la taille d’un homme ordinaire avec toutefois un souci du côté des ripatons aussi plats qu’un encéphalogramme de hooligans, il fut surnommé Platt-Fuss, vocable que l’on pourrait traduire en français par : Pied-Plat. Domicilié à proximité de la Gare Gamelle, Il sévit dans une contrée où résident de gentils petits personnages bleus, pas plus grands que des chaussinettes d’enfants (strumpf en gothique). Il est leur ennemi juré, mais malgré ses pouvoirs de se transformer en n’importe quel personnage, il n’est jamais parvenu à les capturer pour les déguster après les avoir passés à la centrifugeuse. Une vieille légende d’Outre-Rhin affirme que le strumpfsaft (jus de chaussettes) qu’il faut boire à jeun le matin, donne une pêche d’enfer et serait même, source d’immortalité. 

    - Cousin, mielleuse la Reine, t’es une pointure pour modifier les trombines ; prépare-moi un philtre qui me transformera en Danièle Gilbert. La princesse, cette petite punaise, se laissera berlurer vu qu’elle est accro de Midi-Première à la téloche. Je pourrai ainsi l’approcher et lui faire sa fête. 

    - Banco cousine, que ricane Platt-Fuss. Où que c’est-y que je peux œuvrer ? 

    - Suis-moi l’artiste ! Elle emprunte (pour pouvoir le rendre) l’ascenseur dérobé interne, car les escaliers dérobés n’existent plus que chez les gagnepetits et les nobliaux traine-misère, et ils descendent au deuxième sous-sol. Le premier sous-sol sert de parking à péage ce qui permet à la rapiate de faire casquer le stationnement de leurs véhicules, à ses invités. Ils pénètrent dans une immense cave voutée, traversée par une rivière qui alimente les douves du château d’où la reine peut quitter incognito son château à bord d’un petit bateau électrique et silencieux. La Reine pas peu fière, montre à son cousin sa dernière emplette attriquée à la foire internationale du sorcier moderne. Il s’agit d’un chaudron en polymère électro-actif avec sonde et capteurs intégrés qui permettent la diffusion interne et harmonieuse de la chaleur et offrent un mode de cuisson de qualité vitrocéramique.  

    - Impossible de rater une préparation, dit-elle ! Tu jettes dans le récipient, de la bave de crapaud, une plume de blanche colombe, des yeux de merlans frits, de la langue de vipère, un pied de cochon pour le moelleux, une jambe de bois, un cœur d’artichaut, une cuisse de mouche, trois litres d’eau de vase et un petit verre de schnaps. Tu programmes thermostat 3,14, et roule ma poule, le temps de faire ta grille de mots croisés, ta potion pour soulager les verrues plantaires, ravigoter la libido d’une momie égyptienne, désanorexiquer les mannequins de mode, humaniser un usurier, ou favoriser la repousse des cheveux, elle se retrouve conditionnée en flacons, étiquetés et prêts à être commercialisés auprès de ma clientèle de prétendus gourous, marabouts, voyants, exorciseurs, médiums, aruspices, augures et faux-prophètes de tous poils. 

    Impressionné, Platt-Fuss se met au turbin et en quelques broquilles, le breuvage magique fut d’équerre. Les deux affreux fêtent d’avance leur succès, persuadés de la réussite de leur arnaque, en faisant péter le bouchon d’une demi-roteuse qu’ils enquillent aussi sec en dégustant quelques toasts de cafards grillés au  beurre de limace. Lundi en fin de matinée, la Reine décanille vers la forêt avec son GPS pour ne pas se paumer et la fiole contenant le breuvage magique qu’elle range dans son sac Hermès (elle n’a pas les mêmes valeurs que sa belle-fille). S’approchant de la chaumière, elle se mouille la meule avec le breuvage magique et aussi sec se transforme en sosie de la grande Duduche. La ressemblance est telle que lorsque Blanche Neige la borgnote, elle ne se gaffe de rien. Elle pense même qu’elle va passer à la téloche sur Midi Première. La jactance entre les deux donzelles s’engage :  
    - Bonjour Danièle !

    Fin de l’épisode... à suivre.

    Que va-t-il arriver ?
    Réponse A – Blanche-Neige feint de croire à la venue de Danièle Gilbert ; elle entarte en pleine poire la reine mère qui retrouve son physique (la crème fait antidote) et part en courant rejoindre son château.
    Réponse B – La reine réussit à entrer chez la gamine et lui fait enfiler un corset magique.
    Réponse C – Charles qui avait été chargé de surveiller la chaumière se pointe avec sa hache et une course poursuite s’engage entre lui et la reine.
    Réponse D – Blanche-Neige évoque sa tristesse de ne plus voir sa belle-mère qu’elle aime malgré ses défauts et la reine tombe à genoux en demandant pardon à sa belle-fille.
     

    Glossaire :
    Rencarder : renseigner dans le sens de prévenir.
    Barjacter : parler vite et fort.
    Se mélanger les pinceaux ou les boyaux du cerveau marque une grande confusion.
    Baver sur les rouleaux c’est faire preuve d’une grande médisance, c’est ce que le loup reproche à l’agneau dans la fable.
    Bicher comme un vieux pou : être suffisant, sardonique.
    Partir se zoner : aller se coucher.
    Piauler, comme quincher, c’est crier d’une voie pointue et aigüe.
    Joufflu : les fesses.
    Avoir les portugaises ensablées c’est avoir les oreilles bouchées.
    Lorgne mégnasse : regarde moi avec attention.
    Se déballonner : ne pas porter le chapeau, refuser toute responsabilité.
    Pétaouchnock : localité (imaginaire) très lointaine. A l’origine, il s’agissait d’une création fantaisiste et xénophobe car il s’agit d’un pays indéterminé peuplé de noirs.
    Chouravé ou chouré c’est voler, pas dans les airs mais dans la poche du voisin.
    Attriquer : acheter quelque chose.
    Être d’équerre : convenir parfaitement.
    Décaniller : partir à pied.
    Borgnotter ou borgnoter : regarder avec attention en plissant les yeux.
    Se gaffer : utilisé ici dans le sens de se douter de quelque chose, se gaffer c'est aussi se tromper.
    Jactance : Terme générique pour tout échange de propos entre deux personnes. 


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  • Les femmes préfèrent être belles plutôt qu’intelligentes
    parce que, chez les hommes, il y a plus d’idiots que d’aveugles
    Yvonne Printemps

    Où Blanche-Neige fait la connaissance des habitants de la petite maison dans la prairie.

    Ce sont bien nos amis les nains qui rentrent de chez Brico-Merlin. Ils sortent de la remorque le matos acheté au magasin de bricolage, planches, quincaillerie, cabine de douche et toilette privative en kit, tout ce qu’il faut pour transformer la pièce du bas en chambre d’hôte.
    Ils se mettent en sale et avec efficience comme on dit dans les entreprises, ils se mettent au turbin, objectif : nettoyage du plafond à la française, crépi sur les murs, finalisation du lit, coiffeuse, petit table, montage de la cabine de douche et du coin toilettes. Bref à côté de nos amis, l’équipe de Valérie Damidot passe pour de pâles amateurs dotés de deux mains gauches.
    En fin de matinée, ils sont rejoints par Dynamite et Hercule qui rallègent de chez les voisins avec un chariot contenant un stère de bûches pour la cheminée, les soirées étant encore frisquettes.
    Comme de bien s’accorde, pour donner la main, pendant qu’ils mouillent la liquette, Blanche-Neige prépare la bouffe à la galetouse de midi : salade de pâtes aux dés de jambon, casse-dalle à la rosette et cornichons, rigottes de chèvre, assortiment de fruits secs, quelques pots de beaujolpifs, et brocs d’eau tirée de la source qui alimente le petit ruisseau qui coule à proximité de la cambuse.
    Pendant cette petite interruption de leur labeur, Dynamite, met la gosseline au parfum concernant leurs voisins : 
    Episode 8 – Rencontre avec les voisins- Il s’agit d’une famille venue des Amériques qui crèche à quelques centaines de mètres à gauche en sortant, dans la petite maison dans la prairie, située juste après notre petit bosquet. Le père est un solide gaillard un peu comme Hercule qui se fait suer le burnous comme bucheron. Il vit à la colle avec sa chenuse fenotte Caroline. Le couple élève leurs trois pisseuses, Mary, Carie et Laura la petite dernière, une pisse-trois-gouttes toujours à courater et se rouler dans l’herbe pour faire fuir reinettes et papillons. Ca gonfle un peu son paternel qui se demande parfois si elle n’a pas été bercée trop près du mur, il en redouble d’efforts en fendant le bois avec sa hache. Si tu es d’accord, nous avons invité demain tantôt, nos amis pour le café.

    - J’en suis ravie rebrique la princesse.

    Il faut dire que  la famille entretient de bonnes relations avec les nains qui, lorsqu’ils ne marnent pas à la mine, aiment à fabriquer des jouets qu’ils offrent aux momignardes pour les anniversaires et aussi le jour de Noël.

    Il convient de préciser ici que nos petits amis ont passé un deal avec le personnage dont Blanche-Neige avait vu le portrait dans la cabane à outils ; c’est un vieillard un peu excentrique qui bosse en Laponie au village de Rovaniemi avec une tripotée d’assistants, et qui a décidé de promouvoir la fête des enfants. Ils le rejoignent début novembre et l’aident à finaliser ses dernières commandes qui sont toujours livrées pile-poil, la nuit du 24 au 25 décembre au moment des saturnales.

    Les rase-moquettes retournent au charbon en chantant leur chanson favorite :

    Le travail c’est la santé ♫ 
    On n’a pas peur de trimer ♫ 
    Nous quand on est au boulot ♫ 
    On met le turbo. ♫ 
    (Hommage souriant à leur copain Henri Salvador).

    Le soir tout est terminé et après avoir savouré le repas préparé par leur amie, ils ne s’attardent pas longtemps au salon avant d’aller filer dans les toiles. Toute heureuse d’étrenner sa chambrette, notre gisquette se glisse dans les bannes. Un peu excitée à l’idée de voir du monde, elle sort de son sac Vuitton le bouquin d’une auteure suédoise qu’elle apprécie, Catharina Ingelman-Sundberg, « Comment braquer une banque sans perdre son dentier » (Je l’ai lu et le conseille fortement, c’est jubilatoire, fluide et rafraîchissant). Elle lit quelques chapitres, avant de s’endormir un sourire aux lèvres.

    Le lendemain dimanche sous un beau soleil, la matinée s’écoule vite : passage au temple-église où les nains assistent à l’office protestant et Blanche-Neige à la messe catholique (à Heidelberg, pendant plus de deux siècles, l’église du Saint-Esprit était partagée avec une cloison qui permettait aux deux cultes d’être célébrés dans le même édifice), repas de midi frugal, Bouftou et Blanche-Neige préparent une tarte aux pralines, la dubéloire pour le café et la bouilloire pour le thé.
    Les invités arrivent avec une tarte au citron préparée par Caroline et ses grandes et une fois les présentations faites, comme il fait beau et doux, tout le monde s’installe en terrasse.
    Caroline, Mary et Carie s’enquièrent de la vie à la cour. La
     princesse rencarde :
    - Ma belle-doche est malheureusement du genre coincée du lasagnier, alors les fêtes et les bals sont quasi inexistants. Pour satisfaire sa pratique du culte de la personnalité, ses courtisans se conduisent en carpettes, toujours l’échine courbée en vomissant leurs compliments à son passage. Tout ceci n’est guère folichon et ne risque pas d’évoluer car la régence doit perdurer, jusqu’à mon mariage. Les prétendants sont plus rares que les pourliches d’un écossais et ils sont le plus souvent éconduits par les gardes, aux postes frontières du royaume.

    - T’inquiète, ma belle ! lui déclare Caroline, nous allons tâcher moyen de t’apporter quelques distractions.

    Pendant que nos minettes taillent le bout de gras, les mectons se sont mis en bras de chemise et manière de se démangogner un tant soit peu les agotiaux, ils se mettent de collagne, en quadrettes et rejoignent le clos pour faire une longue, c’est-à-dire une partie de boules appelée aussi « la lyonnaise ».
    Dans la première équipe, Cosinus et Dynamite sont les tireurs et Bouftou et Rêveur les pointeurs ; l’autre quadrette compte Charles et Hercule comme tireurs et Grisbi et Dandy pour pointer.
    - Vous allez prendre une fanny, déclare Charles à Cosinus qui répond en riant que c’n’est pas demain la veille avec Dynamite qui queute ses carreaux secs et Bouftou qui fait surtout des brochets au lieu de biberons.

    - Si je ne tète pas le but, c’est à cause que ma boule, elle a heurté un gratton, rétorque Bouftou, et vous allez y voir que tantôt nos tireurs vont réussir leurs bauches.

    La partie se déroule avec de nombreuses fausses altercations et de franches rigolades dès que Dandy pointe en premier après avoir lancé le cochonnet et réalisé un museau contre le petit.

    Le soleil commence à décliner vers l’horizon lorsque Caroline déclare :
    - C’n’est pas tout ça, mais il se fait tard et nous devons prendre du souci. Demain c’est école et fête à bras. Leurs aminches s’étant retirés, la princesse et ses hôtes rentrent à l’intérieur. Rêveur la mine soucieuse jabille.

    Fin de l’épisode, à suivre...

    Que dégoise Rêveur ?
    Réponse A – Je crois bien que nous n’avons plus de cacahouètes pour l’apéro.  Réponse B – Je serais d’avis d’installer des barbelés et de mettre la mitrailleuse en batterie pour que la princesse puisse se défendre en notre absence. 
    Réponse C – Franchement, si Charles a marqué le dernier point aux boules, c’est parce qu’il a mordu la ligne après avoir pris son élan ; Je déclare la partie nulle.
    Réponse D – Après souper, je suggère que nous mettions au point une stratégie pour la protection de Blanche-Neige.

    Glossaire:
    Se mettre en sale  : dans les autrefois, la semaine les gens s’habillaient en tenue de travail et donc en parler lyonnais se mettre en sale par opposition à se mettre en dimanche, consiste à s’habiller sans craindre de se tacher.
    Rallèger : revenir, rentrer chez soi.
    La
     bouffe à la galetouse : manger sur son lieu de travail, vient de l’époque où les salariés amenaient à l’usine leur gamelle pour la pause de midi.
    Cambuse : contrairement à l’argot qui lui donne une connotation négative, en parler lyonnais c’est un appartement ou une maison classique.
    Se faire suer le burnous :comme pour mouiller sa liquette ou sa chemise, c’est travailler dur.
    Vivre à la colle : être en couple sans être marié.
    Pisseuse : désolé mais ça se dit en parlant d’une petite fille, je n’ignore pas le caractère sexiste du terme car rien ne prouve qu'une minette fait plus pipi qu'un gone, mais il est utilisé sans méchanceté.
    Pisse-trois-goutte, se dit d’une petite fille qui a la bougeotte.
    Marner ou bosser, terme générique pour travailler.
    Bannes, toiles, torchons désignent les draps.
    Retourner au charbon : reprendre le travail après une pause.
    Dubélloire : cafetière traditionnelle lyonnaise en grès ou en faïence qui fait partie du décor des loges de concierges, inventée par Dubelloy, neveu d’un archevêque parisien.
    Lasagnier, comme morlingue c'est un porte-monnaie, en être coincé c’est être radin.
    Tailler le bout de gras : discuter, bavarder.
    Se démangogner les agotiaux : en parler lyonnais c'est remuer les bras en tous sens pour s’assouplir, c'est aussi la brasse en natation. 
    Se mettre de collagne : toujours en lyonnais, c'est se réunir par affinité.

    Nous voilà dans le vocabulaire du jeu de boules lyonnais.
    La lyonnaise appelée aussi la longue obéit à des règles très précises que je vous expliquerai un jour. Pour l’instant voici quelques explications : queuter ses carreaux secs, pour le tireur, c’est manquer de toucher la boule adverse en se mettant à sa place. Faire un brochet la boule du tireur atterrit loin de  l’objet visé. Un biberon c’est quand la boule colle contre le but, c’est aussi téter le but ou réussir un museau contre le petit. Heurter un gratton : la boule est déviée par un petit caillou. Réussir une bauche, la boule frappe et se met à la place de celle éjectée.

    Prendre du souci : rentrer à la maison.
    Fête à bras :reprendre le travail.
            

     


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  • Un imbécile qui se tait n’est pas très différent d’un intellectuel qui ne dit rien.
    Jean-Marie Gourio « Brèves de comptoir »

    Où la princesse et les rase-moquettes décident de cohabiter sans qu’elle soit la boniche. (Ce n’est pas que je sois contre la version originale qui reflète les mœurs de l’époque, mais je ne veux pas me mettre mal avec les féministes, et puis nous sommes au vingt et unième siècle que diable !)        

    Pour les ceusses qui chipotent et pensent qu’on leur joue du pipeau, voici ce que les nains avaient déclaré à Blanche-Neige dans la version originale : 
    - Si tu veux t'occuper de notre ménage, faire à manger, faire les lits, laver, coudre et tricoter, si tu tiens tout en ordre et en propreté, tu pourras rester avec nous et tu ne manqueras de rien.      
    - D'accord, d'accord de tout mon cœur, dit Blanche-Neige. Et elle resta auprès d'eux. Elle s'occupa de la maison. Le matin, les nains partaient pour la montagne où ils arrachaient le fer et l'or ; le soir, ils s'en revenaient et il fallait que leur repas fût prêt.

    A l’époque des frères Grimm, les jeunes filles étaient éduquées pour tenir la maison et elles étaient interdites d’études supérieures. Vous pensez bien que si j’écrivais cela aujourd’hui, je me ferais laminer, huer, griffer ; Femme Actuelle écrirait un article en me déclarant grand prêtre de l’inquisition, roi du machisme éculé (et je reste correct), chantre de l’évêque Cauchon qui a œuvré pour que Jeanne d’Arc redevienne une femme au foyer. Bref, ce serait un tollé général.         
    Que mes lectrices (que j’embrasse) se rassurent, notre Blanche-Neige n’est pas une oie blanche, ni une dévergondée, mais une jeunesse de notre temps, bien dans ses baskets. Reprenons notre histoire.    

    Cosinus a lui-aussi entendu de petits ronflements venant de l’étage ; Il  jaspine :       - M’est avis qu’il s’agit plutôt d’un ronronnement de minette ; laissons pioncer celle qui nous a chiadé cette succulente soupe aux choux. Il se fait tard et il nous faut éponger l’apéro ; commençons par  tortorer, nous aviserons ensuite de la conduite à tenir. 
    l'ntérieurT
    ous acquiescent. Ils récitent leurs grâces, car ils sont protestants, et posent leurs miches sur leurs chaises. Ils briffent une bonne ventrée de soupe, un morceau de lard, se tartinent un chouia de fromage fort sur une belle tranche de pain et finissent leurs agapes avec un saladier de cerises burlat. Le silence n’est interrompu que par de grands slurps, le claquement des menteuses, et les petits ronronnements cadencés de la princesse.           
    Les gamelles vides, la brioche tendue à s’en péter la sous-ventrière, la ceinture décrantée, ils se sentent bien benaises. Chacun rote bruyamment ou pète pour les plus délicats ! Après avoir plié leurs opinels qu’ils mettent dans l’étui accroché à leurs falzars, ils placent leurs couverts dans le lave-vaisselle puis rangent leurs torche-babouines dans leurs casiers respectifs.
              
    - Allons z’enfants de la fratrie ! Jabille Cosinus qui a fait son service militaire dans le génie à Lille avec le caporal Rouget, un chanteur engagé, il convient à présent d’aller présenter
    nos hommages à la donzelle (il avait lu tout San Antonio qui, dans ce volume quatre disait : « ce qui me contrarie le plus, ce sont les ouatères de wagons de seconde classe, le poisson mal cuit, les jeunes filles de plus de quatre-vingt-dix-sept ans et les liaisons mal-t-à-propos » Un philosophe !).           

    Ils grimpent l’escadrin en rang d’oignons et arrivé sur le palier, Cosinus délourde doucement. Les prèsdusols s’encadrent dans l’entrée de la chambrette et arregardent Blanche-Neige. Rêveur qui connait lui, tout le répertoire de Fernandel, chantonne : - ♫ Elle est belle, elle est mignonne, ♫ c’est une bien jolie personne, ♫ avec son chignon qu’est toujours bien coiffé ... La princesse se désensommeille, s’étire gracieusement, entrouvrant ses mirettes. Elle zieute les nains et, surprise au déballage, sort de son sac Vuitton, sa poudre de riz pour son pifounet, puis son blush pour colorer ses joues. C’est vrai qu’elle est bien croquignolette la mominette.

    Les nains qui ont reçu une éducation puritaine, sont très vieille France et conventionnels ; aussi, ceux qui ont encore leur bitos sur le ciboulot, l’ôtent et tiennent leur galurin à la pogne. Cosinus commence par présenter ses potes à la gisquette qui cloque un bécot sur leur front en peau de fesse, ce qui les fait frétiller de contentement. Même Grisbi qui d’ordinaire n’apprécie guère les épanchements, en esquisse un sourire. Cosinus l’invite ensuite à les rejoindre au salon-bibliothèque. Hercule et Dandy approchent près de la cheminée un canapé Chesterfield biplace en cuir vert olive en invitant  la gosseline à prendre place. Dynamite ravive le feu qui couve, avec de nouvelles bûches. Bouftou installe sur la table basse quelques assiettes de bredeles (petits fours alsaciens à la cannelle et au citron en forme d’étoile, de demi-lune ou de bonhomme) de sa création ; il en avait appris la recette au cours d’un séminaire pâtisserie à Colmar. Dandy fait péter le bouchon d’un jéroboam de champ’ bien frais et assure le service.

    Blanche-Neige lève sa flute en disant : « prost ! », c’est-à-dire « santé ! » en langue germanique (nous sommes dans un conte allemand, ne l’oublions pas !). Après que chacun eut liché une première gorgée, Cosinus engage la conversation :        
    - Tout d’abord, nous te remercions pour avoir remis notre cambuse en état. Mais ne te berlure pas en pensant que nous sommes des cradingues. Dans notre village, il se passe toujours quelque chose, un peu comme aux Galeries Farfouillettes. Cette semaine, a été déclarée la « semaine crassouille » et demain, un jury de gais lurons devait décerner le premier prix à la casbah la plus dégueu. Nous allons donc déclarer forfait, mais ne te casse pas le bourrichon, ce n’est pas de ta faute ; tu n’étais pas au courant ! Parles-nous de toi. Qui es-tu ? Qu’est-ce qui t’a conduit jusque chez nozigues ?          

    Blanche-Neige dégoise alors ses tribulations et les intentions assassinesques de la Reine. Les nains assis en demi-cercle auprès d’elle, s’offusquent à l’esgourde de tant de noirceurs. Terminant son patrigot et pour ne pas les mettre en danger, elle rajoute que dès le lendemain, elle décarrera pour se trouver une nouvelle planque car elle ne veut pas que la Reine raboule en suif dans leur bastringue, détruisant leur bicoque et les jetant dans les oubliettes de son château. Sur ses dernières déclarations, des murmures de réprobation fusent.

    Cosinus réclame le silence et débagoule :          
    -
    Il n’est pas question que tu gicles de notre cambuse pour notre sécurité. Si tu as posé tes valoches chez nous, c’est que tel est notre destin et nous t’offrons assistance et protection. Laissons le sablier du temps faire son œuvre (elle n’est pas belle cette métaphore ? un chouia de poésie, ça vous chanstique un dur à cuire en pierrot lunaire) ; dans quelques temps, la vieille mégère finira par t’oublier, mais pour l’heure, accepte notre hospitalité. Nous n’avons dans le coinsto que des potes qui ne moufteront pas ; fais-nous confiance ! Mais il se fait tard, occupons-nous de ton couchage !         

    Toute la tribu des rase-bitume débaroule l’escadrin. Le débarras du rez-de-chaussée est nettoyé sommairement et quelques coups de marteaux et assemblage de planches plus tard, un lit à la taille de la princesse est improvisé. Dandy a cousu à la hâte une paire de draps et une couverture de laine. Tout ce petit monde souhaite la bonne nuit à la Gisquette et chacun part rouler sa viande dans les torchons.           

    Le lendemain matin elle se réveille un peu tourneboulée devant la tournure des événements, mais très vite son tempérament joyeux prend le dessus et c’est toute guillerette qu’elle rejoint Bouftou dans la cuisine, lequel est en locomotive… pardon, je voulais dire en train… de préparer le petit-déjeuner. A sa demande, elle opte pour un bon bol de chocolat chaud au lait bourru, comme ses hôtes. Elle lui prête la main pour installer la table, grille quelques tranches de pain au toasteur acheté en solde à Mammouth qui a tellement écrasé les prix, qu’il s’est fait écrasé lui aussi. C’est la deuxième disparition de ce grand mammifère dont Coluche a immortalisé l’épitaphe « Mamie écrase les prouts ! ». Après leur collation, les nains se rendent chez Brico-Merlin faire quelques emplettes.

    Elle profite de ce moment pour faire une petite trempette et se loque d’une salopette ‘’Esprit Overall’’ en jean bleu foncé, poches plaquées à l’italienne, avec revers à la hauteur des chevilles, d’un chemisier madras jaune-orange et dégradé de bleu, manches longues et poignets mousquetaire et se chausse de sneakers new Adidas blanches. Elle rajoute son serre-tête jaune-orangé, sa chaine et sa médaille de baptême qu’elle sort de sa boite à bijoux bien rangée dans son sac Vuitton.   

    Elle commence à préparer la bectance en épluchant les légumes et chantonne :     
    - Un jour mon prince viendra ! ♫ ♫ ♫   Mais intérieurement, elle soupire en songeant que tous les mectons du palais ne sont que des boutonneux qui n’ont pas inventé la poudre ni l’eau tiède. En plus, ils sont du genre craspec et ne connaissent la flotte que les jours de pluie, à Noël ou à Pâques. Ils ne lessivent leurs calcifs et leurs fumantes qu’une fois par mois et leur humour ne dépasse pas les blagues carambar. Bref, de quoi faire entrer au couvent la plus délurée des gueuses.  C’est alors qu’elle entend le bruit d’un véhicule.

    Fin de l’épisode... à suivre      

    Ki t’est-ce donc que vient ?    
    Réponse A - C’est samedi le jour des équevilles. Il s’agit tout simplement du passage de la voiture des poubelles.    
    Réponse B - C’est la bagnole du commissaire Labiture accompagné de son adjoint Poivrot-Dabor et de deux policiers. Muni d’un mandat de ramener, il vient chercher la princesse pour la livrer à la reine.    
    Réponse C - Les Rase-moquette rentrent de courses, le coffre plein de matos dégotté à Brico-Merlin le spécialiste du bricolage qui enchante.    
    Réponse D – C’est la guimbarde d’un théâtre ambulant venu annoncer par haut-parleur, la représentation de leur spectacle : « Pinocchio restera-t-il de bois face aux avances de Miss France ?»
     
     

    Glossaire :
    Chipoter – faire le difficile et aussi marchander : une petite nuance dans faire chipoti-chipota qui signifie être maniéré, précieux, minauder.  
    Jaspiner ou jabiller c’est parler.      
    Pioncer – une des quinze façons d’évoquer le dormeur, tout le monde connaît l’expression pioncer à l’hôtel du cul tourné pour dormir fâchés.  
    Chiader, accomplir parfaitement une tâche.  
    Briffer, tortorer c’est manger copieusement. 
    Menteuse : langue (tiens c’est féminin... Aïe ! Qui m’a frappé ?).
    Être ou se sentir benaise – en parler lyonnais, c’est la contraction de se sentir bien à l’aise, se dit surtout après un bon repas.   
    Torche croupion ou torche-cul désigne un mauvais journal et aussi la profession de foi déposée dans la boite au lettre par un candidat aux élections ; un torche-morve c’est un mouchoir, alors pour relever le niveau, j’ai décidé d’appeler une serviette de table un torche-babouines (essuie-lèvres) à noter que si limace au singulier est une chemise, limaces au pluriel, ce sont aussi les lèvres.
    L’escadrin, comme escalier, se dit au singulier quand il s’agit d’un ensemble de marches qui arrive sur un palier. S’il faut passer par plusieurs paliers, il faut dire les escaliers ou les escadrins (amis défenseurs de la langue française bonjour !). Surprise au déballage, se dit surtout d’une femme que l’on rencontre à son lever (en tout bien tout honneur) avant le passage à la case coiffure et maquillage.
    Bitos, galurin ce sont des chapeaux, mais pas des casquettes !
    Ciboulot c’est la tête et surtout le haut du crâne.
    Se berlurer, se tromper lourdement.
    Se casser le bourrichon, c’est réfléchir intensément et se tourmenter tandis que se casser le cabochon, c’est réfléchir simplement parce que la bourriche relève de la tête d’un académicien et la caboche la tête du commun des mortels.
    Décarrer, partir d’un lieu et gicler partir vite, se sauver.
    Rabouler en suif c’est arriver très brutalement, en colère.
    Moufter, dénoncer.
    Rouler sa viande dans les torchons, aller se coucher.
    Prêter la main, en lyonnais c’est aider manuellement.
    Calcif, calbute ou calbar, c’est le caleçon ou caneçon en parler lyonnais.
    Équevilles ce sont les balayures, les ordures en parler lyonnais.

    L’argot comme les parler régionaux, est au français, ce que la garniture est à la choucroute. Ils rendent un texte encore plus plaisant et plus gouteux. Relisez cet épisode en y ajoutant les nuances du glossaire, vous y verrez, c’est plus joyeux et plus chantant.


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  • J'ai des envies de voyage. L'Océanie, Bora-Bora, les vahinés... Tu connais ? Pourquoi ? Tu veux m'emmener ?
    On n'emmène pas des saucisses quand on va à Francfort.
    T'aurais pu dire "Une rose quand on va sur la Loire". Question de termes
    André Pousse et Dany Carrel, Le pacha.

    Où nos amis les nains entrent en scène 

    J’entends déjà quelques pisse-vinaigre qui ricanent en disant :
    - Il nous bourre le mou. La princesse s’est mise aux fourneaux à dix-huit heures…  il lui a bien fallu deux heures pour préparer la bectance… tu rajoutes le souper et la lecture de Mademoiselle… Ça fait bien tard pour rentrer du boulot, même avec les embouteillages ! Combien t’est-ce d’heures qu’ils grattent les petits z’hommes ? C’est du grand n’importe quoi !  
    A ceux-ci, je réponds par un silence attristé et comme le disait le capitaine Haddock : - Que les espèces d’analphabètes diplômés, de Cyrano à quatre pattes et de bougres d’extraits de cornichons se taisent.
    C'est vrai quoi ! S’il fallait relever toutes les incohérences des contes, fables et récits fabuleux, quand est-ce que les humains trouveraient-ils le temps de rêver ?
    Alors oui, bien sûr je confirme qu’il est tard et je précise qu’il se fait dans les vingt et une plombes à la dégoulinante de la bastoche, seulement, il y a une explication ; alors ne soyons pas impatients et laissons-nous bercer par la magie du moment, rangeons notre feuille d’impôts au fond du tiroir, oublions les désagréments de la journée, rajoutons un coussin ou deux pour être confortablement installé dans notre fauteuil préféré et sans plus attendre, savourons la suite…

    Nous sommes vendredi et comme il se doit, pour fêter la fin de la semaine de turbin, nos travailleurs ont coutume de se rendre chez Tante Yette, une bistrote qui tient un petit caboulot au bord de la rivière qui serpente non loin  de leur mine. Le troquet est réputé pour son accueil. Tante Yette est une femme accorte qui avait été hôtesse d’accueil chez madame Glaude, une maison réputée du quartier de St Germain des prés. Après avoir pris sa retraite et avec ses éconocroques, elle avait casqué ce petit estaminet où elle régale les michetons avec ses spécialités de poissons : perche, sandre, brochet… C’est aussi l’endroit où le soir quand il fait beau, à l’heure de l’apéro, les habitués savourent leur pastaga sous la tonnelle. Et ce jour-là, après s’être mouillé la meule, nos amis rentrent à la maison à pinces, le piochon sur l’épaule, en chantant, car vu qu’ils sont un peu chauds de la cafetière, ils ont laissé leur bagnole chez Yette. En arrivant, ils déposent leurs outils dans le cabanon et après avoir tiré la chevillette de la porte d’entrée, la bobinette cherre et la porte s’ouvre. Ils entrent et s’interloquent de conserve en s’entrechoquant dans l’entrée, les uns sur les autres.
    Le premier qui cause, c’est Roger la science dit Cosinus, le chef de la bande.

    Vous y savez comme moi, dans une bande il y a toujours un chef car force est de constater, que depuis la nuit des temps… et même le jour…, dès lors que des michtons se regroupent, il y a toujours un mec à la redresse qui est  légitimé par ses potes, ou bien qui s’autoproclame (parce que c’est lui qui pisse le plus loin) sans que personne ne moufte. Chez nos amis, le leader s’est révélé naturellement puisque Cosinus est aussi le proprio de la mine. Le petit groupe comme nous l’allons voir, forme un petit microcosme de personnalités marquées et attachantes. Faisons les présentations.
    Cosinus se distingue de ses autres compagnons parce qu’il porte une paire de lorgnons demi-lunes qui accentuent son côté intello. Son visage rond et poupin est éclairé d’un sourire bienveillant. Son front dégarni précède une chevelure argentée longue et enserrée en queue de cheval qui affleure ses épaules. Ses moustaches à la gauloise sont bien taillées. Il porte une chemise unie bleue, un gilet à poches assorti, un jean noir et une paire de boots noirs. Avec ses poteaux, il a monté une société coopérative et participative de production. Tout baigne entre eux, les décisions sont collégiales et personne ne tire au flanc en se mettant au caduche pour émarger à la sécu à la première égratignure. 

    A sa droite, se tient Jules le mastard dit Hercule. Crâne chauve, moustaches façon cosaque, genre Tarass Boulba, yeux clairs et perçants. Il porte une chemise sans manches à carreaux, largement échancrée sous un gilet de cuir à demi fermé par un lacet, laissant apparaître une musculature impressionnante, un jean bleu nuit et une paire de Santiags. De descendance Celte, il avait été champion du monde catégorie poids mouche dans le lancer de troncs d’arbres, sport traditionnel écossais des Highland Games. C’est lors d’une compétition qu’il avait rencontré Cosinus quand celui-ci bossait pour une boîte qui faisait partie des sponsors, la société TBM « Trucs Bidules et Machins »
    Voici brièvement la genèse du pourquoi du comment de la mine.

    Concepteur en robotique, Ingénieur à Grenoble et maître de conférence en philosophie appliquée à prendre la vie du bon côté, Cosinus avait fait fortune et obtenu le premier prix de la bureaucratie reconnaissante pour avoir créée une puce électronique qu’il avait baptisée « terminalheur », laquelle, implantée dans une horloge déclenchait à l’heure programmée, une sonnerie de clairon militaire. L’ensemble des cabinets ministériels par le truchement des syndicats de la fonction publique en avait fait l’acquisition car cela permettait, en se déclenchant cinq minutes avant la fin du service, de réveiller le technocrasse assoupi sur son dossier pour qu’il quitte son poste bien à l’heure. Cosinus décida alors d’investir son blé dans l’achat d’une mine. Il lui fallait recruter une équipe pour son exploitation et Hercule qu'il avait sponsorisé par le passé fut le premier à accepter.

    À la gauche de Cosinus nous apercevons Paul la tremblote (affublé d’un léger tremblement de la paluche gauche, son toubib lui a conseillé de ne pas sucrer les fraises) dit Dynamite : les sourcils froncés, ses cheveux ondulés châtains clairs, mi- longs à hauteur de ses épaules encadrent un visage glabre et taillé à la serpe. Il porte sur un marcel blanc, une veste et un pantalon de treillis kaki. Son large ceinturon est aussi une cartouchière où il range ses petits bâtons d’explosifs. Il est chaussé de rangers en cuir avec lacets et boucles qui lui enserrent bien les chevilles. Il est considéré comme une pointure en explosifs car il avait, c’est le moins qu’on puisse dire, mouillé la chemise avec l’Irlandais Red Adair, en le secondant dans l’extinction des incendies de puits de pétrole. Il rentrait tout juste d’une mission africaine où la société de protection des pachydermes « Défense d’ivoire » l’avait embauché comme mercenaire pour éradiquer le braconnage. Les salaupiauds qui s’adonnaient au trafic de défenses avaient vite abandonné leur turbin car Dynamite faisait non seulement peter dans de gigantesques feux d’artifice leur arsenal, mais aussi leurs véhicules et leurs campements. Plus d’un s’était retrouvé en slip et chaussettes, les cheveux cramés. La maffia avait collé un contrat sur sa tête et c'est pour se mettre au vert qu'il accepta de s’associer avec Cosinus.  

    Voici maintenant Pierrot belle gueule, dit Dandy : il avait été un peu décorateur, un peu styliste ; il dirigeait une équipe de couturiers qui grattaient au noir dans le quartier de Belleville. Quand la maison poulaga s’intéressa de trop près à son commerce, il prit une prudente retraite et intégra la joyeuse bande, en qualité de conseiller commercial car il a des aminches du côté d’Amsterdam. Il se distingue par sa tenue impeccable. Toujours tiré avec les quatre épingles, il porte un ensemble veste et pantalon en velours côtelé vert bouteille, bottines en cuir brun foncé. Mince, le dos droit, il a le visage impeccablement rasé avec une fine moustache à la Clark Gable, les yeux noirs et la chevelure gominée plaquée en arrière.    

    Lucien l’estome, dit Bouftou croque quelques grattons qu’il a ramené du bistrot dans un cornet en papier. C’est le cuistot de la troupe : le visage rougeaud et jovial, il a les cheveux coupés en brosse, rondouillard, il porte une chemise à rayures bleues et blanches (ça mincit dit-il !), un pantalon de serge gris à chevrons, tenu par une paire de bretelles, une veste de toile non boutonnée (trop difficile), et des bottillons de cuir. Cosinus avait fait sa connaissance à Bouffémont, un relai-château deux fourchettes au guide Michdepin où Lucien œuvrait en qualité d'aide-cuistot chef.  

    À ses côtés, Fred Boulier, le comptable, dit Grisbi est de corpulence moyenne, il porte un ensemble blazer bleu marine avec pantalon gris, une chemise bleue pastel et est chaussé d’une paire de boots. Ses cheveux longs et ondulés sont relevés en chignon. Il a toujours, coincé derrière l’oreille gauche, un petit crayon de papier et dans la poche de sa chemise, un petit calepin qui lui sert à noter les recettes et dépenses et les tarifs des produits et objets affichés en vitrines pour faire jouer la concurrence. Sans l’aide d’une calculette il est capable de résoudre des opérations très complexes. Il a intégré l’équipe sous une nouvelle identité, dans le cadre d’une intervention des services spéciaux de protection des témoins. On prétend qu’il serait à l’origine de l’arrestation de quelques parrains de la mafia en dévoilant leurs systèmes de blanchiment d’argent ; lui aussi fait l’objet de plusieurs « contrats ».

    Jeannot l’artiste, dit Rêveur, termine notre panel de gais lurons. Il a été recueilli par Cosinus un soir de Noël, alors qu’il était en train de se geler les arpions sous la maigre protection de quelques cartons, après qu’il eut brûlé sa dernière allumette. Ami des animaux, musicien, et capable de reconnaitre toutes les plantes, il n’avait aucune notion de l’argent et ne se souciait pas des biens matériels. Il était donc exploité par ceux qui abusaient de sa naïveté et le faisait gratter pour des clopinettes. Il se retrouvait ce jour-là sans domicile, incapable de payer un loyer. Cette année, l’hiver était aussi rude et sec que le cœur des habitants de la bourgade où il avait exécuté un petit travail ; il aurait pu calancher et plier son pébroque sans l’intervention de Cosinus.
    Pour la petite histoire, le village s’appelle Hamelin. Le conseil municipal lui avait promis une valoche de pascals s’il parvenait à évacuer les rats qui envahissaient la ville. Il s’était acquitté de sa tâche en attirant les bestioles au son de son harmonica. Il les entraîna hors du bourg où il les fit patienter en leur promettant de revenir. Lorsqu'il retourna à la mairie et voulut passer à la caisse, en guise de pascals, il ne reçut que quelques fifrelins. Quelques jours plus tard, lassés d’attendre, les rats revinrent à Hamelin et se tapèrent la cloche en boulottant le contenu de toutes les caves et greniers.
    Rêveur fut tout de suite accueilli et adopté par ses six autres camarades. Comme tout un chacun, il bosse à la mine et s’est spécialisé dans la confection de potions, remèdes divers, boissons revigorantes et herbes aromatiques. Il est en quelque sorte le soigneur de la troupe. Peu soucieux de son apparence, souvent mal sapé et mal coiffé, Dandy veille à parfaire ses tenues. De son côté, Bouftou qui apprécie ses talents dans la cueillette et le bon usage des herbes est aussi son protecteur et son ami qui le prend fréquemment comme assistant dans sa cuisine.

    Les présentations étant faites poursuivons. De l’étage, leur parvient le faible ronflement d’une personne endormie lorsque Cosinus prend la parole. 
    Quoi t-est-ce donc qu'il propose ?
     

    Fin de l'épisode, à suivre...

    Blanche Neige - épisode 6 - Faisons les présentations

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    Réponse A - Ce ne sont pas des grognements de bête fauve, laissons se reposer la personne qui nous a concocté ce repas, on avisera ensuite !
    Réponse B - Sortez l'artillerie, on va grimper façon GIGN et jeter l'individu dehors.
    Réponse C - Qui est le farfelu qu'a embauché des extras pour nous faire passer le message subliminal que l'ami Bouftou n'est pas à la hauteur ! il ne s'agit pas de sa taille, mais de sa compétence.
    Réponse D - C'est peut-être un piège. Dynamite, entre et vérifie s'il n'y a pas de bombe planquée ! Rêveur, prend un échantillon de soupe et assure-toi qu'elle n'est pas empoisonnée ! Les autres tous dehors avec moi, nous allons sécuriser le terrain !
     

    Glossaire  

    Pisse-vinaigre - comme les fesses-tristes, ce sont des casseurs d'ambiance toujours prêts à la critique négative.
    Micheton - il s'agit tout d'abord du client d'une prostituée et par extension, c'est un client ordinaire, simple et sans malice. 
    Se mouiller la meule - s'abreuver, boire beaucoup ; nous avons ici un paradoxe car meule est pris dans le sens de gosier alors qu'en argot, utilisé seul, meule désigne soit les fesses, soit une mobylette.
    Mec à la redresse - celui qui commande et qu'on écoute. Un vrai chef, pas un chefaillon.  
    Ça baigne, tout baigne - sous-entendu dans l'huile, le beurre ou la margarine, pas dans l'eau ; autrement dit il s'agit de lubrification pour dire que tout fonctionne bien et qu'il n'y a pas de friction.
    Se mettre au caduche - c'est tirer au flanc, faire semblant d'être malade ; s'emploie dans le monde du travail pour celui qui par fainéantise feint la maladie, va voir son toubib et se met à la sécu.
    Gratter - comme bosser, turbiner, trimer... c'est travailler dur : il existe une centaine d'expressions qui précisent "la qualité" du travail ; par exemple, celui qui travaille au noir et utilise le matériel de son patron, il perruque.
    La maison poulaga - ou maison : j'tarquepince, poulman, bourreman, parapluie, relève du commissariat de police. La grande Maison c'est la préfecture.
    Se geler les arpions - la sensation de grand froid, se fait sentir quand on se gèle les doigts de pieds. 
    Une valoche de pascals - une valise de billets de banque, le pascal valait cinq cent francs, aujourd'hui ce serait des billets de cent euros, mais il n'y a pas notre Pascal. Se taper la cloche - c'est faire bombance.
       


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