• Dans une guerre, c’est toujours l’adversaire qui commence !
    Francis Blanche
     
    Où ce conte pourrait bien tourner au film d’horreur !   

    La reine ordonne à Gino, son larbin en chef : T’as cinq broquilles pour que Marcel le garde-chasse ramène sa viande dans ma carrée sinon c’est toi qui le remplacera.
    Précisons que Marcel était eunuque. Il avait été l’amant de la Reine avant qu’elle ne lui fît couper les choses de la vie après l’avoir chopé en train de folâtrer avec Lady Chatterley, laquelle, avouons-le sans euphémisme, était quelque peu dévergondée. Il ne lui suffisait pas d’être à la colle avec le jardinier du palais, elle fricotait en interpellant tous les mectons qu’elle avait à la bonne et leur demandait de l’accompagner dans les bosquets pour lui faire voir la feuille à l’envers (c’est beau comme image, je la tiens de papa, une périphrase très champêtre). Vous l’avez compris c’était une vraie nymphomane.
    Gino qui tient à ses attributs comme le buvanvin tient à son litron de picrate (généralement un Cep Vermeil, un gros rouge qui tache aussi gouleyant et délicat qu’un mélange de pétrole brut et d’acide sulfurique), fait fissa pour dégoter Marcel. Il trouve celui-ci en train de faire ses vocalises car il s’est recyclé dans le chant lyrique puisque sa voix était le seul instrument dont il puisse encore jouer.

    - Sympa tes vocalises, lui dit Gino ! Désolé de t’interrompre, mais la mauvaise te demande de ralléger presto.

    Gino entretient des relations très amicales avec Marcel, c’est pourquoi il n’hésite pas à affubler la reine de sobriquets désobligeants sans crainte que ses paroles soient répétées. Nul n’ignore que dans ce château, la délation est monnaie courante et gare au malheureux qui est dénoncé pour avoir dégoisé en mal sur la mégère. Il risque la pire des punitions qui consiste à écouter en boucle, pendant deux heures, la dernière chanson du barde, auteur compositeur et chantre officiel du palais, Tony Siro : « Ma reine est là ».

    Marcel remercie et se pointe illico dans le burlingue de la Reine Mère qui l’affranchit, séance tenante, sur ses perfides intentions :
    - Gicle sans trainailler vers Blanche Neige. Déballe lui des salades comme quoi un lapin s’est pris la patte dans un piège à loup ou alors que le loup est en train de chercher des crosses à un agnelet qui va se désaltérant dans le courant de l’onde pure qui coule au pied de la fontaine. Vu qu’elle fait partie de la S.P.B.I.F.L.F. (Société Protectrice des Bestioles Issues des Fables de La Fontaine), elle va se laisser berlurer et te filer le train. Une fois dans la forêt, avec ton surin, tu n’auras plus qu’à lui trancher le corgnolon. A ton retour, raboule-moi ses poumons, son foie, sa rate et son cœur encore chauds. Je les donnerai à briffer à mes clébards. A moins que je ne les serve en fressure (pour les ceusses que sont de fins gastronomes, je conseille la fressure de porc à la vendéenne où les abats sont préparés en civet avec le sang et les couennes de l’animal) et en brochettes à la garden-party que le comité des fêtes organise samedi prochain pour fêter mon retour. Ce sera bonnard car je participerai ainsi gratos aux frais.
    - Banco ma reine, déglutit l’eunuque d’une voix de fausset.
    Connaissant les habitudes de la gisquette, il la rejoint et s’assoit à ses côtés sur le banc du jardin qui borde ses appartements ; elle est en train de lire le dernier roman de Barbara Cartland « Un si gros mensonge », lecture prémonitoire, n’est-il pas ! Marcel dégoise son baratin à la michetonne qui lui file le derche sans rouscailler. Elle n’a aucune raison de se garder à carreau vis-à-vis du garde-chasse qui lui a servi de précepteur quand elle était devenue orpheline. Toutefois, elle ne part pas sans biscuit. Elle rajoute dans son sac Vuitton qui ne la quitte jamais, une boite de pansements, un flacon de mercurochrome et divers objets de première nécessité, mascara, rose à joue, rouge à lèvre, flacon de patchouli... c’est-à-dire un inventaire à la Prévert que les machos et les aigris qualifient de futilités.

    Le ciel est limpide. Un doux soleil en ce début d’été éclaire la prairie. Les oiseaux gazouillent, s’interpellant de branche en branche. A l’orée du bois, les champs sont couverts de boutons d’or, de pâquerettes et de coquelicots. Blanche neige se dit qu’elle composera à son retour un bouquet champêtre pour sa belle-doche la reine. Ce qui prouve bien qu’elle est sans méfiance. Mais, terminons avec cette partie bucolique, rangeons nos violons et retournons à notre histoire.

    Nos deux personnages se pointent à l’entrée de la forêt, Marcel est suivi de la minette qui pousse sa goualante, « Un jour mon prince viendra… », une ritournelle qu’elle a entendue dans la dégoulinante d’un film des studios Disney. La piailleuse lui brise les portugaises avec sa voix pointue et ça lui perturbe les neurones, l’empêchant de se concentrer sur la façon dont il devra suriner la gueuse. L’occase se présente lorsqu’ils arrivent au bord de la rivière où les attend un spectacle bien choupinet. Un agnelet liche paisiblement la baille à côté de son copain le loup qui se tape un pan bagnat (oignon, radis, tomate, anchois, thon, poivre, ail, basilic, olive, œuf, sel) car il est allergique à la viande rouge. Un peu plus loin, un lapin fait la coursette avec une tortue et une cigale gratte sa guimauve au bal des fourmis.

    Je suis ravie de zyeuter que tout baigne icigo dit en souriant la princesse en sortant le panier pique-nique de son sac Vuitton et en rajoutant à l’attention de Marcel :

    Blanche Neige - 2ème épisode - Marcel le garde-chasse Reposons-nous un moment, reprenons des forces. J’ai apporté quelques tartines de Nutella, de la marmelade pommes coings aux quatre-épices et un thermos de thé glacé à la pèche blanche. En areluquant la mine déconfite du bonhomme, notre jouvencelle sourit  et précise :  qte marpaille pas la comprenette, j’ai aussi pour toi un sandwich au sauciflard, un calandos bien coulant et un kil de rouquin. Pendant que j’installe la bectance sur la nappe à carreaux rouges et blancs (ça rappelle les premiers congés payés de 1936 avec la très belle photo de Doisneau du déjeuner sur l’herbe qui était une pub pour Renault), va  mettre le litron au frais dans la vase, puis fais un petit viron dans les alentours pour vérifier que rien ne cloche et prévient les fourmis qu’elles ne viennent pas nous les briser en s’invitant gratos au frichti ! 
    Marcel feint de s’exécuter mais il revient en loucedé sur la pointe des ripatons. Sans plus attendre, il sort l’eustache de son étui en s’approchant de la princesse qui lui tourne le dos, penchée sur son panier occupée à préparer le pique-nique.


    Mille sabords ! Serait-ce le commencement de la fin au dénouement tragique ! Que va-t-il advenir de la pauvrette ?
     
    Réponse A : Marcel obéit à la reine et commet son horrible forfait en tranchant le corgnolon de la minette 
    Réponse B : Il va d’abord casser la croûte avant de prendre Blanche-neige en otage pour obtenir une rançon.
    Réponse C : Trop sensible, il va tout raconter à la princesse et lui laisser la vie sauve.
    Réponse D : Capturant la princesse, il va la vendre comme favorite au calife Haroun El Poussah et partager les gains avec le grand vizir Iznogoud son complice.

    Le suspense est trop insoutenable, je sais pas si je pourrais vous raconter la suite. On est pas sorti de l’auberge, faut que je me requinque. Je vous laisse, je vais me préparer une salade de clapotons, une andouillette beaujolaise et tirer un pot de Brouilly de ma cenpote.

    Glossaire :

    Tony Siro : « Ma reine est là » celle ou celui qui trouvera le nom du chanteur et le titre de la chanson gagnera le droit de rejouer au prochain épisode.
    Briser les portugaises : casser les oreilles
    Gratter sa guimauve : jouer de la guitare
    Kil de rouquin : c’est quasi un pléonasme car un kil ou kilbus est toujours une bouteille d’un litre de vin rouge et rouquin est à la fois le sang et le vin rouge.La vase : comme la baille, la flotte, c’est de l’eau qui plus est, claire et même potable, mais les affranchis et aussi Gnafron se méfient de ce liquide plus dangereux pour la santé que le vin. D’où cette comparaison avec la vraie vase.
    Se marpailler la comprenette : être contrarié

    Nota benêt : je suis disponible pour toute précision sur un terme ou une expression argotique qui vous semblerait peu claire ; mettez un petit commentaire et j’y répondrais.


    votre commentaire
  • Entre deux épisodes historiques, à la demande de mon lectorat qui souhaite retrouver ma truculence, je renoue avec la tradition des contes loufoques revisités dans la langue de mes maîtres Audiard, Dard, Grancher, Dac...

    J’ai compris que le Père Noël n’existait pas quand j’avais cinq ans. Je suis entrée dans un grand magasin et il m’a demandé un autographe. »
    Shirley Temple

    Où la Reine se montre d’entrée un tantinet égocentrique !

    Il était une fois, une reine teigneuse et jalmince, une princesse un brin nunuche en apparence et qui aurait pu être prem’s à l’élection de miss Contes de fées, un prince qui ne pointera ses biscottos qu’à la fin de l’histoire comme la cavalerie dans les vieux westerns pas encore spaghettis, sept rase-moquettes qui bricolent dans les diams, et enfin une tripotée de seconds couteaux tous plus croquignolets les z’uns que les z’autres... Pour la compréhension du texte, j’écris même les liaisons ; vous dire si j’ai de la conscience professionnelle ! Et je le précise pour le cas où un pingouin y s’aviserait de faire des remarques sur mes fautes d’orthographe. Enfin brèfle comme le disait Denis Papin, pas le footballeur, l’inventeur de la bouilloire électrique, commençons …

    Par une belle matinée d’été (j’aurais pu écrire de printemps, d’automne ou d’hiver, mais une belle matinée, c’est tout de même plus sympa en été), sur le tarmac de l’aéroport de Saint-Exupéry, que les Lyonnais des autrefois appelaient Satolas, l’escalier mobile est plaqué contre la porte de sortie d’un coucou qui s’ouvre, déversant son flot de passagers pas mécontents de retrouver le plancher des vaches. Parmi eux, reconnaissable à sa mine renfrognée, figure la Reine de notre royaume imaginaire. Pendant l’atterrissage, elle était restée collée à son fauteuil en serrant les miches jusqu’à temps que l’avion marque l’arrêt définitif et que le commandant de bord coupe les gaz de l’appareil. Soulagée, elle décompresse et comme de son côté elle n’a pas coupé ses gaz, elle se laisse aller en se fendant d’un rot aussi discret qu’un évier qu’on débouche, tout en ronchonnant :
         - J’aurais jamais du boire cette saloperie de mousseux ! C’est sûr que quand tu choisis un « Low-cost », la compagnie ne va pas s’allonger d’une coupe de roteuse de Don Pérignon ! Et qu’est-ce qu’ils ont tous ces locdus à applaudir à la fin du voyage ? Entre les trous d’air, le siège rembourré aux coquilles de noix, l’hôtesse qui n’a même pas pris soin de s’épiler la moustache et mon voisin de devant qui ronflait comme un élevage de gorets, manquerait plus qu’on se crashe à l’arrivée ! Si j’ai encore des aigreurs demain, je me fais rembourser mon biffeton de troisième classe !

    Elle avait quitté son château quelques semaines plus tôt pour se rendre au Brésil ousseque les chirurgiens esthétiques sont, paraît-il, de véritables pointures. Soucieuse de son apparence, c'était la période de son ravalement de façade annuel, aussi avait-elle pris le forfait entretien, pièces et main d’œuvre inclus, avec retouches de carrosserie et elle avait hâte de juger des résultats. Elle grimpe dans une brouette en demandant au chauffeur de taxi de faire fissa. Celui-ci voyant la tronche de carême de la mégère, ne se le fait pas dire deux fois et il roule sans moufter. A l’arrivée, elle refile au taxi les dix sacs de la course sans lâcher le moindre pourliche vu qu’elle est constipée du morlingue. 
    Elle donne quelques ordres à deux ou trois loufiats obséquieux qui, au risque de choper une scoliose, lui font des courbettes à s’en lécher leurs propres pompes et elle s'enquille bien vite dans ses appartements en refermant la lourde après avoir demandé qu’on ne vienne pas la seriner et lui casser le bonnet avec des problèmes d’intendance. 

    Elle se déloque et enfile son maillot de bain deux pièces, motif panthère avec soutifs à balconnets qu’elle avait casqué en solde à la boutique ‘’Dessous chics pour mémères perlouzées’’, puis elle se pointe devant son miroir magique. Attention je t’explique ! Pas le miroir que tu trouves chez le premier blaireau venu dans le hall d’entrée, entre le chausse-pied à roulement à billes et le pébroque avec pommeau à tête de canard. Non ! L’ustensile est constitué d'un écran plat LED 4K, 121cm, full HD avec en plus, double arbre à came en tête et zygomatiques intégrés. Ce n’est pas de la quincaille assemblée chez les citrons asiatiques, mais du matos de premier choix. La reine choppe la télécommande qui remplace les baguettes magiques, lesquelles ne sont plus utilisées, sauf par quelques ringards lors de galas de bienfaisance organisés au profit de la sauvegarde d’espèces menacées comme celles placées dans les coffres planqués en Suisse. Elle presse la touche "on" et sur l'écran apparait Gaston, un génie de première classe qui se met à lui passer la brosse à reluire car lui aussi connait l'engeance. Gaston avait fait ses classes à l’école spécialisée du calife de Bagdad. Il avait obtenu son diplôme avec mention ‘’très bien’’ et une citation dans l’épreuve optionnelle des meilleurs cireurs de godasses. Il avait également reçu le premier prix de rapidité en s’enquillant en moins de cinq secondes dans une lampe à huile.

    Arrêtes tes charres, renaude la Reine. Soyes à ce que tu fais, reluques-moi et dis-moi : ne suis-je pas la plus chouquette du royaume ? 

    Gaston toussote et s’éclaircit le corgnolon avant de bavocher : ok ma poule ! T'as le nez façon Cléopâtre, les roploplos taillés à la Sophie Marceau. T'as plus les miches en gouttes d'huile et ton troisième lifting tient la route. Seulement il y a un blême car Blanche Neige, ta belle fille, est plus choucarde que Toi. 

    Comment ça ! éructe la reine, cette greluche qu'est toujours loquée façon première communiante qu'on dirait l’indéboulonnable  Chantal, la bourgeoise de Jean-Jacques, qui pousse sa goualante aux arbres de noël de l’Elysée depuis plus de vingt piges ! 

    Oui, mais elle n'a que dix huit balais, les nibards à la coque à l'amour, le dermuche qui ondule et qui attire la main de l'homme, et aussi un sourire à faire péter les boutons de braguette d'un puritain. Faut dire qu’en plus, elle n'a pas tes heures de vol.

    Ferme ton clapet, tu jactes que des âneries et tu me files les abeilles ! 

    La Reine en pétard enfonçe la touche "off" et juste avant que l'écran ne s'éteigne, le génie susurre : je ne mens jamais… 

    Pour ne pas péter les coutures de son lifting facial, elle se retient de pousser le cri qui tue, et se met à tourner en rond dans sa piaule en maugréant. De temps en temps elle jette quelques verres, vases et assiettes en arcopal par la fenêtre sous laquelle attendent les préposés à l’ire royale affublés de gros édredons en plumes d’oie. Ils couratent sur le gazon et mouillent la chemise en réceptionnant les objets jetés. Ben oui, les pauvres malheureux ! Leur mission consiste à ce qu’aucun élément de vaisselle ne casse car la patronne est tellement rapiate qu’elle retient le prix des ustensiles brisés sur leurs salaires, lesquels d’ailleurs sont tout aussi maigrichons qu’un mannequin anorexique.

    Epuisée par son manège et les soufflets en feu, elle se vautre dans un grand fauteuil empire pour calmer les battements de son palpitant en se disant : c’n’est pas cette chipette de Blanche neige qui va rouler des mécaniques. Je n’ai pas aligné trois briques aux toubibs brésiliens pour me faire gauler la place de prem’s au concours des plus beaux gigots du royaume. Je m’en vais te l’allumer, l’éparpiller façon puzzle, la zigouiller, l’écrabouiller …
    Elle gamberge ainsi quelques broquilles
    * jusqu’à ce qu’un sourire teigneux remplaçe sa moue de dépit. A force de se triturer les boyaux du cerveau, une loupiote s’est mise à clignoter dans son caberlot. Elle a muri sa rebiffe, se lève et appuye sur le bouton d’appel de l’interphone placé sur son burlingue.

    Que va décider la vieille peau ?

    Réponse A : Décider de faire assassiner Blanche Neige en appelant son exécuteur des hautes oeuvres
    Réponse B : Faire jouer la garantie et changer de miroir comprenant un nouveau génie qui serait plus à sa botte.
    Réponse C : Retourner au Brésil se faire rembourser parce que pour avoir claquer trois briques, le résultat laisse à désirer.
    Réponse D : Tout oublier en biberonnant un kil de beaujolpif.

    Vu le suspens insoutenable qui se dégage de ce premier épisode, je laisse au lecteur le soin d’aller boire une bière ou tout autre remontant, de faire quelques exercices de relaxation, de partager ses impressions avec sa compagne, ou son compagnon si le lecteur est une lectrice. 

    J’ai beaucoup aimé les feuilletons radiophoniques comme « Signé Furax » ou ceux que je lisais dans les journaux et les magazines. Alors, à mon tour de dire :

    Fin de l'épisode à Suivre

    Glossaire :
    broquilles : minutes – « il est trois plombes et quinze broquilles à la dégoulinante de la bastoche » : « il est trois heures et quinze minutes à la pendule du salon
    constipée du morlingue : radin
    faire murir sa rebiffe : préparer sa vengeance
    les soufflets : les poumons


    votre commentaire
  • Chronique de Maëlius fils de Junius et petit-fils de Fabullus le jeune

    C'est avec une grande tristesse que j'ai assisté à la fin de mon ami Chlodweg devenu le roi Clovis dans son dernier combat contre une vilaine maladie qui l'a fauché en trois semaines. Je viens de terminer son histoire pour qu'elle traverse les siècles à venir. Voici donc pour toi lecteur du futur une brève évocation de celui qui sera certainement glorifié comme un grand homme ayant marqué de son empreinte les royaumes de la Gaule gallo-romaine.
    Fait à paris le 29 novembre 511.

    À la mort de son père en 481, Clovis prend la tête du royaume franc salien et hérite d'un royaume qui correspond à peu près à la région de Tournai petite province située entre la Mer du Nord, l’Escaut et le Cambrésis, soit un territoire allant de Reims jusqu'à Amiens et Boulogne, à l'exception de la région de Soissons contrôlée par Syagrius. Rien ne le prédispose alors à supplanter ses rivaux, plus puissants. Nous allons voir que sa réussite incontestable sur le plan militaire doit évidemment à ses qualités personnelles du chef très rusé astutissimus mais au moins autant à l'expérience romaine de la guerre que les siens ont depuis longtemps acquise, à la discipline exigée de ses soldats, tout comme sa conversion au christianisme, et à travers celle-ci, son alliance avec les élites gallo-romaines. 

    Clovis s'efforce d'agrandir le territoire de son royaume. En 486 il s'allie d'abord aux Francs rhénans et de Cambrai dont leur roi Ragnacaire est un de ses parents. Pour cela, il contracte un mariage avec une princesse de la monarchie franque rhénane, dont naît un fils, Thierry. Cette union avec une épouse dite de « second rang », vue comme étant « gage de paix » (Friedelehe), assure la paix entre Francs rhénans et saliens et lui permet de tourner ses ambitions vers le sud.
    A la tête de seulement quelques milliers d'hommes, il conquiert les villes de Senlis, Beauvais et Paris dont il pille les alentours. Il livre la bataille de Soissons contre Syagrius et ainsi, en contrôlant le dernier fragment de l'Empire romain d'Occident, cette victoire permet au royaume de Clovis de contrôler tout le nord de la Gaule. Syagrius se réfugie chez les Wisigoths qui le livrent à Clovis l'année suivante. Le chef gallo-romain est discrètement égorgé. Nous vivons des temps très féroces où la clémence n’est pas de rigueur.

    Tenez, il faut que je vous raconte une anecdote ; après cette bataille, allant contre la loi militaire du partage, le roi, après avoir réuni le butin, demande à ses guerriers d'ajouter à sa part du butin un vase liturgique précieux pour le rendre à l'église de Reims, à la demande de Remi, évêque de cette dernière cité. Mais un guerrier s'y oppose en frappant le vase de sa hache. Clovis ne laisse pas transparaître ses émotions. Il récupère les morceaux qu’il donne à l'envoyé de Remi lequel fait fondre les morceaux pour fabriquer un encensoir et un calice. L'épilogue de l'histoire se produit en mars de l’année suivante où Clovis ordonne à son armée de se réunir au Champ-de-Mars pour, selon une pratique romaine, examiner si les armes sont propres et en bon état. Inspectant les soldats, il s'approche du guerrier qui avait frappé l'urne et sous prétexte que ses armes sont mal entretenues, il jette alors la hache du soldat à terre. Au moment où celui-ci se baisse pour la ramasser, Clovis abat sa hache sur la tête du malheureux. Le soldat tombe sans vie, et sur ordre de Clovis, l'armée doit se retirer en silence, laissant le corps exposé au public. 

    A l'inverse des Wisigoths, chrétiens mais ariens, qui tiennent l'Aquitaine d'une main de fer, et ne font aucun effort pour tenter un rapprochement avec les Gallo-romains chrétiens, Clovis ne s'impose pas aux Gallo-romains ; il poursuit la fusion des éléments germains et latins et en définitive il paraît un moins mauvais maître que la plupart des prétendants : au moins, auraient dit les Gallo-romains, est-il déjà passablement romanisé. Entre nous, il faut dire que dès le début de son règne, je lui avais procuré un conseiller gallo-romain de mes amis, Aurélianus. 
    En 491, il déclare la guerre aux Thuringiens, dans la région de Trèves et finit par les soumettre sans pour autant porter atteinte à la souveraineté de la Thuringe dont Basine, sa mère était originaire. Je vous précise ici que Rémi évêque de Reims qui cherchait la protection d'une autorité forte pour son peuple avait écrit à Clovis dès son avènement. Les contacts sont nombreux entre le roi et l'évêque, ce dernier incitant d'abord Clovis à protéger les Chrétiens présents sur son territoire. Grâce à son charisme et peut-être en raison de l'autorité dont lui-même jouit, Remi sait se faire respecter de Clovis et lui sert même de conseiller. C’est ainsi qu’à la suite d'ambassades répétées auprès du roi Gondebaud, Clovis choisit de prendre pour épouse Clotilde, une princesse chrétienne de haut lignage, fille du roi des Burgondes Chilpéric et de la reine Carétène. 

    Clovis et clothilde

    Le mariage a lieu à Soissons en 492 et concrétise le pacte de non-agression avec les rois burgondes. De plus, en choisissant une descendante du roi Athanaric de la dynastie des Balthes, Clovis se marie avec une épouse de premier rang qui lui assure un mariage hypergamique (d’un niveau plus élevé que le sien), lui permettant de hisser les Francs au rang de grande puissance.
    Dès lors, Clotilde fait tout pour convaincre son époux de se convertir au christianisme. Mais Clovis est réticent : il doute de l'existence d'un Dieu unique et la mort en bas âge de son premier fils baptisé, Ingomer, ne fait d'ailleurs qu'accentuer cette méfiance. Tout va cependant basculer en 496, à la bataille de Tolbiac (Zülpich  près de Cologne) contre les Alamans. Clovis ne sachant plus à quel dieu païen se vouer et son armée étant sur le point d'être vaincue, il prie alors le Christ et lui promet de se convertir si « Jésus que sa femme Clothilde proclame fils de Dieu vivant » lui accordait la victoire. Au cœur de la bataille, alors qu’il est encerclé et va être pris, le chef alaman est tué d'une flèche... ou d'un coup de hache, mais peut importe, cela met son armée en déroute. La victoire appartient donc à Clovis... et au dieu des chrétiens.

    Clovis baptemeFidèle à sa promesse, et parce qu’il a plus que tout besoin du soutien du clergé gallo-romain qui représente la population gauloise où les évêques jouent le premier rôle dans les cités depuis que se sont effacées les autorités civiles, et demeurent les réels maîtres des cadres du pouvoir antique en Gaule (c'est-à-dire également des zones où se concentrait encore la richesse) Clovis demande le baptême. C'est donc à Noël, le 25 décembre 496, que Clovis reçoit à Reims le baptême avec 3 000 guerriers. Rémi, l'évêque de Reims l’interpelle d’une voix éloquente en ces termes : « Courbe doucement la tête, ô fier Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ».
    Le baptême de Clovis accroît sans doute sa légitimité au sein de la population gallo-romaine, mais représente un pari dangereux : les Francs, comme les Germains, considèrent qu'un chef vaut par la protection que lui inspirent les dieux ; la conversion va à l'encontre de cela ; les Germains christianisés (Goths…) sont souvent ariens, car le roi y reste chef de l'Église.
    Clovis fait un pacte avec les Bretons et Armoricains de l'ouest. Comme le baptême était une condition de ce traité car les Bretons étaient déjà christianisés, ces derniers reconnaissent l'autorité de Clovis.

    En 499, il y a un souci avec les Burgondes ; Clovis s'est allié au roi burgonde de Genève, Goddégiste, qui veut s'emparer des territoires de son frère Gondebaud. Dans un premier temps, après la bataille de Dijon et sa victoire sur Gondebaud, Clovis contraint ce dernier à abandonner son royaume et à se réfugier en Avignon. Mais comme le roi wisigoth Alaric II se porte au secours de Gondebaud Clovis se décide à abandonner Goddégiste. Il se réconcilie avec Gondebaud et les deux rois signent un pacte d'alliance. Pour manifester l'équilibre de cette alliance, en 502, son fils Thierry épouse en secondes noces Suavgothe, fille de Sigismond, roi des Burgondes, dont il a une fille Theodechilde.

    En 507, un renversement d’alliances conduit à ce que l’empereur romain d’Orient empêche Théodoric, roi des Ostrogoths de secourir les Wisigoths. Clovis profite de l’occasion pour attaquer Alaric II qu’il tue en combat singulier à Vouillé près de Poitiers. La victoire acquise, il occupe toute l’Aquitaine jusqu’à Toulouse. Les Wisigoths se retirent en Hispanie. L’année suivante en 508, Clovis reçoit de l'empereur d'Orient Anastase Ier les « tablettes consulaires », ce qui le place au rang de patrice et consul honoraire. Il est salué comme « Auguste » au cours d'une cérémonie à Tours, marquant la continuation des bonnes relations avec l'Empire romain d’Orient dont Constantinople est la seule capitale. 

    Son pouvoir affermi, Clovis fait de Paris sa résidence principale ; l'ancienne Lutèce, qui porte désormais le nom de l'ancien peuple gaulois des Parisii accède au rang de capitale. Ses raisons sont principalement stratégiques car la cité at été une ville de garnison et une résidence impériale vers la fin de l'Empire. Elle bénéficie en outre de défenses naturelles et d'une bonne situation géographique protégée au sud par un rempart. En outre, un vaste et riche fisc (terre, forêt ou mine appartenant à la couronne) l'entoure. La ville de Lyon, ancienne « capitale des Gaules », perd définitivement sa suprématie politique dans l’isthme ouest-européen et Clovis est désormais le maître d'un unique royaume, correspondant à une portion occidentale de l'ancien Empire romain, allant de la moyenne vallée du Rhin, (l'embouchure du Rhin est toujours aux mains des tribus frisonnes) jusqu'aux Pyrénées, tenues par les Basques.
    Le royaume de Clovis ne comprend toutefois pas l'actuelle Bretagne, ni les régions méditerranéennes, ni les vallées du Rhône et de la Saône. Avec son installation à Paris, Clovis fait mettre par écrit et promulguer le premier pacte de loi salique (pactus legis salcæ) issue de larges emprunts au droit romain adapté à la tradition germanique. Il s'agit de substituer le droit romain aux coutumes barbares afin d'éviter les guerres privées (faides) comme moyen de règlement des conflits  et à la différence du droit romain, la loi salique se montre beaucoup plus clémente quant au traitement infligé aux criminels : diverses amendes régissent les crimes et délits, permettant ainsi d'éviter la peine de mort. La loi salique s'applique à tous les Francs. 

    J’ignore s’il sentait sa mort venir lorsqu’en juillet 511, Clovis réunit un concile des Gaules à Orléans, qui prend fin le dimanche 10 juillet avec sa désignation comme « Rex Gloriosissimus, fils de la Sainte Église catholique », à l’unanimité des trente-deux évêques présents. Ce concile est capital dans l'établissement des bonnes relations entre le roi qui ne se pose pas en chef de l’Église catholique et l’épiscopat remis en ordre pour faciliter la conversion et l’assimilation des Francs convertis et des ariens. Il limite les incestes (brisant ainsi la tradition germanique matriarcale des clans familiaux endogames), partage les tâches entre administration et Église, restaure les liens avec la papauté. Entre autre, il s'agit là d'endiguer les fuites fiscales que les vocations, motivées par l'immunité, provoquent chez les plus riches, le roi se voit attribuer le droit de désigner les évêques. la chasteté des clercs et la subordination des abbés  aux évêques sont rappelées, les clercs hérétiques ayant reconnu la foi catholique peuvent retrouver une fonction et les établissements religieux repris aux ariens sont consacrés dans la foi catholique. Le droit d'asile est élargi à l'ensemble des bâtiments entourant les églises pour permettre à un fugitif de trouver refuge dans les édifices sacrés, avec l'assurance de pouvoir y être logé convenablement, sans avoir à profaner les édifices. Les terres royales accordées à l'Église se voient exemptées d'impôt afin d'y entretenir les clercs, les pauvres et les prisonniers. Plusieurs superstitions, tel que les « sort des saints », coutume consistant à ouvrir au hasard les livres sacrés tel que la Bible et interpréter comme un oracle le texte apparaissant sous les yeux du lecteur, se voient condamnées une seconde fois, après le concile de Vanne de 465. 

    Clovis meurt à Paris le 27 novembre 511, âgé de 45 ans victime d'une affection aiguë qui le terrasse au bout de trois semaines. 

    Je vous laisse car je dois me préparer pour l’inhumation qui va avoir lieu dans la basilique des Saints-Apôtres (Saint-Pierre et Saint-Paul), dans le sacrarium, un mausolée qu’il avait fait construire sur le tombeau même de Sainte-Geneviève, la sainte tutélaire de la cité.

    A suivre

    En savoir plus sur http://http://www.fabulgone.com/pages/feuilleton/fiction-historique/saison-5.html


    votre commentaire
  • Depuis septembre 476, l'Occident ne compte plus d'empereur romain mais cela ne signifie pas pour autant, la disparition du monde Gallo-romain et sa civilisation qui restent représentés par la noblesse et l'essor de l'épiscopat. C'est pourquoi nous continuons de suivre les transformations et bouleversements qui vont modifier profondemment le monde occidental. Nos correspondants restent issus de la lignée des Fabullus et voici maintenant le récit de Junius, fils de Fabullus le jeune, qui résidait à Clermont avec son parrain Sidoine Apollinaire. Suivant la voie de son père, il était un écrivain reconnu et érudit. En 462, il fut envoyé en qualité de plénipotentiaire laïc, du pape Hilaire à la cour du roi Childéric 1er, roi des Francs saliens. Voici quelques extraits de son journal :

    Ma représentation comme laïc du pape Hilaire, vise à promouvoir la neutralité de l'Eglise de Rome auprès des rois germaniques fédérés malgré qu'ils soient attachés à l'hérésie arianiste. Petit rappel de la situation : après avoir désigné Rome comme étant le siège apostolique, en 354, le pape Libère fixe la naissance du christ au 25 décembre. Il s’agissait de faire coïncider cette date avec la fête traditionnelle romaine des saturnales qui était aussi celle de Sol Invictus (le Soleil Vainqueur du culte de Mithra) qui annonçe le retour du soleil après le solstice d’hiver. Ce choix permet surtout de rappeler que Jésus représente la lumière du monde et donc il ne pouvait naître qu’à cette période. 
    Le 25 décembre est depuis une date sacrée dans l’évangélisation progressive du christianisme conciliaire et trinitaire (catholicisme) qui prône l’égalité entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit offrant ainsi une doctrine cohérente face à l’arianisme qui reconnaît les pouvoirs extraordinaire du Messie tout en ne lui reconnaissant pas la déité et le plaçant hors l’Eglise.

    Depuis le milieu du IVe siècle les peuples fédérés les plus romanisés (Burgondes, Ostrogoths, Wisigoths, Vandales...) adoptent le christianisme mais dans sa version arienne. Et donc, avec les derniers empereurs romains d’occident et l’établissement des royaumes barbares, l’obédience conciliaire décline au profit de l’arianisme. En ce qui concerne les Francs, ils restent païens et partagent avec d’autres tribus de Germanie, le culte des Ases desquels descendent les familles royales ce qui fait que les rois sont à la fois chefs de guerre, et détenteurs du pouvoir spirituel et bien sûr lorsqu’ils se convertissent, ils optent pour l’arianisme qui leur permet de concentrer leurs pouvoirs sur trois plans : la guerre, l’Etat et la religion.

    L’Eglise conciliaire quant à elle, reste très influente dans la noblesse gallo-romaine et s’appuie sur le partage des pouvoirs entre le roi laïc (pouvoir temporel) et le pape (pouvoir spirituel) avec plus ou moins de succès et un minimum de tolérance de la part des rois barbares.


    A la fin du Ve siècle, profitant de la faillite des empereurs romains, les royaumes barbares en Gaule cherchent à étendre leurs influences et leurs frontières. Les Francs au nord-est (Gaule Belge jusqu'à la frontière rhénane et de Reims à Amiens et Boulogne), les Burgondes en Savoie (Sapaudie) et Lyonnais, les Wisigoths au sud de la Loire en Languedoc et dans la vallée de la Garonne ainsi qu’en Espagne (ils sont les moins tolérants avec les chrétiens conciliaires qu’ils dominent), Les Ostrogoths présents en Provence cherchent surtout le maintien de l’équilibre entre les royaumes. Quant à l’empire d’Orient il s’efforce à distance, de contenir les souverains germaniques. Dans cette mosaïque nous trouvons un « royaume romain » ou devrais-je dire, une enclave, dirigée par un général romain, Syagrius, établi dans la région de Soissons.

    C’est dans ce contexte chaotique que va émerger le fondement du territoire qui deviendra le royaume de France. Les Francs saliens ont à leur tête, Childéric un chaud lapin qui finit par se ranger des voitures après avoir séduit et épousé Basine reine de Thuringe, qu’il ramène avec lui à Tournai. De leur union nait en 466, Chlodowig (qui signifie « celui qui s’illustre dans la bataille). A la demande de Basine, je suis alors désigné pour être son précepteur. Chlodowig passe ses premières années, comme il se doit dans le gynécée des femmes ; il parle le francique, langue germanique, et je lui apprends le latin puisqu’il devra succéder à son père. Ce dernier, lui offre pour ses sept ans un bouclier et un scramasaxe de cérémonie, couteau-épée d'une vingtaine de centimètres, à la fois pointu et coupant, qui se porte dans un étui simple, le plus souvent horizontalement dans le dos au niveau de la taille ; c’est une arme et un outil à tout faire (en quelque sorte l’opinel que l’on offrait au garçon avec sa première montre bracelet, le jour de sa première communion soit vers les neuf ans « note de l’auteur »).

    Dès sa majorité (douze ans) et avant qu’il ne soit en âge de combattre (quinze ans), des instructeurs sont chargé de lui donner une instruction basée sur la guerre : équitation, activités sportives et chasse. Ils lui adjoignent mon propre fils Maëlius alors âgé de 18ans, venu faire, parmi la garde rapprochée de Childéric, sa propre formation militaire. Les deux garçons s’apprécient rapidement et deviennent de joyeux compagnons aussi prompts à la sottise que sérieux dans leur formation.

    En 481, Childéric ferme son parapluie et son fils est proclamé roi des Francs sous le nom de Clovis. Connaissant le caractère volontaire et rude du jeune roi, Maëlius se place en retrait ; il décide de rester à ses côtés et se propose comme simple chroniqueur sans prendre parti. Clovis qui était chagriné de perdre son ami, accepte l'offre et le nomme accompagnateur.

    Je suis convaincu que sa destinée marquera l’avenir ! déclare Maëlius à son père.

    Je te laisse prendre ma suite, je retourne à Clermont, lui répond ce dernier.

    Voyons ce que  les chroniques de Maëlius vont nous apprendre...

    A Suivre


    votre commentaire
  • Fabullus le jeune était retourné à Lugdunum début 454 pour rejoindre son épouse et son fils Junius né en 431. Celui-ci avait suivi ses études et s’était lié d’amitié avec Sidoine dont il partageait la passion des lettres. 

    41e épisode - Sidoine ApollinaireSidoine Apollinaire né à Lyon en 430 est un jeune noble gallo-romain (son père, son grand-père et son arrière-grand-père ont occupé la haute fonction de préfet du prétoire des Gaules). Épris d’Ovide et de Virgile. Il s’imposa rapidement comme l’un des écrivains et poètes les plus fameux de ce Vsiècle. Lorsque Sidoine épousa en 452 Papianille la fille d’Avitus, Junius son ami, avait été le témoin de leur mariage et lorsqu’Avitus devint empereur en 456, il fit de Sidoine le panégyriste de Rome (celui qui écrit les louanges sans réserve, lors des intronisations officielles) car son talent était particulièrement recherché par les personnalités en postes, les plus illustres. 

    Tous nos amis furent profondément affectés de la fin tragique d’Avitus destitué par Ricimer et Majorien, et qui finit par se faire rattraper en avril 457, par la grande faucheuse, alors qu'il cherchait à rentrer en Gaule. L'histoire ne le dit pas, mais nous pensons qu'il a en fait été assassiné sous l'instigation de Ricimer. 

    Fort heureusement, le nouvel empereur Majorien se montre clément envers l’entourage de ceux qui avaient été proche d'Avitus. Il a sans doute été motivé par la plume de Sidoine qui se montre reconnaissant et consacre à son nouveau protecteur un panégyrique célébrant l’énergie, et le courage volontaire de celui qui s’est imposé dans son action contre les Vandales installés en Afrique et qui vient de partir en expédition pour la reconquête de la Gaule à partir de l'Hispanie.

    Manque de chance, il perd la bataille près de Valence (Espagne) et retourne en Italie. Coup de théâtre ! le consul magister militum Ricimer qui n’appréciait pas que l’empereur se soit émancipé et lui fasse de l’ombre, le fait arrêter et exécuter le 7 août 461. Il met à sa place Libius Severus qu'il juge plus docile. C'est vraiment la chienlit qui colle aux baskets de Rome, car Léon 1er empereur d’Orient n’accepte pas de reconnaître Severus comme empereur d’Occident et pour en rajouter et mettre la pression, il signe la paix avec les vandales en 462 pour le compte de l’empire d’Orient, ce qui laisse le champ libre à Genséric pour attaquer la partie occidentale de l’empire romain. Aujourd’hui, on traiterait Léon d’enfoiré car en faisant cela il affaiblit encore plus l’Occident défaillant.
    Le climat est devenu orageux, alors Sidoine Apollinaire choisit de se retirer à Arvernis (Clermont-Ferrand), accompagné de sa femme, de son ami Fabullus Junius et de Claudia la femme de Junius; Les deux amis se livrent alors aux plaisirs studieux de l’otium (retraite de la vie publique occupée au développement personnel, artistique et intellectuel [éloquence, philosophie, écriture]). Ils vont y rester cinq ans et fréquenterons la cour du roi wisigothique Théodoric II à Toulouse.

    Pendant ce temps, Ricimer va devoir affronter la fronde de deux « magister militum » Aegidius et Marcellinus amis de Majorien et en plus il doit repousser les attaques des Vandales. Pour s'en sortir, il va même aller jusqu’à faire empoisonner Severus sur l’instigation de Léon 1er en 465, puis il dirige seul l’Occident jusqu’à la nomination, dix-sept mois plus tard, d’Anthémius, en 467 par Léon 1er. Pour l’avènement du nouvel empereur, Sidoine de retour à Ravenne, lui consacre un nouveau panégyrique et Anthémius, en remerciement le nomme préfet de Rome où il se rend avec ses amis. Il y reste une année sans parvenir à s’illustrer pour vaincre le mécontentement du peuple et les famines liées au manque d’approvisionnement en blé africain depuis la prise de Carthage en 439, par les vandales de Genséric.

    Il rentre en Gaule en 469 où il défend son ami Arvendus préfet du prétoire des Gaules, accusé d’avoir exhorté le roi wisigoth Euric à attaquer Anthémius. Grâce à l’intervention de Sidoine, Arvendus n'est pas condamné à mort mais seulement exilé. Cela vaut tout de même à Sidoine de devenir infréquentable ce qui ne dure pas car il est nommé évêque d’Auvergne en 471. Les prérogatives de l’évêque sont alors très importantes, dans le domaine religieux bien sûr, mais également dans les domaines politiques, diplomatiques et administratifs.
    C’est précisément dans ce cadre que le nouvel évêque organise, conjointement avec Ecditius son beau-frère, fils d'Avitus, un noble riche et influent qui réside en Auvergne, la défense de la ville de Clermont de 470 à 475 face aux troupes wisigothes du roi Euric devenues hostiles à Rome. Ecditius pour ses prouesses est nommé patrice en 474. Malheureusement, la ville va tomber, Sidoine est emprisonné pendant deux ans et retrouve sa liberté au prix d’un panégyrique forcé d’Euric. Il va dès lors se consacrer à son sacerdoce et à l’écriture. Il meurt en 486 à Clermont après avoir laissé un témoignage multiple : littéraire social, philosophique et politique sur le Ve siècle, d’autant qu’il écrit en latin et relate avec justesse les vicissitudes propres à la fin du monde romain. Ses Carmina (poèmes) et Epistulae (lettres) sont une mine d’or pour les historiens.



    Pour résumer, pendant ce temps-là, une coalition, menée par Ricimer et son neveu burgonde Gondebaud, ainsi que Marcellinus avec qui il s'était rabiboché, et les armées de Léon 1
    er, tente de vaincre les vandales sans y parvenir occasionnant de lourdes pertes aux armées impériales. Anthémius sera arrêté pour incompétence, condamné et décapité le 11 juillet 472. Ricimer place Olybrius pour le remplacer mais tout part en brioche car Ricimer ferme son parapluie suite à une hémorragie cérébrale le 18 août suivi d'Olybrius qui n'a régné que treize jours avant de crevogner lui-aussi. 
    41e épisode - Sidoine ApollinaireTout va se précipiter : Gondebaud qui a remplacé Ricimer nomme en mars 473, Glycerius en remplacement d'Olybrius. Mais pour ne pas être en reste, Léon 1er rejoint lui-aussi la camarde en janvier 474 et Zénon qui le remplace en février nomme en avril Népos empereur d'Occident ; Glycerius est destitué et nommé évêque de Salone en Dalmatie. Népos est à son tour renversé le 28 août 475 par son général Flavius Oreste qui nomme son fils de 14 ans, Romulus Augustule, empereur le 31 octobre. Odoacre, un Skire (on dit aussi Scyre ou Squire), peuple allié aux Huns exécute Oreste capturé à Pavie puis il fait prisonnier et exile Romulus ; nous sommes en septembre 476.

    Plus aucun empereur romain d'occident ne règnera alors et les territoires sont morcelés pour la plupart en plusieurs royaumes germains, mais ceci est une autre histoire...  

    A suivre


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique