•   « Deux milliards d’impôts nouveaux !

    Moi j’appelle plus ça du budget, j’appelle ça de l’attaque à main armée ! »

    Jean-Paul Belmondo, La chasse à l’homme. 

    Où la princesse trop confiante baisse la garde. 

    La reine s’adresse à Platt-Fuss :
    - Je suis grillée comme vedette de la télé. Tu n’aurais pas dans tes cartons un personnage que je puisse incarner et qui redonnerai confiance à la mijaurée ?
    Le sorcier maléfique plisse le front, signe d’intense réflexion jusqu’à temps qu’un sourire teigneux détende son visage :
    - Tout le monde connait la gouvernante-magicienne qui gratte chez la famille Banks en s’occupant de leurs quatre moufflets. Distinguée et coquette, elle présente tous les critères d’une personne inoffensive et les momignards de notre contrée la connaissent. Qu’en penses-tu ?
    - Tu ne crains pas qu’elle se méfie ? Londres, ce n’est pas la porte à côté. Comment vais-je justifier ma présence par ici ?  
    - Te caille pas le raisin, je vais t’affranchir ! 

    Platt-Fuss lui explique par le menu, son plan que la Reine accepte et le soir après avoir répété le mot magique indispensable pour conclure, elle part se jeter dans les torchons toute ragaillardie.

    Tandis qu’elle est confortablement installée dans les bras de Morphée...
    Pour les ceusses qu’auraient fait péter les cours de Mythologie, je rappelle que Morphée n’est pas une greluche, mais un greluchon. Dans la mythologie grecque, Morphée, dieu des rêves, est le fils d’Hypnos, dieu du sommeil et de Nyx, déesse de la nuit. Il est souvent représenté par un jeune homme tenant un miroir à la main et des pavots soporifiques de l’autre (l’ancêtre du chichon ou haschisch pour ceux qui ne maitrisent pas le parler jeune et que sont allés ni au collège, ni au lycée). Il donne le sommeil en t
    ouchant une personne avec ses pavots. Il lui procure également des rêves pour la nuit. Les bras étant symbole de sécurité mais aussi de force, on comprend pourquoi cette image est restée pour désigner une personne qui dort profondément.

    La Reine fait un rêve chouettos : sa belle-fille a enfin passé l’arme à gauche et elle peut se pavaner à la cour où les échines-courbées rivalisent de tournures alambiquées pour vanter ses mérites et s’extasier sur sa beauté… Elle poursuit ses rêves maléfiques où cette fois, elle enferme par un sortilège, Gaston dans une lampe à huile, lorsque au moment de savourer sa mauvaise blague, le Lapin Compte-Minute la réveille à la petite aube, sur le coup des six plombes et demi.

    Pour les ceusses qui s’interloquent, je précise qu’il s’agit d’un gros lièvre blanc, cousin germain du lapin anglais d'Alice, une momignarde de la gentry qui crèche au pays de la mère Veille. Celui-ci exerce les fonctions de réveille-matin car, à l'inverse de son cousin, il n’est jamais en retard. Il dispose, dans un  appartement, contigu à ceux de la marâtre, d'une petite pièce équipée d’un ensemble de trois sabliers. Le premier déverse son contenu en une heure, le deuxième en un quart d'heure, le troisième en trois minutes ; ce dernier ne sert d’ailleurs qu’à la cuisson des œufs à la coque dont le bestiau est particulièrement friand.
    Comme chaque soir, Il prend son poste un peu avant minuit, et attend que le pétzouille branché sur l'horloge du beffroi, commence sa patrouille, sa hallebarde à la main, en braillant : « il est minuit, dormez en paix braves gens !», dès cet instant, notre grandes-oreilles déclenche son chrono-sable. Après avoir tourné six fois le grand sablier et deux fois le moyen, il tire sur le cordon placé le long du mur mitoyen à la chambre royale. Ce cordon actionne de l’autre côté un pied articulé qui propulse d'un coup dans les miches, un petit oiseau, un coucou suisse, hors de son nichoir. Ce dernier réveillé brutalement et en colère, piaille au dessus du pucier royal, réveillant à son tour la Reine qui lui balance sa mule de vair, pour qu'il retourne dans sa boite.
    Je rassure les lecteurs, cette coutume barbare est désormais interdite par un décret inspiré, par la Société Protectrice des Emplumés dirigée par Frigide Darbot, une ancienne star du cinématographe.  
    La Reine après avoir pris son benco et s’être apprêtée, et pour éviter le risque d’un retour anticipé des mini-mineurs, se décabane et trace sur le ruban qui conduit à la chaumière des nains où elle arrive en fin de matinée. Elle est revêtue du costume ad hoc’ de la nurse, bitos et pébroque compris ; elle s’asperge le visage du spray de la mixture concoctée par Platt-Fuss. L’illusion est parfaite, elle est devenue le portrait craché de Mary Poppins. Elle toque à la lourde.      
    - Qui êtes-vous et que venez vous faire ici ? Demande Blanche-Neige.      
    Episode 12 – Mary Poppins et le peigne empoisonné- Je m’appelle Poppins, Mary Poppins, déclare la marâtre qui avait vu tous les films de James Bond ! Je dois signer un contrat avec les parents de Laura surnommée, la Marie pisse-trois-gouttes. Connais-tu  cette famille ? Puis-je entrer ? Nous serions mieux à l’intérieur pour en parler !      
    - Désolée ! Je ne peux délourder, mais approchez-vous de la fenêtre à main droite !

    La Reine se déplace vers la droite. Elle se retrouve pique-plante devant un fenestron qui certes peut laisser passer une personne, à la condition qu’elle soit de la taille d’un mannequin anorexique mais qui ne permet pas, à un intrus potentiel, même en se contorsionnant de pénétrer par effraction dans la maison. Elle n’en est pas contrariée car cette réaction était prévue ; le plan consiste à rester à l’extérieur pour endormir la méfiance de la princesse avant de lui porter l’estocade. Celle-ci a d’ailleurs ouvert la vitre et se montre curieuse d’en apprendre d’avantage.      
    - Vous ne gardez plus les enfants Banks ? Comment êtes vous arrivée jusqu’ici ? Je connais bien Caroline, la mère de Laura, mais elle ne m’a pas parlé de vous ? Pourquoi aurait-elle besoin d’une nurse ?     
    La fausse Mary Poppins sourit et prend la parole :      
    - Bigre ! Quelle déferlante de questions. Ne sommes nous pas dans une contrée qui d’ordinaire est plus calme qu’une cour de récréation en période de vacances scolaires ? J’ignore tes craintes mais ne te caille pas le raisin, je ne vais pas m’éterniser. Indique-moi seulement le chemin pour rejoindre ton amie. Mais tout d’abord, pour répondre à ta demande, je te précise que les enfants Banks sont en villégiature avec leurs parents et Caroline m’a sollicitée pour que Laura ne soit plus un garçon manqué et apprenne les bonnes manières du grand monde. Comment suis-je venue ? J’ai tout simplement utilisé un courant ascendant qui a poussé très rapidement mon parapluie jusqu’à ta chaumière. Le trajet a été si rapide que j’en suis toute décoiffée et mâchurée à cause de mon rimmel qui a coulé. Pourrais-je avoir un miroir pour me dépoutroner ?        
    Blanche-Neige fait rapidement fonctionner ses boyaux du cerveau :        
    - Tout le monde sait que Mary se déplace avec son trogne-pouce magique comme si elle est aux commandes d’un planeur. Ensuite, la momignarde de Caroline a effectivement besoin d’être recadrée car elle ressemble davantage à Petit Gibus le gamin de Longevernes, le village célèbre par sa fameuse bataille dite « Guerre des boutons », qu’à une vraie jeune fille. Enfin, la coquetterie de Mary est aussi légendaire que son habitude de se regarder dans les vitrines des magasins ; il est donc logique qu’elle me réclame un miroir. Je vais le lui apporter et faire un dernier test, conclut en pensée, la Princesse.       
    C’est ainsi qu’elle revient rapidement avec l’objet souhaité et dépose deux verres et un cruchon d’eau fraiche, sur le rebord du fenestron.       
    - Ne trouvez-vous pas qu’il fait soif ? Dit-elle négligemment.       
    - Tu as raison ma belle ! répond la travestie. J’ai toujours quelques sirops dans ma besace. Quel parfum désires-tu ?        
    - Pomme-cassis ! 
    - Parfait, approche ton verre !     

    La Reine affranchie par son sorcier de cousin avait eu la précaution de remplacer son sac Hermès par une imitation du sac, apparemment vide, de la gouvernante et duquel elle pouvait sortir une foultitude d’objets les plus divers ainsi que n’importe quel sirop qui corresponde aux demandes les plus farfelues. Le piège était donc en train de se refermer car la gisquette était maintenant persuadée d’avoir affaire à la véritable Mary Poppins.         
    Tout en retouchant son maquillage, la reine observe sa bru qui griffonne sur un papelard, sorti de son sac Vuitton, un plan, assorti d’indications, pour lui permettre de se rendre à la petite maison dans la prairie.        

    - Ce n’est plus le moment de pinailler, il faut que je profite de mon avantage. Un passage en force me semble réalisable ! décide la mauvaise. Elle pronnonce le mot magique :        
    - Supercalifragisticexpidélidocious ! provoquant à cet instant, un léger zéphyr qui se manifeste en soulevant quelques mèches de la chevelure bien ordonnée de Blanche-Neige, lesquelles viennent se positionner devant ses yeux. L’occasion est trop belle et la Reine s’empresse de la saisir.         
    - Ne te casse pas le bourrichon, j’ai un peigne dans ma trousse à maquillage, penches la tête, je vais te recoiffer !         

    « Fatalitas ! » Aurait-dit Chéri Bibi. En deux coups de cuillère à pot, le sort de la Princesse est scellé. D’un geste rapide la marâtre, écorche le cuir chevelu de sa belle-fille qui se redresse la respiration coupée sans pouvoir dire un mot s’abousant une fois de plus sur le carrelage de la cuisine. La reine arnouche la malheureuse qui git inanimée au sol. Elle aurait bien voulu s’assurer que la punaise a bien avalé sa chique, lorsqu’un bruit bizarre, une sorte de pétarade, qui allait se rapprochant, l’incite à se barrer pour ne pas se faire arquepincer. Elle calte vers son château en maugréant :
    - Gaston n’a pas intérêt à me faire poireauter pour me confirmer que j’ai enfin le ticket gagnant. Sinon je le renvoi en port du au calife de Bagdad
    .
     

    Fin de l’épisode, à suivre.

    Nos nerfs sont mis à rude épreuve, la deuxième tentative d’assassinat serait-elle la bonne ?

    Réponse A : Oui et la voiture qui rallège est conduite par « Le chasseur de sorcières » ; il va remplacer le cadavre de Blanche-Neige par celui d’un sosie chargé d’infiltrer le village de Storybrooke où, dans un monde parallèle, la méchante reine est le maire ; il pourra ainsi l’éliminer et mettre la fausse Blanche-neige sur le trône vacant. Ensuite... mais je déraille, je suis en train de dévoiler une nouvelle histoire.
    Réponse B : Blanche-neige ayant dévissé son billard, la marâtre après avoir eu confirmation de Gaston, va renvoyer ce dernier en Perse. Elle va investir Storybrooke où résident tous les personnages de contes pour se faire élire maire et grâce à sa magie les rendre amnésiques, bloquer le temps et rester éternellement la plus belle en étant toujours crainte et respectée par l’ensemble de ses administrés.
    Réponse C : Fabulgone est en plein délire et pétage de plombs. Revenons à la normalité. Ce sera Caroline qui sauvera in-extremis la vie de la princesse grâce à l’aspi-venin qu’elle garde toujours dans son sac à main Prada.
    Réponse D
     : L’ambulance vient d’arriver au domicile de Fabulgone. Deux infirmiers maous costauds le saisissent sans ménagement et lui mettent la camisole avant de l’embarquer pour Charenton. Fin du feuilleton !!!

    Glossaire :
    Se jeter dans les torchons, se pieuter : aller se coucher.
    Momignard, momignarde : garçon et fille enfants ; greluche, greluchon : fille et garçon adultes.
    Petzouille : homme du commun.
    Se cailler le raisin : s’inquiéter.
    Se dépoutroner : une poutrone est une femme de mauvaise vie, trop ou mal maquillée et donc se dépoutroner c’est reprendre un visage sans excès de maquillage.
    Trogne-pouce, ce mot était utilisé par la mère Cotivet pour désigner son parapluie. Notre pipelette lyonnaise, interprétée par Elie Perigot Fouquier, se produisait sur radio France Lyon de 1927 à 1971. Elle habitait au « cent moins n’un » 99 Montée de la Grand’Côte en bas des pentes de la Croix-Rousse.
    Pinailler : tergiverser, trop réfléchir avant d’agir.
    Se casser le bourrichon : réfléchir sur ce qu’il faut faire.
    Poireauter : attendre debout ; en parler lyonnais on dit être pique-plante. 


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  • On ne cesse pas de rire parce qu'on devient vieux
    On devient vieux parce qu'on cesse de rire

    Jean Nohain

    Où les cours de secourisme sauvent la princesse, avant que la Reine ne prépare sa sournoise et prochaine attaque. 

    Bouftou réagit illico. D’un coup de talon il écrase la télécommande ce qui bloque le processus de resserrement et ouvre le tiroir du meuble de la cuisine d’où il sort un couteau à désosser de son étui. En moins de temps qu'il n'en faut à une aubergine pour sortir son carnet de contraventions et aligner un gnasse, qui a posé sa caisse, sans s'allonger d'un ticket de parcmètre, il sectionne les lacets de la guêpière. Le résultat ne se fait pas attendre et notre minette reprend des couleurs, sans toutefois reprendre son souffle. Rêveur qui a son brevet de secouriste, roule à la gamine, un patin du genre pompier professionnel qui remet en route l'oxygène de ses deux soufflets, qu'elle a fort jolis d'ailleurs. Ses pommettes rosissent et ses mirettes retrouvent la teinte bleue et limpide d’une aigue-marine. Rêveur quant à lui rougit d'avoir, pour la première fois, pratiqué son art sur une drôlesse somme toute pas craignosse et il se retrouve planant sur un petit nuage.  

    Rêveur le fait redescendre sur terre par le truchement d'un léger coup de latte dans les chevilles et lui demande :

    - Pendant que la gosse se requinque, appelle Cosinus sur son portable pour l'affranchir. Je m'occupe du pif de Dandy ! 

    Inutile, je vois nos aminches ralléger au loin sur la route qui poudroie sous le soleil qui flamboie éclairant l'herbe qui verdoie. 

    Il me semble utile de préciser ici que notre ami a une cousine qui est nonne. Elle se prénomme Anne, et exerce la fonction de surveillante au château du roi Catodik, dont l’épouse espère toujours le retour de son fils. Anne, s’installe tous les matins dans l’échauguette à l’angle droit du pont-levis pour scruter la route et répondre plusieurs fois par jour aux demandes de la Reine.

    - Anne, sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

    Hélas, l’horizon reste désespérément vide. Mais revenons à notre histoire…

    Les quatre nains se pointent sur leurs bicyclettes, sifflotant et pédalant en danseuse, Cosinus en tête et lorsqu'ils pénètrent dans leur chaumière, Blanche-Neige est sortie du colletar ; elle a remis son corsage sur son corps sage et rangé son larfeuille dans son sac Vuitton. Elle est occupée à se  repoudrer son petit nazibus qui n'a rien à envier à celui de Cléopâtra, la jojolle de la pub qui prend son bain d'ânesse en vantant les mérites d'une savonnette.

    Tout le monde s'installe au salon ; une tournée de blanc est servie et en sirotant leurs godets, les sept Nains, esgourdent sans moufter le récit de la Princesse. Cosinus félicite Bouftou et Rêveur pour leur intervention rapide, énergique et efficace et il recommande à Blanche-Neige de ne plus délourder à personne. Grisbi et Dynamite, installent une serrure dotée d'un verrou inviolable qu'ils ont récupérée sur une ceinture de chasteté ayant appartenu à une des femmes de la Barbe Bleue. Ainsi, dès le lendemain, ils verrouilleront la lourde et garderont la clé quand ils tailleront au chagrin.

    La soirée se passe sereinement. Ils regardent à la téloche les infos de vingt heures qui déverse son flot habituel de délicieusetés : tsunami en Asie, guerre en Afrique, crise financière en Europe, fusillades, hold-up, attentats, accidents...  Hercule réfléchît tout haut :

    - Dire que chaque année, ils organisent une cérémonie pour délivrer un prix Nobel de la paix. C'est quoi la paix dans ce monde perturbé ? 

    - Ne te fait pas bouillir la cafetière lui sourit Blanche-Neige, les journaleux ne montrent que le côté obscur de la planète. C’est pour sacrifier à leur idole, l’audimat. 

    Petit retour arrière. 

    La Reine toute guillerette qui avait repris sa trombine habituelle trottine sur le ruban qui la ramène au château. Dès son arrivée, elle rejoint Platt-Fuss pour l'affranchir du succès de leur plan. Ensuite elle cavale dans sa piaule où, d'un coup de zapette magique, elle se branche sur son miroir et interpelle Gaston : 
    - Pourquoi arbores-tu cette face de carème ?

    Épisode 11 - Sauvée ! Mais la marâtre ne désarme pas.- Écoute ma poule, je trouve un peu gonflant et réducteur de toujours radoter dans le même registre. Pour changer et si ça te branche, je peux te fourguer les six bons numéros du loto avant qu’ils soient annoncés par Valérie Payet ou le fils Martin. En prime, je t'offre le ticket gagnant du quinté plus. Un pote à moi gratte dans les paddocks. Il est en cheville avec les bookmakeurs. T'alignes dix sacs et tu palpes une brique; c'est bonnard, non ! Vu que je suis le bon zigue, je te cloque gratos la solution de l'énigme du siècle: « Pourquoi la vache qui rit, rit- elle ? »... C'est parce qu'elle est olé au lait.

    Gaston se bidonne, mais il est vite arquepincé par la dure réalité de l'existence lorsque la Reine furibarde, lui souffle dans les bronches.

     - Tu me les brises menus avec tes fadaises, je t'ai posé une question et j'attends la réponse. Si tu tergiverse encore, je te fais mettre la tronche sur le billot et j'envoie un SMS à Charles pour qu'il s'amène avec sa hache.

    Cette perspective déplait au génie qui ne se voit pas jouer les hommes troncs, et il se résout à lâcher le morcif.

    - C’n’est pas Dieu posse que d'y croire, ma Grande, mais crois-moi, nous avons la scoumoune, la pestouille, le guignon, le bocal de cerise car la mignonne que j'arnouche est toute pimpante. Elle vient de sortir de son sac Vuitton une filoche, car demain elle accompagne Caroline aux soldes. Pendant qu'elles feront rougir la carte bleue, Charles débitera quelques stères de bois et je le vois en train d'affuter sa hache. De son côté... 

    - Arrêtes tes piapiateries, j'ai le palpitant qui s'emballe. C'est quoi cette embrouille ? Pourquoi la sale gosse n'est-elle pas calanchée ? 

    - A dire vrai, ma Reine, pendant que tu officiais auprès de la donzelle, cet ahuri de Dandy s'est éclaté le tarbouif. Il a fallu le rafistoler et les nains ont déhotté plus tôt du turbin afin de soigner le maladroit et aussi pour permettre que Grisbi fasse la déclaration d'accident du travail à la sécu. Tu venais à peine de tourner au coin du bois quand ils sont arrivés à la casbah. Bouftou s'est précipité pour décorseté Blanche -Neige qui commençait à fermer son parapluie puis il l'a réanimée. La belle bougresse s'est rétablie et donc, te voilà à nouveau première dauphine. Mais à part ça ma Reine, tout va très bien, tout va très bien ! 

    La Marâtre piaule au charron à en faire trembler le miroir. Le pauvre Gaston n'en mène pas large.
    - Es-tu bien sûr de n'avoir pas fumé la moquette ou quelques champignons hallucinogènes ? Es-tu bien branché sur le bon canal ? Ne peut-il pas y avoir gourance ? Questionne la Reine.
     

    - Que nenni, et tu sais bien que je suis programmé pour ne jamais mentir ! confirme Gaston. 

    La mauvaise, ivre de rage, déconnecte le miroir et débaroule en bougonnant, via l'ascenseur de sa piaule, jusqu'à son laboratoire secret. Le sorcier en la voyant cramoisie et fumant du bocal, reste planqué dans un coin, sans moufter, laissant passer l'orage. 

    Tout en ronchonnant, elle concocte fiévreusement un poison à base de poudre de pustules de crapaud, de viscères de fugu et de venin de scorpion qu’elle verse dans un petit creuset de cristal rempli à moitié de bave d’escargot. La préparation terminée, elle en badigeonne, les dents d’un peigne à chignon en corne (la corne est un produit naturel qui retient bien le poison dixit : Locuste empoisonneuse de Britannicus, Fransesca Giordano empoisonneuse des Borgia, La Brinvilliers, La Voisin... pour ne citer que les plus célèbres) qu’elle laisse sécher quelques minutes à l’air libre et, se retourne vers Platt-Fuss... 

    Fin de l’épisode, à suivre...

    Que va proposer la marâtre ? 

    Réponse A – Je vous sens impatients(es) de connaître la suite ! Pas de panique elle arrive bientôt car comme le dit Fabulgone : « rien ne sert de courir… si on n’est pas pressé ! »
    Réponse B – De nouveau transformée, la reine va réussir à écorcher le cuir chevelu de la princesse qui va en ravaler sa chique.
    Réponse C – Oui, mais Caroline va se pointer sur ces entrefaites pour accompagner son amie aux soldes. Elle va la sauver in-extrémis. 
    Réponse D – Pas du tout, Blanche-Neige va se transformer en crapaud (erreur de dosage du poison). La reine prenant le crapaud pour un prince va lui taper la bise ; elle va se retrouver transformée à tout jamais en sorcière la plus moche de tout le royaume tandis que le batracien part rejoindre la mare la plus proche.
     

    On n’est pas sorti de l’auberge ! 

    Glossaire
    Gnasse ou gniasse
     : quidam ordinaire
    Soufflets : les poumons et par extension seins, sachant que plus de cinquante mots d’argots désignent les seins féminins
    Un coup de latte : coup de pied chaussé puisqu’une latte est une chaussure ; par contre, latter c’est donner un coup de pied chaussé ou non.
    Sortir du colletar : se réanimer : coaltar, colletar ou coltar état d’ivresse ou d’évanouissement, voire situation embrouillée.
    Larfeuille : portefeuille, porte-cartes.
    Tailler au chagrin : aller au travail, le chagrin c’est l’emploi salarié ou non.
    Se faire bouillir la cafetière : c’est la vraie prise de tête.
    Partir de la caisse : être pris des bronches, pneumonie limite emphysème. 
    Cracher au bassinet : c’est avouer mais pas spontanément. 
    Arquepincer : se faire rappeler à l’ordre, se faire arrêter, interpeller en étant saisi. 
    Scoumoune, pestouille, guignon, bocal de cerise : quelques termes traduisant la malchance. 
    Arnoucher : scruter, regarder avec attention, du pur San-Antonio (son dictionnaire). 
    Filoche : sac pour les courses, filet à provisions en parler lyonnais. 
    Calancher, fermer son parapluie : mourir.
    Piauler au charron : hurler en s’énervant, monter sur ses grands chevaux. 
    Fumer du bocal : être rouge de colère. 
    Ravaler sa chique : agoniser
     


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  • On dit que la jeunesse ne croît plus à rien. Quelle tristesse...
    Et si un jour le Père Noël ne croyait plus aux enfants !

    Pierre Doris

    Où la coquetterie peut se révéler mortelle.

    - Bonjour Poupée ! T’es un vrai prix de Diane, pas une radasse. Mais, que regardes-tu par-dessus mon épaule ?           

    - Je ne vois pas tes assistants, le caméraman, le perchman, les maquilleuses, le chauffeur de salle… tu es venue seule ?  

    La Reine travestie éclate de rire.

    - Je vois à quoi tu penses, ma Belle, mais il y a gourance ; la téloche ça eût payé, mais ça paye plus. J’ai été « remerciée » et pour faire ma pelote, on me proposait de présenter les résultats du loto, mais j’ai laissé le job à ma copine Valérie Payet qui, de son côté s’est faite larguée de Canal. Pendant quelque temps, j’ai été représentante en « sacavomi », pour les compagnies aériennes, les personnes qui ont le mal des transports, les femmes enceintes,… mais j’ai dû arrêter car les démonstrations me coupaient l’appétit et je frisais l’anorexie. Je me suis ensuite dirigée vers la vente des urnes funéraires personnalisables. Un gros fumeur en a commandé une qui imitait un paquet de gauloises et à la place de la mention « fumer tue !», il a fait indiquer « trop tard ! ». Ça marchait bien, mais il fallait toujours avoir l’air constipé alors j’ai plongé dans la grosse déprime.

    Lorsque j’ai essayé d’assurer, en qualité de conseillère, les réunions de promotion d’articles ménagers en plastique biodégradable, j’en ai eu vite ma claque de me taper du thé et des gâteaux rances servis par des mémères à triple menton ; je prenais la bouée autour de la brioche et cette fois, je devenais boulimique.

    Heureusement la roue tourne comme disent les voyantes et les patrons de loteries pendant les vogues, et c’est alors qu’au salon du charme et de l’érotisme, j’ai rencontré la patronne de la ligne de lingerie coquine de chez "Dessous Chéri" et depuis, je m’éclate. J’ai justement une exclusivité qui devrait te mouler comme un gant, si je peux me permettre cette expression, ma mignonne. Elle sort de son sac Hermès l’article tendance dernier cri « Guêpière désir », avec nuisette assortie.

    - Je te montre l’ensemble rouge, mais il existe aussi en noir ou en violet cardinal qui se vend beaucoup chez les grenouilles de bénitiers qui résident dans la principauté du Vatican.   
    Épisode 10 – La première attaque- La couleur me convient, dit la princesse, et je suis tentée, mais n’est-ce pas un peu osé et ne vais-je pas passer pour une poutrône ? 
    - Que nenni ! J’ai pour clientes les reines, les princesses et les dames de cour et je suis certaine que ton prince charmant approuverait ton choix. - Je n’en ai point, soupire Blanche Neige.
    - Emballe-moi la chose, je vais chercher mon larfeuille dans mon
    sac Vuitton pour te cigler l'achat. 
    - Attatends ! Jabille la Reine, il me semble nécessaire de vérifier que l’ensemble est à la bonne taille et qu’il n’est nul besoin de retouches. Tu aligneras l’oseille plus tard. Quitte seulement ton corsage que je procède à l’essayage.   

    Blanche-neige s’exécute et aussi sec, la mauvaise lui cloque la guêpière qu’elle boucle soigneusement avant d’initier le maléfice. Inexorablement, le vêtement se resserre comprimant le buste et la poitrine de Blanche-neige qui s’interloque. Comme elle ne  parvient plus à prendre sa respiration, elle s’abouse en suffocant. Laissant la pauvrette pré-agoniser sur le carreau, la Reine reprend sa forme originelle, ricane et déclare :      

    - C’est bien fait pour ta fraise, y n’fallait pas me foutre en pétard, fulmine-t-elle... Je dépense des fortunes pour rester top model et tu me casses la baraque. Bon d’accord, c’n’est pas mon fric mais j’ai dû instaurer une TVA (taxe pour la vieille ajoutée) de 3% sur les médocs non remboursés par la sécu ce qui accroît mon impopularité. C’est vrai que je m’en fiche aussi comme de ma première couche-culotte, il n’empêche que tu me files les abeilles. La fermeture de la guêpière est radio commandée et j’ai réglé sur vitesse très lente. J’aurais bien aimé assister à ton agonie car tu vas filer de l’huile pendant au moins deux plombes, mais les affaires m’attendent. J’ai rencard avec le roi Catodik pour remplacer mon miroir-écran plat ; son fils n’est toujours pas retrouvé alors il fait le commercial à sa place. Je te laisse la télécommande qui émet un ricanement toutes les quinze broquilles avant de déclencher un nouveau resserrement, ça te distraira... Je me casse !       

    Pendant la causerie entre la Reine et sa belle-fille, un incident s’est produit dans la mine où les nains travaillent. Dandy s'est aligné le tarin à cause de l'effet rebond d’un coup de pioche qu'il avait asséné un peu vivement, sur la paroi de la mine de diamants qu’ils exploitent.

    Je précise qu’ils sont les fournisseurs exclusifs des meilleurs joailliers d'Anvers et pour satisfaire la demande, ils turbinent sec en ne s'accordant que de courtes pauses. Or, un surcroit de productivité comporte parfois des effets pervers, en augmentant les risques inhérents au fait que la mine, par ses conditions de travail, s’apparente à la base à un grand chantier de l’extrême, particulièrement accidentogène. Reprenez votre souffle et ne soyez pas ébaubis, la phrase qui précède est extraite d’un rapport de la médecine du travail, écrit en 2007. Comme quoi la réalité rejoint parfois la fiction.  

    Bref, résultat des courses, Dandy est un brin amoché et son raisiné pisse gros malgré les premiers soins reçus. Cosinus décide qu'il doit rentrer à la piaule en étant, conformément aux règles de sécurité prônées sur les chantiers, accompagné de deux camarades ; ce sont Bouftou et Rêveur qui s'y collent. Il juge également, en ce début d’après-midi, que toute l’équipe s’est un max fait suer le burnous, aussi suggère-t-il de plier les cannes et de rentrer plus tôt dans leur carrée. 

    - Partez devant, nous vous suivons ! Dit-il à Bouftou       

    Celui-ci enfourche le tandem où l’attend Rêveur qui a accroché un van à l'arrière du biclou après y avoir installé le blessé à l’intérieur. Ils pédalent de conserve (comme le dit Bonduelle) et atteignent rapidement leur bicoque.       

    - Nom d'un rat ! S'exclame Bouftou, regardez ! La porte d'entrée est entrouverte !       

    - Je dirais même plus, elle est entrouverte, confirme Rêveur qui a lu Tintin.       

    Les deux rase-bitumes, armés de leurs pioches, pénètrent dans l'estanco sous le regard inquiet de Dandy resté en arrière. Ils zyeutent Blanche-Neige allongée au sol, les calots tourneboulés. Elle semble prête à partir à dame et ça sent la fin de saison. Près d’elle, un petit boitier se met à émettre un sinistre ricanement.  

    Fin de l’épisode, à suivre... 

    Blanche-Neige, va-t-elle épouser la Camarde, manger les pissenlits par la racine, souffler sa veilleuse ? Comment va-t-elle va se tirer de ce mauvais pas! 

    Réponse A - Suite à un faux contact, la radio commande provoque un tir de missile qui fait exploser le château de la reine annulant le charme qui disparaît, libérant ainsi notre gisquette. 
    Réponse B - C’est Blanche Neige qui ricane car elle avait fait un stage chez Houdini en se défaisant d'une camisole de force en moins de cinq broquilles et elle vient de se libérer elle-même du carcan qui l'oppresse. 
    Réponse C - Rêveur, accompagné de Bouftou (qui va bloquer le compte à rebours fatal), possède son diplôme de secouriste et il sauve  la princesse. 
    Réponse D -  Malgré tous leurs efforts, la minette va pousser son dernier soupir, d’autant qu’elle a compris que fabulgone, en panne d’imagination, ne parvient plus à écrire la suite du récit 

    Glossaire :

    Prix de Diane : jolie et fraîche jeune fille genre miss France. 
    Radasse : femme de mauvaise vie qu’à des heures de vols et n'est plus très fraîche. 
    Faire sa pelote c’est gagner correctement sa vie pour mettre de l’argent de côté et une bonne pelote peut amener la fortune. 
    Avoir sa claque : se lasser, en avoir assez, ras-le-bol... 
    Cigler c’est payer comptant en argent liquide. Idem pour aligner l’oseille.
    Cloquer : mettre quelque chose à quelqu’un sans ménagement, rapidement. 
    S’abouser : en parler lyonnais se dit de quelqu’un qui tombe mollement par terre, métaphoriquement et parlant par respect, comme une bouse de vache. Le lyonnais, toujours soucieux de ne pas choquer son entourage, précède une formulation scabreuse ou scatologique de « parlant par respect ». 
    Filer ou avoir les abeilles : être énervé, expression très prisée des méridionaux : amis du midi bonjour ! 
    Filer de l’huile : mourir lentement, à petit feu et pas obligatoirement dans la souffrance comme ici. 
    Aligner (s) le tarin, le blair, le pif : c’est vraiment se cogner le nez à en saigner. 
    Raisiné pisse gros : nous sommes dans le cas d’un saignement de nez conséquent, le sang est associé à la couleur du jus de raisin. 


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  • A l’impossible dit-on nul n’est tenu.
    Mais impossible n’étant pas français, ce proverbe ne concerne que les étrangers  
    Pierre Dac    

    Où la princesse a du souci à se faire quand on connaît les préparatifs de la mauvaise.  

    Rêveur rencarde ses potes :
    - Je n’ai pas voulu casser l’ambiance cet aprème, mais, pendant la partie de boules, Charles m’a informé qu’il a reçu un mail d’un de ses clients qui bosse au palais. Le bruit cours que la vieille taupe aurait eu vent de l’embrouille entre Marcel le garde-chasse et la Demoiselle. Elle serait en pétard et prête à tout, surtout au pire ; aussi je suggère qu’après souper nous mettions au point une stratégie pour la protection de la princesse.    
    A l’énoncé de cette info, un court silence s’installe, puis tout le monde se met à barjacter en même temps.

    Quittons cette cacophonie champêtre, ça nous fera des vacances et dirigeons notre caméra vers le château pour en savoir davantage, en faisant un retour arrière sur ce qui s’est passé depuis hier au soir. 

    J’ouvre ici une parenthèse : Il est parfois nécessaire, pour bien comprendre une situation à suspens qui se déroule dans des lieux éloignés, de faire un retour sur les évènements antérieurs du lieu précédemment quitté. Cette figure de style narrative qui, en littérature, est une analepse, correspond au flash-back cinématographique. Tout ceci, place ce récit dans la lignée des créateurs de scénarii tels que « Citizen Kane » d’Orson Wells, ou « Casablanca » de Michael Curtiz, voire « Pulp Fiction » de Tarentino. Je n’sais pas ce que vous en pensez, mais cela mérite peut-être une nomination au Goncourt ou au Renaudot, quoi que je penche pour le prix Femina vu la sublimation féministe qui me caractérise.  

    Je referme rapidement cette parenthèse qui, comme les portes de frigo, ne doit pas rester ouverte pour ne pas risquer de dauber les victuailles.

    Sous des dehors futiles recouvert d’une carapace de maintien de soi et d’élégance, comme chez de nombreux auteurs, Fabulgone se lâche parfois et n’hésite pas à flatter son égo. Je vous y dis en toute discrétion, mais dites pas que je vous y ai dit ; je compte sur vous pour ne pas moufter. Mais reprenons le cours de notre histoire…

    La reine avait reçu ce qu’elle crut être les organes de Blanche-Neige et les avait donnés en cuisine pour confectionner des atriaux savoyards (hachés de foie, poumons et cœur avec persil et épices, façonnés en boule et cuits dans une crépine) et les servir à la réception mondaine ayant lieu dans le parc (que les angliches appellent une garden-party) ce samedi, c’est-à-dire hier puisqu’on est dimanche. Ça va tout le monde suit ? Personne n’est en rade ni ne s’est mélangé les pinceaux et les boyaux du cerveau ? Bon ! Alors je poursuis. 

    Tout va pour le mieux au barbecue le soir même. La princesse Cendrillon bave sur les rouleaux du petit Chaperon Rouge en affirmant qu’elle est sapée genre pouf, avec sa mini-jupe et son blouson de cuir carminés. Le roi Dagobert qui a encore mis son falzar à l’envers, se lansquine sur les godasses vu qu’il ne trouve pas sa braguette. Roland comte de Roncevaux surnommé « Olifant’man » en profite pour jouer de son corps avec Peau d’âne qui en a ras les couettes d’être courtisée par son paternel. Tout baigne donc chez les têtes perlouzées, et vers les trois plombes du mat’, chacun repart rejoindre ses pénates, avec sa citrouille, son carrosse, ou sa Rolls. La Reine qui a biché comme un vieux pou, toute la soirée, part se zoner un tantinet crevée. Elle a les arpions chauffés à blanc, le rimmel et le fond de teint prêts à faire des bulles et elle prétexte un mal de tronche carabiné, pour que Schwarzy, son nouveau compagnon de bordée (que les rosbifs appellent boyfriend), lui lâche les baskets. 

    Le lendemain matin après avoir mis ses faux-cils et rajusté sa perruque, elle vérifie la tenue des coutures de son dernier lifting et se pointe avec un sourire carnassier, sa zapette à la main, devant son miroir. Lorsque l’écran s’allume, elle s’interloque en zieutant Gaston le dos tourné. Elle piaule :

    Épisode 9 – La reine prépare sa rebiffe.- Eh, face de carême, c’n’est pas ton joufflu qui m’intéresse, montre-moi ta trombine !  

    Le génie se retourne :  
    - Fais-excuse ma Reine, ton pas est si léger, que j’n’avais point ouï ta présence. J’ai aussi les portugaises un chouia ensablées à cause d’un reliquat d’oreillons. Va falloir que j’aille à la consulte de l’ORL pour mon décérumenage annuel. 

    - Arrête ton char et tes excuses bidon et lorgne mégnasse ! Qu’en penses-tu, ne suis-je pas la mieux balancée ? 

    - Sans conteste votre grandeur est la mieux chiadée du palais !  

    - Me prends pas pour une brelle, au château y a que des thons ! C’est de tout le royaume que je te cause. Rencarde-moi où t’iras pointer chez chômdu !  

    - Ok mais je me déballonne sur ce qui va arriver. Votre nièce que je zieute en train de ranger sa boite à bijoux dans son sac Vuitton, crèche chez les sept piocheurs qu’ont le tuyau d’échappement près du gazon et elle reste la mieux roulée du royaume. 

    La reine manque s’étranglouiller ; elle vire cramoisie et sans pouvoir rétorquer, enfonçe nerveusement la touche off de la zapette, renvoyant Gaston à Pétaouchnock. Elle bigophone à son cousin, un peu sorcier et tout aussi teigneux qu’elle : 
    - Platt-Fuss (prononcez plate fousse), ramène ta fraise, j’ai besoin d’un coup de paluche et de tes compétences de transformiste. Tu peux ralléger avec ton matou Azurel qui, je l’espère, est toujours aussi mal dressé. Il pourra mettre le souk en cuistance et faire enrager le maître-queux. Ce n’est pas la peine d’avoir fait l’école Hôtelière avec des stages chez Troisgros et Bocuse, pour que cet enfoiré se montre incapable de faire la différence entre des abats de sanglier et ceux d’une mijaurée. 

    Quelques plombes plus tard, le sorcier arrive avec son greffier qui aussi sec courate rejoindre la cuisine, renversant les saucières et chouravant les saucisses. Platt-Fuss, sourcils broussailleux et tonsure ébène, est vêtu d’une longue tunique noire à capuche. Il descend par la cuisse gauche, d’une lignée de sorciers gnomes qui habitent la Forêt Noire en Allemagne et pratiquent la magie noire. Par suite d’un problème génétique, il s’était retrouvé de la taille d’un homme ordinaire avec toutefois un souci du côté des ripatons aussi plats qu’un encéphalogramme de hooligans, il fut surnommé Platt-Fuss, vocable que l’on pourrait traduire en français par : Pied-Plat. Domicilié à proximité de la Gare Gamelle, Il sévit dans une contrée où résident de gentils petits personnages bleus, pas plus grands que des chaussinettes d’enfants (strumpf en gothique). Il est leur ennemi juré, mais malgré ses pouvoirs de se transformer en n’importe quel personnage, il n’est jamais parvenu à les capturer pour les déguster après les avoir passés à la centrifugeuse. Une vieille légende d’Outre-Rhin affirme que le strumpfsaft (jus de chaussettes) qu’il faut boire à jeun le matin, donne une pêche d’enfer et serait même, source d’immortalité. 

    - Cousin, mielleuse la Reine, t’es une pointure pour modifier les trombines ; prépare-moi un philtre qui me transformera en Danièle Gilbert. La princesse, cette petite punaise, se laissera berlurer vu qu’elle est accro de Midi-Première à la téloche. Je pourrai ainsi l’approcher et lui faire sa fête. 

    - Banco cousine, que ricane Platt-Fuss. Où que c’est-y que je peux œuvrer ? 

    - Suis-moi l’artiste ! Elle emprunte (pour pouvoir le rendre) l’ascenseur dérobé interne, car les escaliers dérobés n’existent plus que chez les gagnepetits et les nobliaux traine-misère, et ils descendent au deuxième sous-sol. Le premier sous-sol sert de parking à péage ce qui permet à la rapiate de faire casquer le stationnement de leurs véhicules, à ses invités. Ils pénètrent dans une immense cave voutée, traversée par une rivière qui alimente les douves du château d’où la reine peut quitter incognito son château à bord d’un petit bateau électrique et silencieux. La Reine pas peu fière, montre à son cousin sa dernière emplette attriquée à la foire internationale du sorcier moderne. Il s’agit d’un chaudron en polymère électro-actif avec sonde et capteurs intégrés qui permettent la diffusion interne et harmonieuse de la chaleur et offrent un mode de cuisson de qualité vitrocéramique.  

    - Impossible de rater une préparation, dit-elle ! Tu jettes dans le récipient, de la bave de crapaud, une plume de blanche colombe, des yeux de merlans frits, de la langue de vipère, un pied de cochon pour le moelleux, une jambe de bois, un cœur d’artichaut, une cuisse de mouche, trois litres d’eau de vase et un petit verre de schnaps. Tu programmes thermostat 3,14, et roule ma poule, le temps de faire ta grille de mots croisés, ta potion pour soulager les verrues plantaires, ravigoter la libido d’une momie égyptienne, désanorexiquer les mannequins de mode, humaniser un usurier, ou favoriser la repousse des cheveux, elle se retrouve conditionnée en flacons, étiquetés et prêts à être commercialisés auprès de ma clientèle de prétendus gourous, marabouts, voyants, exorciseurs, médiums, aruspices, augures et faux-prophètes de tous poils. 

    Impressionné, Platt-Fuss se met au turbin et en quelques broquilles, le breuvage magique fut d’équerre. Les deux affreux fêtent d’avance leur succès, persuadés de la réussite de leur arnaque, en faisant péter le bouchon d’une demi-roteuse qu’ils enquillent aussi sec en dégustant quelques toasts de cafards grillés au  beurre de limace. Lundi en fin de matinée, la Reine décanille vers la forêt avec son GPS pour ne pas se paumer et la fiole contenant le breuvage magique qu’elle range dans son sac Hermès (elle n’a pas les mêmes valeurs que sa belle-fille). S’approchant de la chaumière, elle se mouille la meule avec le breuvage magique et aussi sec se transforme en sosie de la grande Duduche. La ressemblance est telle que lorsque Blanche Neige la borgnote, elle ne se gaffe de rien. Elle pense même qu’elle va passer à la téloche sur Midi Première. La jactance entre les deux donzelles s’engage :  
    - Bonjour Danièle !

    Fin de l’épisode... à suivre.

    Que va-t-il arriver ?
    Réponse A – Blanche-Neige feint de croire à la venue de Danièle Gilbert ; elle entarte en pleine poire la reine mère qui retrouve son physique (la crème fait antidote) et part en courant rejoindre son château.
    Réponse B – La reine réussit à entrer chez la gamine et lui fait enfiler un corset magique.
    Réponse C – Charles qui avait été chargé de surveiller la chaumière se pointe avec sa hache et une course poursuite s’engage entre lui et la reine.
    Réponse D – Blanche-Neige évoque sa tristesse de ne plus voir sa belle-mère qu’elle aime malgré ses défauts et la reine tombe à genoux en demandant pardon à sa belle-fille.
     

    Glossaire :
    Rencarder : renseigner dans le sens de prévenir.
    Barjacter : parler vite et fort.
    Se mélanger les pinceaux ou les boyaux du cerveau marque une grande confusion.
    Baver sur les rouleaux c’est faire preuve d’une grande médisance, c’est ce que le loup reproche à l’agneau dans la fable.
    Bicher comme un vieux pou : être suffisant, sardonique.
    Partir se zoner : aller se coucher.
    Piauler, comme quincher, c’est crier d’une voie pointue et aigüe.
    Joufflu : les fesses.
    Avoir les portugaises ensablées c’est avoir les oreilles bouchées.
    Lorgne mégnasse : regarde moi avec attention.
    Se déballonner : ne pas porter le chapeau, refuser toute responsabilité.
    Pétaouchnock : localité (imaginaire) très lointaine. A l’origine, il s’agissait d’une création fantaisiste et xénophobe car il s’agit d’un pays indéterminé peuplé de noirs.
    Chouravé ou chouré c’est voler, pas dans les airs mais dans la poche du voisin.
    Attriquer : acheter quelque chose.
    Être d’équerre : convenir parfaitement.
    Décaniller : partir à pied.
    Borgnotter ou borgnoter : regarder avec attention en plissant les yeux.
    Se gaffer : utilisé ici dans le sens de se douter de quelque chose, se gaffer c'est aussi se tromper.
    Jactance : Terme générique pour tout échange de propos entre deux personnes. 


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  • Les femmes préfèrent être belles plutôt qu’intelligentes
    parce que, chez les hommes, il y a plus d’idiots que d’aveugles
    Yvonne Printemps

    Où Blanche-Neige fait la connaissance des habitants de la petite maison dans la prairie.

    Ce sont bien nos amis les nains qui rentrent de chez Brico-Merlin. Ils sortent de la remorque le matos acheté au magasin de bricolage, planches, quincaillerie, cabine de douche et toilette privative en kit, tout ce qu’il faut pour transformer la pièce du bas en chambre d’hôte.
    Ils se mettent en sale et avec efficience comme on dit dans les entreprises, ils se mettent au turbin, objectif : nettoyage du plafond à la française, crépi sur les murs, finalisation du lit, coiffeuse, petit table, montage de la cabine de douche et du coin toilettes. Bref à côté de nos amis, l’équipe de Valérie Damidot passe pour de pâles amateurs dotés de deux mains gauches.
    En fin de matinée, ils sont rejoints par Dynamite et Hercule qui rallègent de chez les voisins avec un chariot contenant un stère de bûches pour la cheminée, les soirées étant encore frisquettes.
    Comme de bien s’accorde, pour donner la main, pendant qu’ils mouillent la liquette, Blanche-Neige prépare la bouffe à la galetouse de midi : salade de pâtes aux dés de jambon, casse-dalle à la rosette et cornichons, rigottes de chèvre, assortiment de fruits secs, quelques pots de beaujolpifs, et brocs d’eau tirée de la source qui alimente le petit ruisseau qui coule à proximité de la cambuse.
    Pendant cette petite interruption de leur labeur, Dynamite, met la gosseline au parfum concernant leurs voisins : 
    Episode 8 – Rencontre avec les voisins- Il s’agit d’une famille venue des Amériques qui crèche à quelques centaines de mètres à gauche en sortant, dans la petite maison dans la prairie, située juste après notre petit bosquet. Le père est un solide gaillard un peu comme Hercule qui se fait suer le burnous comme bucheron. Il vit à la colle avec sa chenuse fenotte Caroline. Le couple élève leurs trois pisseuses, Mary, Carie et Laura la petite dernière, une pisse-trois-gouttes toujours à courater et se rouler dans l’herbe pour faire fuir reinettes et papillons. Ca gonfle un peu son paternel qui se demande parfois si elle n’a pas été bercée trop près du mur, il en redouble d’efforts en fendant le bois avec sa hache. Si tu es d’accord, nous avons invité demain tantôt, nos amis pour le café.

    - J’en suis ravie rebrique la princesse.

    Il faut dire que  la famille entretient de bonnes relations avec les nains qui, lorsqu’ils ne marnent pas à la mine, aiment à fabriquer des jouets qu’ils offrent aux momignardes pour les anniversaires et aussi le jour de Noël.

    Il convient de préciser ici que nos petits amis ont passé un deal avec le personnage dont Blanche-Neige avait vu le portrait dans la cabane à outils ; c’est un vieillard un peu excentrique qui bosse en Laponie au village de Rovaniemi avec une tripotée d’assistants, et qui a décidé de promouvoir la fête des enfants. Ils le rejoignent début novembre et l’aident à finaliser ses dernières commandes qui sont toujours livrées pile-poil, la nuit du 24 au 25 décembre au moment des saturnales.

    Les rase-moquettes retournent au charbon en chantant leur chanson favorite :

    Le travail c’est la santé ♫ 
    On n’a pas peur de trimer ♫ 
    Nous quand on est au boulot ♫ 
    On met le turbo. ♫ 
    (Hommage souriant à leur copain Henri Salvador).

    Le soir tout est terminé et après avoir savouré le repas préparé par leur amie, ils ne s’attardent pas longtemps au salon avant d’aller filer dans les toiles. Toute heureuse d’étrenner sa chambrette, notre gisquette se glisse dans les bannes. Un peu excitée à l’idée de voir du monde, elle sort de son sac Vuitton le bouquin d’une auteure suédoise qu’elle apprécie, Catharina Ingelman-Sundberg, « Comment braquer une banque sans perdre son dentier » (Je l’ai lu et le conseille fortement, c’est jubilatoire, fluide et rafraîchissant). Elle lit quelques chapitres, avant de s’endormir un sourire aux lèvres.

    Le lendemain dimanche sous un beau soleil, la matinée s’écoule vite : passage au temple-église où les nains assistent à l’office protestant et Blanche-Neige à la messe catholique (à Heidelberg, pendant plus de deux siècles, l’église du Saint-Esprit était partagée avec une cloison qui permettait aux deux cultes d’être célébrés dans le même édifice), repas de midi frugal, Bouftou et Blanche-Neige préparent une tarte aux pralines, la dubéloire pour le café et la bouilloire pour le thé.
    Les invités arrivent avec une tarte au citron préparée par Caroline et ses grandes et une fois les présentations faites, comme il fait beau et doux, tout le monde s’installe en terrasse.
    Caroline, Mary et Carie s’enquièrent de la vie à la cour. La
     princesse rencarde :
    - Ma belle-doche est malheureusement du genre coincée du lasagnier, alors les fêtes et les bals sont quasi inexistants. Pour satisfaire sa pratique du culte de la personnalité, ses courtisans se conduisent en carpettes, toujours l’échine courbée en vomissant leurs compliments à son passage. Tout ceci n’est guère folichon et ne risque pas d’évoluer car la régence doit perdurer, jusqu’à mon mariage. Les prétendants sont plus rares que les pourliches d’un écossais et ils sont le plus souvent éconduits par les gardes, aux postes frontières du royaume.

    - T’inquiète, ma belle ! lui déclare Caroline, nous allons tâcher moyen de t’apporter quelques distractions.

    Pendant que nos minettes taillent le bout de gras, les mectons se sont mis en bras de chemise et manière de se démangogner un tant soit peu les agotiaux, ils se mettent de collagne, en quadrettes et rejoignent le clos pour faire une longue, c’est-à-dire une partie de boules appelée aussi « la lyonnaise ».
    Dans la première équipe, Cosinus et Dynamite sont les tireurs et Bouftou et Rêveur les pointeurs ; l’autre quadrette compte Charles et Hercule comme tireurs et Grisbi et Dandy pour pointer.
    - Vous allez prendre une fanny, déclare Charles à Cosinus qui répond en riant que c’n’est pas demain la veille avec Dynamite qui queute ses carreaux secs et Bouftou qui fait surtout des brochets au lieu de biberons.

    - Si je ne tète pas le but, c’est à cause que ma boule, elle a heurté un gratton, rétorque Bouftou, et vous allez y voir que tantôt nos tireurs vont réussir leurs bauches.

    La partie se déroule avec de nombreuses fausses altercations et de franches rigolades dès que Dandy pointe en premier après avoir lancé le cochonnet et réalisé un museau contre le petit.

    Le soleil commence à décliner vers l’horizon lorsque Caroline déclare :
    - C’n’est pas tout ça, mais il se fait tard et nous devons prendre du souci. Demain c’est école et fête à bras. Leurs aminches s’étant retirés, la princesse et ses hôtes rentrent à l’intérieur. Rêveur la mine soucieuse jabille.

    Fin de l’épisode, à suivre...

    Que dégoise Rêveur ?
    Réponse A – Je crois bien que nous n’avons plus de cacahouètes pour l’apéro.  Réponse B – Je serais d’avis d’installer des barbelés et de mettre la mitrailleuse en batterie pour que la princesse puisse se défendre en notre absence. 
    Réponse C – Franchement, si Charles a marqué le dernier point aux boules, c’est parce qu’il a mordu la ligne après avoir pris son élan ; Je déclare la partie nulle.
    Réponse D – Après souper, je suggère que nous mettions au point une stratégie pour la protection de Blanche-Neige.

    Glossaire:
    Se mettre en sale  : dans les autrefois, la semaine les gens s’habillaient en tenue de travail et donc en parler lyonnais se mettre en sale par opposition à se mettre en dimanche, consiste à s’habiller sans craindre de se tacher.
    Rallèger : revenir, rentrer chez soi.
    La
     bouffe à la galetouse : manger sur son lieu de travail, vient de l’époque où les salariés amenaient à l’usine leur gamelle pour la pause de midi.
    Cambuse : contrairement à l’argot qui lui donne une connotation négative, en parler lyonnais c’est un appartement ou une maison classique.
    Se faire suer le burnous :comme pour mouiller sa liquette ou sa chemise, c’est travailler dur.
    Vivre à la colle : être en couple sans être marié.
    Pisseuse : désolé mais ça se dit en parlant d’une petite fille, je n’ignore pas le caractère sexiste du terme car rien ne prouve qu'une minette fait plus pipi qu'un gone, mais il est utilisé sans méchanceté.
    Pisse-trois-goutte, se dit d’une petite fille qui a la bougeotte.
    Marner ou bosser, terme générique pour travailler.
    Bannes, toiles, torchons désignent les draps.
    Retourner au charbon : reprendre le travail après une pause.
    Dubélloire : cafetière traditionnelle lyonnaise en grès ou en faïence qui fait partie du décor des loges de concierges, inventée par Dubelloy, neveu d’un archevêque parisien.
    Lasagnier, comme morlingue c'est un porte-monnaie, en être coincé c’est être radin.
    Tailler le bout de gras : discuter, bavarder.
    Se démangogner les agotiaux : en parler lyonnais c'est remuer les bras en tous sens pour s’assouplir, c'est aussi la brasse en natation. 
    Se mettre de collagne : toujours en lyonnais, c'est se réunir par affinité.

    Nous voilà dans le vocabulaire du jeu de boules lyonnais.
    La lyonnaise appelée aussi la longue obéit à des règles très précises que je vous expliquerai un jour. Pour l’instant voici quelques explications : queuter ses carreaux secs, pour le tireur, c’est manquer de toucher la boule adverse en se mettant à sa place. Faire un brochet la boule du tireur atterrit loin de  l’objet visé. Un biberon c’est quand la boule colle contre le but, c’est aussi téter le but ou réussir un museau contre le petit. Heurter un gratton : la boule est déviée par un petit caillou. Réussir une bauche, la boule frappe et se met à la place de celle éjectée.

    Prendre du souci : rentrer à la maison.
    Fête à bras :reprendre le travail.
            

     


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