• 31e épisode - De Tacite à Probus, le redressement

    L'assassinat d'Aurélien, aussi incongru qu'inopiné et surtout sans une seule motivation de prétendant à l'imperatorius purpura, laisse perplexe l'Armée qui se trouva fort dépourvue (comme la cigale quand la bise fut venue) de candidats à ce qui ressemble à une forme de suicide personnel. Au bout de deux mois, l'Armée refile la patate chaude au Sénat qui offre en septembre 275, le titre impérial à Tacite un sénateur de septante-cinq ans. 
    Plein aux as et sans héritier, il fourgue sa fortune de près de 300 millions de sesterces pour renflouer les caisses de l'Etat. Il promeut Probus un général bien vigoret, commandant de l'armée d'Orient pour assurer la protection des provinces de Syrie et d'Egypte. De son côté, avec son frangin Florien, il part guerroyer en Asie Mineure oùsque les Goths viennent d'atteindre la Cilicie. Victorieux, il n'a pas le temps de profiter de sa victoire qu'il chope une infection purulente et mortifère et donc dépote son géranium en juin 276. Aussi sec, Florien le remplace mais il se fait dégommer par ses soldats à Tarse en septembre, lesquels se rallient à l'armée d'Orient qui avait nommé Probus empereur dès le mois de juillet. Prudent, le Sénat ratifie le choix des militaires.

    Agé de 44 ans, l'empereur est un brillant stratège. Il se dirige vers la Gaule esbignée grave par les raids des Francs et des Alamans qu'il défait en 277 à leur retour vers le Rhin. La dérouillée est sévère avec plus de 400 000 barbares tués et 16 000 enrôlés dans l'armée romaine et tout le butin est récupéré. Sur sa lancée, en 278, il récupère les Champs Décumates entre Rhin et Danube, mettant ainsi la Gaule à l'abri des raids germains. L'année suivante, il poursuit ses campagnes victorieuses en Rhétie contre les Vandales et les Burgondes ainsi qu'en Thrace contre les bandes de Sarmates. De leur côté ses légats ramènent l'ordre en Isaurie (région des Monts Taurus en Turquie) et cerise sur le gâteau, la pacification s'achève par une trêve signée avec le roi de Perse Vahram II. C'était pas rien un cogne-mou le Probus ! Pour compléter le tableau, rajoutons les trois tentatives d'usurpation qui font long feu comme des pétards mouillés :
    En 280 Saturninus proclamé à Alexandrie, se fait assassiner par ses troupes assiégées à Apamée en Syrie par les légions fidèles à Probus. La même année, à Cologne, Bonosus un marque-mal avait sottement laissé les Germains incendier la flotte du Rhin. Pour ne pas se faire houspiller, le couyon avait cru bon de se proclamer empereur ; mais il se fait battre par Probus et choisit le suicide. En 281, les habitants de Lugdunum nomment Proculus un riche marchand empereur. Par Sainte Marie Alacoque, les gones avaient dû forcer sur le beaujolais car le gugusse est un rien pétochard puisqu'il file se réfugier chez les Francs dès qu'il apprend que l'armée régulière marche sur la ville. les Francs pas franchement ravi de l'encombrant personnage, le livrent à l'empereur qui manu militari le fait exécuter. Et un et deux et trois... zéros !

    Malgré les batailles, Probus prends aussi des mesures de rétablissement économiques notamment en faveur de l'agriculture. C'est à lui que nous devons nos beaux vignobles et Gnafron et son copain Guignol ne vont pas s'en plaindre. En effet, l'empereur autorise à nouveau la culture de la vigne et la production de vin en Gaule et en Pannonie, annulant l'édit Domitien promulgué deux siècles plus tôt et qui avait interdit la plantation de vignes.
    Il installe aussi des colons germains, Francs et Alamans sur des terres agricoles abandonnées. Il avait bien essayé avec les Goths qui à la première occasion se révoltaient et pillaient autour d'eux ce qui leur valu d'être massacrés et refoulés en dehors de l'empire. Enfin il lance des travaux de voirie, de drainage et de bonification des terres obligeant les propriétaires à entretenir les canaux d'irrigation.

    Nous sommes en 281 et il peut enfin célébrer son triomphe à Rome où il donne des jeux magnifiques ; joutes de plus de 600 gladiateurs, décors de centaines d'arbres pour des "chasses" de milliers d'animaux exotiques. On lui doit cette phrase en référence au fait d'avoir pacifié l'empire : " Brevi milites necessarios non habebimos " " Sous peu nous n'aurons plus besoin de soldats ".
    En 282, il nomme Carus préfet du prétoire et lui confie la défense de l'Occident. Il se met en route vers l'Orient pour entreprendre la conquête de l'Arménie et de la Mésopotamie contre les Perses. 

    Pour donner une bonne image de l'armée impériale auprès des populations et parce qu'il n'aimait pas voir ses troupes désœuvrées, il avait pour habitude de les faire participer à des travaux divers comme la plantation de vigne, l'assèchement des marais ou le percement de canaux. Et c'est là que ça tourne en béchamel ; Apinchant des soldats qui se la jouent traine-savate, il les houspille et les légionnaires fatigués et surpris, pètent un câble et se transforment en mutins. Probus se réfugie dans une tour d'assaut, mais les légionnaires y mettent le feu le poursuivent et le trucident quand il s'échappe du brasier.

    Rapidement informée, la curie Romaine est choquée ; les mutins sont rapidement arrêtés et jugés et de nombreuses condamnations à mort sont prononcées pour l'exemple ainsi que des peines de travaux forcés dans les mines de Dacie. 
    Le règne de Probus s'annonçait pourtant long et glorieux : au moins une vingtaine d'années au lieu de six. Il laisse en héritage un empire sorti de crise aux fondations solides et bien administré. Il a certainement contribué à repousser d'un siècle la chute de l'empire romain et pourtant son action n'est pas évoquée dans les manuels d'histoire : "Ingratus de memoria" "la mémoire historique est ingrate". 

    En parlant d'ingratitude, la fable "le Loup et de la Cigogne" en est un bon exemple.

    Fin de l'épisode, à suivre... 

    Le Loup et la Cigogne

    Le loup c'est bien connu, est un fieffé glouton
    Qui baffre sans respirer les agneaux, les moutons
    En étant si pressé, il aurait pu crever
    D'un bout d'os de gigot planté dans le gosier

    Il avait, n'en déplaise, comme d'autres arsouilles
    Une bonne dose de bol, le cul bordé de nouilles
    Car notre amie Cigogne qui s'en venait par là
    Du loup tout gargouillant sans crainte s'approcha

    Arnouchant le tableau, elle oeuvra aussi sec
    Dans la gueule du loup, en y plongeant son bec
    Retira l'osselet, le montra pas peu fière
    Au loup ragaillardi, réclamant son salaire

    Te fourguer mon oseille, t'as fumé la moquette
    Ne t'ai-je pas, bon zig, laissée en vie minette
    Sans te croquer le cou si près de mes chaillottes
    Alors casse-toi ingrate ou sinon j'te boulotte


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