• 24 - Le martyrologe romain

    Le martyrologe est une liste de martyrs établit par une religion. Par le sacrifice de leur personne, ils accroissent le prestige de la dite religion et en accréditent l'existence. Béatifiés ou sanctifiés et inscrits dans les livres sacrés, certains deviennent des prénoms courants et sont répertoriés dans des calendriers. Les kamikazes en sont la résurgence moderne. Tous ces martyrs sont hélas bien souvent instrumentalisés et utilisés à des fins politique et de propagande ; de nos jours nous en mesurons l'impact négatif. La révolution de 1789 avait essayé de remplacer les saints par des outils, des animaux ou des végétaux, mais ce fut un fiasco ; pas facile d'appeler son enfant : faucille ou marteau, limace ou chèvrefeuille... Mais revenons à notre histoire 

    25 - Le martyrologe romainLe second siècle, marque l’apogée de Lugdunum : la ville s’étale largement sur les rives de la Saône au pied de la colline (de Fourvière). Les bateaux accostent sur la rive droite et la presqu’île des Canabae qui devient centre commercial où s’édifient les bureaux des grandes corporations, négociants en blé, en vin, revendeurs d’huile espagnole… et  l’un des principaux quartiers résidentiels s’implante vers le sud. (Souvenez-vous que la confluence était alors située entre la place des Terreaux et les Cordeliers et que le centre ville actuel était composé d’îlots qui s’étendaient jusqu’au quartier d’Ainay).

    Comme de bien s’accorde, l’importance de la cité administrative et sociale attire de nombreux étrangers : personnel politique venant de Rome, commerçants venus de toute la Gaule, d’Italie et d’Orient avec le « nerf de la guerre » représenté par les financiers et les usuriers. Ceux-ci, tel des vautours octroient des prêts aux commerces en difficultés, les rachètent à bas prix et comme le veut la loi, le prêteur endetté qui ne peut rembourser devient esclave ou dans le meilleur des cas, gladiateur.

    La spéculation existe depuis que l’homme a commencé de battre monnaie et son prochain.

    En 160, sur les pentes (de la Croix-Rousse actuelle) de Condate, bourg mitoyen de Lugdunum, un nouveau temple de Cybèle est inauguré avec son taurobole et ses sacrifices dédiés au culte impérial et à la sauvegarde de l’empereur. Les nombreux temples et tauroboles font de la ville, la capitale du culte métroaque (maison de la mère) et impérial qui cohabite avec les autres cultes dont le mithraïsme bien développé dans les armées et chez les nobles romains (oppidum de l’esplanade de Fourvière, XIIIe cohorte urbaine de la rue des Farges), le culte d’Isis (qui n’était plus qu’un vestige lié à la période des amours tumultueuses de Cléopâtre avec César et Pompée), et aussi avec la première église chrétienne fondée en Gaule par Irénée.

    Tout baigne me direz-vous ! Que nenni car depuis les années 150, l’absence de guerres avec ses annexions qui enrichissaient les caisses de l’état (comme toujours, c’est malheur aux vaincus car les vainqueurs ne se privent pas de ponctionner les territoires annexés et de les soumettre à un lourd tribut), et surtout les besoins financiers croissants pour assurer la défense des nouvelles frontières avaient engendré une crise (genre premier choc pétrolier du XXe siècle) qui frappait le monde romain et s’étendait dans toutes les provinces.

    Ces charippes d’humains décidément ne changent pas : les nantis étaient envahis par la crainte de perdre leurs richesses et les autres cherchaient à rejeter la faute sur les ceusses que sont pas comme eux. Commença alors un processus qui allait conduire au drame. Tout d’abord, la bourgeoisie proposa que les combats de gladiateurs qui coûtaient cher, soient remplacés par des scènes de massacres des condamnés de droit commun, parodies de batailles, fauves lâchés dans l’arène et autres délicieusetés. En 177 ils avaient obtenu l’aval de l’empereur mais il y avait pénurie de condamnés ; ainsi, face au mécontentement populaire, les milieux commerçants appuyés par la puissance des corporations, utilisèrent l’opinion publique (partagée par le sénat et l’empereur) qui considérait les chrétiens comme une secte orientaliste, dangereuse et surtout coupable de crime de lèse-majesté puisqu'elle refusait de se plier au culte impérial.


    Dès le printemps, ils déclenchent un pogrom. Les chrétiens sont interpellés dans les rues et leurs habitations, hués, dépouillés, lapidés, ils sont traînés jusqu’en haut du forum où, interrogés par le tribun de la XIIIe cohorte urbaine et les duumvirs, ils confessent leur foi et  sont de ce fait accusés de
    faction illicita et jetés en prison, jusqu’à l’arrivé du légat. Certains, dont l’évêque Pothin âgé de plus de 90 ans, moururent dans leurs cellules suite aux sévices subits. Le légat qui avait sollicité l’empereur reçu de celui-ci les instructions suivantes : remettre en liberté ceux qui abjurent leur foi, exécuter les autres, soit par décapitation s’ils ont la citoyenneté romaine, soit en les jetant aux bêtes dans l’arène.

    25 - Le martyrologe romainL’amphithéâtre des trois Gaules est comble lorsque Blandine, la dernière suppliciée, est jetée aux lions mais les fauves l’épargnent, la frôlent, lui lèchent les mains, se couchent à ses côtés. La foule gronde, frustrée. Elle est alors mise dans un filet et sigrolée par un taureau qui la projette dans les airs. Quelques barbares venus d’Hispanie se permettent de crier quelques ‘olé!’ avant de se taire désapprouvés par le public. On reconduit l’animal dans son box et en sortant la jeune martyre du filet le bourreau signale qu’elle est toujours vivante. Les spectateurs se mettent alors à murmurer prêts à lever le pouce pour demander sa grâce. Le légat craint que si elle survit elle soit déifiée, légitimant ainsi la secte chrétienne, alors il ne laisse pas au peuple le temps de se retourner. Il envoie rapidement un légionnaire qui achève Blandine en l’égorgeant avec son glaive. Les corps furent ensuite exposés pendant six jours avant d’être brûlés, réduits en cendres et jetés dans le Rhône pour qu’il n’en reste aucune trace !

    C’est ainsi que parmi plus de quarante victimes mortes en prison, décapitées ou livrées aux fauves, le martyrologe romain de la chrétienté consacra outre Blandine, l’évêque Pothin, le médecin Alexandre Attale, le jeune Pontique, le diacre de Vienne Sanctus...

    Irénée qui succéda à Pothin et mourut en 202 avait échappé au massacre, car il était à cette période en mission de négociation à Rome. La persécution de 177 ne s’inscrivait donc pas dans la seule volonté impériale ; elle fut strictement lyonnaise pour servir d’exutoire au mécontentement du peuple en désignant les chrétiens comme responsable de la crise dont ils n’étaient que les boucs émissaires.

    A suivre ...


  • Commentaires

    2
    Mardi 2 Septembre 2014 à 17:41

    CouCou Fab,

     

    J'avoue que je n'ai pas tout lu....mais boueeeee la barbarie .........jetée aux lions..........

    puis au taureau pour finir égorgée et exposée..........brûlée.....

    le sort s'est acharné.........sur cette Blandine.......

    comme sur d'autres........

    quelle triste fin !!! j'en ai des frissons dans le dos........

    j'ai horreur de la violence et Dieu m'en préserve.........je n'en ai jamais subi........

    Un grand MERCI pour ta carte de croisière qui va rejoindre ma collection..........

    Tu as dû te régaler .........yes

    Pour ma part pas de départ en vacances mais des travaux dans la maison.....

    Nous avons du très beau temps cette semaine..........

    ça compense les congés pluvieux et à peine tièdes du mois d'août.........

    Je consacre moins de temps au blog car comme tu l'as vu je préfère actuellement créer

    pour offrir et faire plaisir..........

    c'est un loisir créatif qui m'apaise après les tensions du boulot.

     

    Bisous à Toi et à ta petite famille wink2

    A bientôt

     

     

     

    1
    Sucramus
    Vendredi 22 Août 2014 à 11:35

    Bien le bonjour mon vieux complice. Elle est trop bonne ton histoire de Lyon, et tellement documentée que j'en découvre l'histoire qu'on nem'a pas enseignée à l'école. Faut que tu voies not' sinistre pour qu'il l'inscrive au programme pour en faire une thèse d'histoire...

    J'espère que tu te portes bien ainsi que tes fenottes à qui tu feras la bise. Bonne route et soigne toi bien.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :