• Pour ceux qui suivaient mes premières histoires, rappelez-vous de l’homme des premiers âges, un farouche guerrier qui s’appelait Bic et contribuait au progrès de ses semblables. Il avait épousé Gaia, la fille du chef Craô d’un des clans qui vivait proche de la grande mer bleue. Elle mourût hélas d’une forte fièvre alors qu’elle attendait leur enfant et Bic se retrouva seul et désespéré.

    Pour tenter d’effacer son chagrin, il quitta le clan et partit explorer le monde en remontant vers le nord. Il traversa un détroit presque à sec qui l’amena dans un pays luxuriant et boisé (la Péninsule Ibérique actuelle). Accompagné de son chien-loup Biscotte et de son cheval noir, il impressionnait les peuplades qu’il croisait mais qui se rassuraient vite devant ce trio original qui ne manifestait aucune agressivité.

    Un jour qu’il était hébergé dans un village implanté sur un petit plateau à l’orée d’un bois, il échangeait avec le chef et l’homme-médecine, dans un dialogue fait d’un mélange de langage des signes et de quelques mots.

    Lorsqu’il leur indiqua la direction où il comptait se rendre, les deux hommes s’agitèrent avec une mine inquiète. Ils lui firent comprendre qu’il s’agissait d’une sorte de lieu sacré d’où personne ne revenait intact. Les croyances primitives reposaient alors sur des dieux liés à la nature et aux quatre éléments, l’eau, la terre, l’air et le feu.

    - Ce soir, nous te montrerons le phénomène, lui dirent-ils !

    Intrigué et respectueux de la crainte des deux hommes, Bic ne fit aucun commentaire. Le soir, après que les feux aient été allumés aux alentours du camp pour le protéger d’éventuels prédateurs nocturnes, les deux hommes accompagnés de notre ami, s’éloignèrent du village.

    Ils s’assirent sur un petit promontoire qui dominait l’endroit « magique ». La nuit était faiblement éclairée d’une lune au mitant de sa course ; tout semblait normal, lorsque brusquement Bic vit des lumières d’une couleur bleutée s’enchevêtrer et s’agiter doucement, disparaître et réapparaître comme si elles avaient une vie propre. Le phénomène se prolongea un bon moment avant que tout s’éteigne et redevienne normal.

    Effectivement c’était impressionnant et Bic questionna les deux hommes. Oui ! Ils s’étaient rendus en groupe sur place en journée, mais ils n’avaient rien détecté sur l’origine de cette luminescence. Ayant placé des sentinelles à proximité, celles-ci étaient revenues affolées en ayant ressenti comme un tremblement de terre et des vibrations non humaines avant le déclenchement des lumières. Quelques téméraires y étaient allés que l’on a retrouvés le lendemain morts de peur.

    - Très bien ! J’éviterai le secteur, déclara Bic en remerciant de l’avertissement.

    En début d’après-midi, il prit congé de ses hôtes, muni d’une outre d’eau et de quelques provisions. Avec  Biscotte, il obliqua sur la gauche et en fin de soirée, il se retrouva au pied d’un petit monticule avec une caverne qui serait parfaite pour la nuit. Il alluma le feu, partagea ses provisions avec le chien tandis que le cheval broutait tranquillement non loin d’eux.

    Il s’apprêtait à se couvrir de sa pelisse, lorsque des vibrations se firent ressentir. Biscotte en couinant se mit contre lui et le mustang releva l’encolure, surpris. 

    - Nous n’avons pas assez détourné notre route, dit Bic au chien en lui caressant la tête. Ne t’inquiète pas, nous sommes à bonne distance !

    Les lumières dépassaient au loin la frondaison des arbres dans un ballet étrange. Il en fallait plus pour affoler notre homme qui a vécu de nombreuses aventures. Il était plus dubitatif et curieux, qu’inquiet. Tout se calma et la nuit s’écoula sans autre incident. Au petit matin, il décida d’en avoir le cœur net.

    - Reste avec Crin noir dans cette clairière et ne t’inquiète pas, je serai prudent déclara-t-il à Biscotte, j’ai besoin de connaître ce qui se passe. Le phénomène se produit toujours de la même façon et au même moment ; il y a une logique surement d’origine naturelle.

    Biscotte ne semblait pas très d’accord avec son maître, mais il avait confiance et il s’installa près de son ami le cheval. Bic se dirigea donc vers le lieu sacré en se présentant par l’arrière. Il se déplaçait sans bruit et maîtrisait l’art de passer inaperçu lorsqu’il voulait observer sans être vu. Il s’était mâchuré la figure et recouvert de sa pelisse ce qui lui donnait l’aspect d’un animal ordinaire. S’approchant encore, il aperçut une souche qui n’avait rien à faire dans cet endroit. La faisant rouler, il constata qu’elle dissimulait l’entrée d’un vaste terrier.

    Son instinct de chasseur lui fit comprendre qu’il n’abritait aucun animal ; l’entrée était assez grande pour qu’il s’y engage légèrement penché. Il prit de quoi se faire une torche et suivit la légère pente qui allait en s’agrandissant. Quelques dizaine de mètres plus loin il avançait debout et remarqua que les parois étaient recouvertes de petites pierres brillantes qui formaient un halo lumineux. Il n’avait donc pas besoin d’une torche pour avancer.

    - Ce souterrain est de construction humaine pensa-t-il. Aucun son, ni mouvement ne signalait une présence. Ce lieu est abandonné depuis très longtemps conclut-il.

    Un petit air frais et une luminosité naturelle lui indiquait qu’il arrivait au terme de ce curieux passage. Un petit rideau de feuillage bruissait doucement qu’il franchit et s’arrêta interloqué devant le spectacle qui se présentait à lui.

    Il était à l’entrée d’un dôme en forme d’une demi-sphère, d’une vingtaine de pas de diamètre et d’une hauteur de trois hommes adultes. Tout le tour, et jusqu’à hauteur d’épaule, était lisse, constitué de blocs de pierres parfaitement taillés de l’épaisseur d’un bras d’où sortaient de gigantesques bandes de fer rouillées qui constituaient la voûte arrondie formé d’un feuillage très épais.

    Bic connaissait l’art de la pierre taillée et du fer, mais cela dépassait son entendement.
    -Ce ne peut être que l’œuvre de géants qui maîtrisent une science inconnue se dit-il.

    Au centre une grande table ronde elle aussi en pierre taillée occupait un tiers de l’espace.

    - Bizarre ! Elle semble nettoyée car si le sol comprend de nombreux cailloux et déchets végétaux, elle est lisse en surface.

    De plus en plus intrigué il s’assit dans un coin de la pièce. Il savait que la nuit régnait à l’extérieur, même si le halo de la lune maintenait une faible luminosité sous le dôme. C’est alors que commença la vibration sous la forme d’une sorte de ronronnement continu.

    Bic pas très rassuré vit avec stupeur que le haut du dôme s’ouvrait montrant un ciel étoilé. La table se mit à son tour à vibrer et ce fut comme si des tiroirs s’ouvraient laissant apparaître plusieurs globes d’une matière inconnue de Bic et qui envoyaient au ciel les fameuses lueurs de couleur bleutée qui ondulaient. C’est alors qu’au centre de la table se souleva une sorte de plateau plat avec une face brillante qui elle aussi s’éclaira faisant apparaître un individu tout en lumière dont on ne voyait que le tronc.

    Bic avait fermé et ouvert les yeux à plusieurs reprises, mais sa curiosité était plus forte que ses craintes car la chose ne semblait pas le voir. Elle parlait dans une langue que bien sûr il ne comprenait pas. Incrédule il vit se déplacer derrière l’homme des objets qui se déplaçaient à vive allure avec des personnages curieusement vêtus qui semblaient affolés et couraient en tous sens.

    Il remarqua alors à côté de ce que nous appellerons un écran, un petit boitier rectangulaire où tournait une sorte de petit disque. Bic le prit et le manipulant sans intention particulière, il appuya sur un bouton qui déclencha le processus inverse ; l’écran s’éteignit, les globes aussi qui réintégrèrent leurs tiroirs et le dôme se referma à son tour. Mais en plus, la table centrale se mit à s’enfoncer dans le sol et le dôme commença à s’effriter avec des morceaux tombant au sol.

    Machinalement, Bic mis le petit boitier dans sa besace en cuir et se précipita vers la sortie. Quand il se retrouva à son point de départ, le terrier s’effondra sur lui-même.
    -Dommage, j’aurais bien aimé comprendre, se dit-il !

    Il retrouva Biscotte et Crin Noir à qui il conta sa mésaventure et reprit sa route. Quelques temps plus tard, il avait même oublié le petit objet qu’il emmenait avec lui.  

    En 1850, lors de fouilles en Provence, un étudiant en archéologie, mis à jour une tombe où ne subsistaient que quelques objet dont une sorte de petit boitier en nacre contenant un petit disque noir, il fut remis au musée d’archéologie de Besançon sous l’indication « objet de culte mésopotamien ».

    En 2016, un professeur agrégé d’histoire antique informaticien et chercheur, repéra ce petit boitier dans la liste des collections archivées. Dans le cadre de ses travaux de recherche, il souhaita l’étudier ce qui fut accepté. Il se rendit au musée pour le récupérer et lorsque l’employé lui demanda ses coordonnées il répondit :

    - Bic, professeur Bic ! 


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