• Il est 10h lorsque le car s’arrête à Jons sur la D6 à la hauteur de la D6e qui mène à main gauche au pont de Jons. J’en descends et lorsque le car reprend sa route en direction de Villette-d’Anthon  je traverse prendre la D6e puis à main droite le chemin qui monte vers le hameau de Bianne où réside mon arrière-grand-tante. Je pourrais faire le chemin les yeux fermés car c’est chez elle que, depuis ma petite enfance, nous allons, dès les beaux jours, passer nos dimanches en famille. Des dizaines d’anecdotes me reviennent en mémoire et si j’en ai le temps, un jour, je vous les conterais. Mais en cette fin du mois de juin 1965, ma visite en solitaire a une autre motivation. Nous sommes jeudi et je n’ai pas de cours, ni d’atelier au lycée La Martinière où j’effectue mon avant-dernière année de TIM (technique industrielle de micromécanique, autrement dit : horlogerie). J’ouvre le portail donnant sur une petite cour en détachant une vieille chaîne enroulée entre les deux battants. Elle n’a pas de cadenas et sert depuis très longtemps à tenir le portail fermé qui ne comporte pas de verrou, juste un loquet qui ne résiste pas au premier coup de vent. Tante Pauline m’attend sur le perron de l’entrée. On se coque la miaille comme il se doit.

       - Je t’ai vu arriver par la croisée de la cuisine, mon gone ! Blanche, ta grand-mère, ma nièce bien aimée, m’a prévenue par courrier de ta visite. Mais je ne vois pas le père Bouvier, ne devait-il pas t’accompagner ?

       - Il nous rejoindra pour le café. Ce matin il a un cours de catéchisme à l’annexe du Lycée Chaponnay de la rue Pierre Corneille, qui jouxte l’église de l’Immaculée Conception.

    J’étais venu ce jour-là pour récupérer une petite malle contenant la transcription de documents écrits depuis le IVème siècle par les descendants de Fabulix. Mémé Blanche m’avait proposé de me confier ces documents que lui avait légués son aïeul et qui étaient conservés par sa tante.

       - Ils te reviennent car tu es passionné d’histoire,  me dit-elle.

    Jusqu’au XVIIIème  siècle, les documents ont été réécrits à cha peu par des copistes et certains sont encore en latin. D’où la présence du père Bouvier, un prêtre ouvrier qui en classe de 3ème nous donnait des cours de morale et d’éducation civique en lieu et place du catéchisme (j’étais élève au Lycée Chaponnay). Cet homme très érudit nous ouvrait les portes de sa bibliothèque. Je l’ai contacté pour qu’il m’aide à traduire les textes en latin et en vieux français. Ce jeudi de juin 1965 marque le début de notre collaboration qui durera de nombreuses années pour la compilation des documents et leur réécriture en français actuel.

    C’est pourquoi à  partir de cet épisode, la suite du feuilleton historique comportera l’opinion et les sentiments des témoins de l’Histoire telle qu’ils l’ont vécue.

    383 - Lettre de Fabullus  à sa fille Julie, correspondant auprès de Justus évêque de Lugdunum

    Ma chère  Fille

    30 ans après le suicide de Magnence, c’est encore par chez nous que le jeune empereur Gratien tout juste âgé de 24 ans vient de trouver la mort ce 25 août 383. Au début de l’année 383, le général romain de la province de Britannia se fait proclamer empereur par ses troupes. Aussi sec, il débaroule en Gaule pour faire valoir ses prétentions. Au printemps, en 6 jours, à la bataille de Lutèce, il défait les légions de Gratien qui de ville en ville ne trouve refuge qu’à Lugdunum où le gouverneur lui ouvre les portes. Mais c’est une souricière car les espions de Maxime font courir le bruit que l’impératrice arrive rejoindre son époux. Le cœur gonflé comme une pâte à bugne trempée dans un bain d’huile, le pauvre gone sort imprudemment de la ville et se dirige vers une litière fermée. Ouvrant les rideaux, il se fait choper et trancher le corgnolon d’un coup de glaive par Andragathios, commandant de cavalerie de l’usurpateur. Celui-ci arrive, désapprouve le meurtre et fait transférer le corps à Trèves pour être inhumé avec les honneurs (geste purement politique pour ne pas s’attirer les foudres de Théodose).
    Quelle misère tout ce que nous vivons à notre époque ! Tout ceci n’annonce rien de bon pour les temps à venir. Reste bien en Aquitaine pour cultiver ta vigne avec mon gendre. Il paraît que cette année la récolte sera bonne et que ce sera un bon cru.

    Rome empire fin ivQuand je songe qu’il y a une vingtaine d’années, en 361, Julien dit l’Apostat, avait promulgué un édit de tolérance autorisant toutes les religions, abolissant les mesures prises non seulement contre le paganisme, mais aussi contre les juifs et les hérétiques ariens. Il a voulu réformer le paganisme sur le modèle des institutions chrétiennes (moralité des prêtres, création d’institutions charitables) il a même institué une hiérarchie des cultes autour du dieu Soleil. Il a réorganisé et assainit la lourde administration impériale en réduisant le personnel du palais et celui affecté à la délation et à l’espionnage, les agentes in rébus ; il s’entoura de fonctionnaires de toutes confessions. Installé à Antioche pour préparer une grande expédition militaire contre les Perses, il parvint jusqu'à Ctésiphon leur capitale, lorsqu’il fut mortellement blessé le 23 juin 363.

    Dès lors commence vingt ans de troubles. Le général Jovien, commandant de la garde impériale, officier Illyrien endosse la pourpre impériale. Officier émérite, il est aussi chrétien tolérant et donc il apaise le climat de radicalisation mutuelle des positions des tenants et opposants du christianisme qui s’était développé sous Julien. Il promulgue un nouvel édit de tolérance accepté cette fois-ci par chacune des parties. Seulement voilà ! le bougre ne crachait pas sur la mangeaison et la lichaison et c’est après un mâchon, sur la route de Constantinople, dans la nuit du 16 au 17 février qu’il ferme son parapluie des suites de ce repas bien arrosé.

    AndrinopleLe 20 février, Valentinien 1er est nommé empereur d’occident. Il nomme Valens le 8 mars suivant co-empereur pour l’Orient. En 367 Valentinien délivre la Gaule des Alamans. Il nomme son fils Gratien Agé de 8 ans Auguste pour lui succéder. De son côté Valens est vainqueur des Wisigoths dans son combat de 367 à 369. Il soutient l’arianisme et persécute les intellectuels païens.
    Le 17 novembre 375 Valentinien épouse la Camarde en Pannonie dans le conflit qui l’oppose aux Quades et aux Sarmates. Gratien étant absent, c’est son demi-frère Valentinien II qui est proclamé empereur à l’âge de 4 ans sous la tutelle de sa mère Justine.
    Les Wisigoths qui se sont alliés aux Ostrogoths en 375, occupent la Thrace en 377 et le 9 août 378, Valens meurt d’une flèche au cours de la désastreuse défaite d’Andrinople. Théodose le Grand le remplace et avec Gratien en 380 ils arrêtent les Goths en Epire et en Dalmatie.

    Le 28 février 380, Théodose promulgue l’Edit de Thessalonique qui fait du catholicisme orthodoxe la religion d’état obligatoire. L’hérésie arienne est interdite et c’est le début de la fin pour le paganisme. Il commet pourtant l’erreur de fixer les Ostrogoths en Pannonie en 380 et les Wisigoths en Mésie en 382 introduisant ainsi le ver dans le fruit, prélude aux invasions barbares.

    Comme tu le vois Julie, nous vivons une époque très compliquée mélange de guerres contre les Perses et les barbares et pour la prééminence d’une religion. J’étais avec Justus en 381 au concile d’Aquilée au nord-est de l’Italie dans la province d’Udine. Ce concile est le pendant de celui de Constantinople, où l’essentiel des débats a reposé sur le combat contre les hérésies et le paganisme suite à l’Edit de Thessalonique. Je crains que la tolérance ne soit plus qu’un mot relégué aux oubliettes.

    Donne-moi de tes nouvelles et de celles de tes deux garçons qui doivent être de petits gones bien artets et je l’espère pas trop tarabates : à 10 et 12 ans, ils doivent bien occuper ton espace de vie.
    Je vais tacher moyen de venir vous rendre visite prochainement.

    D’ici là prenez soins de vous.

    Je vous embrasse et transmets mes amitiés à ton époux. 

    Fin de l'épisode, à suivre...  


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  • Faisons un point sur la situation en Occident : Constant est seulement âgé de dix-sept ans lorsqu’il devient co-empereur en 337 avec ses frères Constantin II (23 ans) et Constance II (27 ans). Trois ans plus tard, par dépit, il fait tomber Constantin II dans un guet-apens d’où il l’envoie rejoindre la camarde. Il se chipote ensuite avec Constance II mais c’est lui cette fois qui se fait dessoudé le 27 février 350 par Magnence, son général en chef devenu usurpateur de la pourpre impériale, lequel pour faire bonne mesure fait fermer son parapluie à un autre pâle usurpateur,  Népotien, qui ne régna que 23 jours en mars 350.
    Pour protéger ses arrières, Magnence nomme son frangin Décentius, César.
    De son côté Vétranion qui lui-aussi avait usurpé le titre depuis mars 350, se fait gourmander par Constance à qui il fait allégeance avant de partir en exil à Pruse (l’actuelle Bursa de la province de Marmara en Turquie). C’était le 25 décembre (
    un cadeau de Noël puisqu’il aura la vie sauve et mourra de mort naturelle dix ans plus tard en 360).
    Trois ans de castagne plus tard, Magnence vaincu se suicide à Lyon le 11 août 353, suivit dans son geste par son frère Décentius qui se pend à Sens le 18 août. Constance II devient donc seul maître à bord.
    Rappelez-vous ! Silvanius avait changé de camp et permit à Constance de vaincre Magnence. Hélas ! suite à une malencontreuse série de quiproquos et craignant d’être zigouillé, il se fait proclamer empereur le 11 août 355. C’est ballot, puisque le 7 septembre il se fait attaquer dans son palais par quelques spadassins issus des troupes auxiliaires, des Carnutes, (des gaulois celtes comme Astérix)  alors qu’il se rendait à la messe. Réfugié dans la chapelle chrétienne, les païens l’en extirpent avant de le massacrer.

    Nous en sommes donc à deux empereurs et cinq usurpateurs dans la sciure ; on se croirait à : « jeu de massacre à la Foire du trône ».

    Dirigeons maintenant notre caméra vers l’Orient : Le 15 mars 351 à Sirmium en pleine guerre civile contre Magnence, Constance II revêt son cousin Gallus (âgé de 25 ans) du manteau de pourpre des Césars et lui offre, de surcroit, la main de sa sœur (attention ! pas pour faire le ZouaveConstantina, qui l'a habilement servi durant l'usurpation de Vétramion.
    Gallus tient les Perses en respect mais se conduit en tyran, encouragé par sa fenotte (
    c’est elle qui portait la culotte) qui a pris la grosse tête et se voit déjà impératrice. Convoqués par Constance, Constantina meurt de maladie sur le chemin. Désemparé, Gallus est arrêté et il est jugé de manière expéditive par un tribunal spécial dirigé par l’eunuque Eusébios à Pula (Croatie) puis il se fait exécuter à l’hiver 354.

    La pression des Quades et des Sarmates sur le Danube ainsi que la menace perse en Orient poussent Constance à considérer à nouveau la possibilité de nommer un César parmi sa parenté. C'est sur son cousin Julien, le frère de Gallus, que se porte son choix le 6 novembre 355 en lui accordant la main de sa sœur cadette, HélèneC’est décidemment une manie de refiler ses frangines à ses cousins ! Echaudé, Constance entoure toutefois le récipiendaire, de ses plus fidèles hommes de confiance.
    Bataille en GauleJulien parvient dès lors à redresser la situation en Gaule. Constance de son côté quitte les régions danubiennes après avoir soumis les Quades et les Sarmates. Il se porte en hâte vers Constantinople lorsque Shapur reprenant les hostilités, franchit le Tigre en 358. Évitant Nisibé cette fois, le Roi des rois met le siège sous les murs d’Amida qui tombe en octobre 359 laissant six légions prisonnières des Perses. Inquiet des succès de Julien et pour résoudre son problème Constance réclame le retour en Orient des meilleurs bataillons du nouveau César, provoquant l’usurpation de ce dernier. En effet, les troupes en partie gauloises et germaines, très attachées semble-t-il à leur nouveau César et peu désireuses d'abandonner leurs familles pour aller combattre dans la lointaine Mésopotamie au climat si différent du leur, sortent Julien de son palais en pleine nuit, le ceignent du diadème de circonstance et levé sur un bouclier à la manière franque, Julien César est acclamé Auguste par ses troupes en février 360. De nouveau, Constance prend les armes pour défendre son trône. Julien essaie en vain de négocier et n’y parvenant pas, il marche sur Vienne où il prend ses quartiers d’hiver fin 360.
    retour en PerseConstance qui doit poursuivre sa guerre contre les perses se porte sur Edesse puis Amida, assiège Bedzabé et se rend à Hiérapolis.
    En 361, après un nouvel été à batailler sur l’Euphrate, et apprenant que Julien, à la tête de ses armées s'est mis en marche vers Sirmium en Illyrie, Constance II quitte finalement la Mésopotamie supérieure pour marcher au-devant des forces de son rival. En juillet, Sirmium tombe entre les mains de l'usurpateur qui avance jusque Naïssos où il se prépare pour l'affrontement avec les armées de son cousin.

    légions en marcheVa-t-on assister à un nouveau carnage fratricide entre légions ? Que nenni ! Constance lui épargne cette peine. Tombé malade à Tarse en octobre, Constance Auguste, épuisé par la fièvre, décède le 3 novembre 361 à Mopsucrène en Cilicie dans sa quarante-quatrième année, la vingt-quatrième de son règne. Juste avant de mourir, il se fait baptiser conformément à la coutume et par sens du devoir et de la patrie, pour ne pas faire endurer aux populations de la République les affres d'une nouvelle guerre civile, pleinement conscient de l'intérêt supérieur d'un Empire menacé de toute part,  (ici je ne crie pas cocorico mais taratata ! En effet, si le coq gaulois coquerique, l’aigle romain trompette) il confirme son ennemi et néanmoins cousin Julien César comme Auguste pour lui succéder.

    Je me demande si ce n’est pas à cause de toutes ces turpitudes qu’on appelle les clowns, Auguste !!!

    Fin de l'épisode, à suivre... 


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