• C’est-y pas dieu posse que d’y croire, mais pour sûr en ce début du IVe siècle nous voilà à l’aube de notre monde moderne. C’est toutefois un accouchement aux forceps. Résumons la situation :

    Lorsque le fils de Constance Chlore,  Flavius Valerius Aurelius Constantinus âgé de 34 ans en 306 est proclamé 34e empereur sous le nom de Constantin 1er par les légions de Bretagne, nous sommes en période de répression à l’encontre des chrétiens.

    Après les abdications de Dioclétien et Maximien Hercule en 305, il nous reste Constantin Chlore et Galère auxquels s’ajoutèrent deux césars : Sévère et Maximin Daïa, puis ce fut au tour de Maxence fils de Maximien Hercule d’être nommé césar par le peuple de Rome, et dans la foulée Maximien reprend son titre. Galère choisit alors Licinius officier Illyrien comme César et puisque selon le proverbe « plus on est de fous plus on rit », voilà-t-y-pas qu’en Afrique, Domitius Alexander se déclare prétendant à la pourpre impériale. Même si Constantin Chlore dépote son géranium en 306 et rejoint la camarde, nous nous trouvons avec une heptarchie de sept empereurs ou usurpateurs (ça dépend d’où on se place). C’est tout de même la chienlit* comme disait le Général en 1968.

    * Le terme masculin « chienlit », avec le temps devenu péjoratif, désigne initialement au Moyen-Age un personnage typique du Carnaval de Paris, personnage appelé « chie-en-lit » parce que vêtu d’une chemise de nuit avec le postérieur barbouillé de moutarde. C’est Rabelais dans Gargantua qui a utilisé le premier le terme chienlit pour synonyme de désordre, mot repris par Zola dans l’Assommoir et Nana avant d’être popularisé par le général de Gaulle lors des z’évènements de mai 68.

    Les 7 empereurs

    La bande des sept nains va tout d'abord s’éclaircir : pour commencer, Maximien se suicide en 310 alors qu’il est assiégé dans Marseille par Constantin, puis en 311 Domitius Alexander vaincu en Afrique est éliminé par Maxence et enfin Galère malade ferme son parapluie la même année. Et un et deux et trois zéro...
    Mais le grand tournant se produit en 312 : à la bataille du Pont Milvius, Constantin élimine Maxence et prend Turin ; il règne alors sur l’Occident. De son côté, Licinius défait Maximin Daïa en 313 à Andrinople et règne sur l’Orient.
    Nous revoilà donc dans une diarchie scellée par le mariage de Licinius et Constantia la demi-sœur de Constantin. Mais l’entente cordiale s’effrite vite car chacun des deux vainqueurs se la péte grave comme disent les jeunes. Ils commencent à se chicorner jusqu’à tant que Licinius en 324 soit vaincu à Andrinople et Chrysopolis. Malgré sa soumission, il se fait rapidement exécuté (avec son fils pour faire bonne mesure). Constantin règne alors seul pendant 14 ans assisté de ses fils Crispus (qui sera exécuté en 326, mais nous n’avons aucune trace du motif de cette exécution), Constance II et Constant auxquels se joignent ses neveux : Flavius Dalmatius en 333 et Flavius Hannibalus en 335.

    Constantin mystique ? Chrétien ? Comment en est-il arrivé là ?

    Les historiens sont très partagés sur la conversion de Constantin et en l’absence de tweet sur les réseaux sociaux nous avons quelques écrits (certes sujets à caution, mais faut arrêter de chipoter !) et surtout la biographie et l’hagiographie (récit de la vie des saints) d’Eusèbe de Césarée évêque de Palestine et proche de l’empereur.

    Constantin est monothéiste comme son père. Il reste attaché au culte de Mithra (Sol Invictus). Il s’intéresse pourtant au christianisme ce qui explique qu’il conforte l’édit de Sardique promulgué par Galère en 311 (voir épisode 32) par l’édit de Milan en 313 qui n’officialise pas le culte chrétien mais le libéralise et le place à égalité avec les autres cultes et donc les chrétiens ne subissent plus de discriminations et retrouvent les biens qui leur avaient été confisqués.

    Tout commence en 309 dans le sanctuaire des eaux gallo-romain de Grand (proche de Neufchâteau dans les Vosges à la frontière de la Haute-Marne) dédié à l’Apollon gaulois Grannus, dieu guérisseur et oraculaire. L’empereur y aurait eu une vision du dieu lui conférant un signe solaire de victoire.

    ConstantinEnsuite en 312, une apparition de la Croix dans le ciel vue par lui-même et son armée confirme un songe prémonitoire lui annonçant sa victoire contre Maxence au Pont Milvius. Jésus lui apparait en rêve et lui montre un chrisme flamboyant en lui disant « hoc signo vinces » par ce signe tu vaincras !

    Il fait alors apposer ce signe (formé des deux lettres grecques Khi (Χ) et Rho (Ρ), les initiales du mot Christ) sur le labarum (étendard impérial) et sur le bouclier de ses légionnaires. Ce chrisme deviendra l’emblème de la chrétienté combattante.
    En 326, une légende racontée par des païens de la ville d’Harran affirme que l’empereur qui était alors atteint de la lèpre se serait converti parce que les chrétiens acceptent dans leurs rangs les lépreux. Pour se soigner, il doit se baigner dans le sang de nouveau-nés, mais touché par les pleurs des mères il refuse. La nuit suivante saint Pierre et saint Paul lui apparaissent en songe et lui disent de se présenter à l’évêque Sylvestre au Mont Soracte (montagne isolée de la vallée du Tibre à 50km au nord de Rome). Il suit le conseil et guérit de la lèpre.

    De tout temps et dans toutes les civilisations, les personnages régnants, rois, empereurs tyrans et autres autocrates se sont entourés de devins, de prédicateurs et ne manquent jamais de se prévaloir de leurs songes ou visions pour justifier leurs actions et leur légitimité.
    Rappelez-vous, non pas le vase de Soissons, mais l’apparition à la bataille de Tolbiac d’un ange qui propose à Clovis d’échanger les trois crapauds (symbole païen) qui ornent son bouclier contre trois lys d’or et la fleur de lys devint l’emblème de la monarchie française jusqu’en 1830. Quand à Charlemagne, il est crédité de quatre songes (initiés par l’archange Gabriel) dans la chanson de Roland. Pour Henri IV, c’est Ravaillac, suite à une vision qui assassine le roi, lequel avait pourtant été prévenu par son astrologue ; surprenant non !

    Quelques marque-mal affirment que Constantin s’est converti pour piller les temples païens afin de financer Constantinople (je vous en parlerai prochainement). D’autres prétendent que c’est pour expier ses crimes car il a tout de même fait périr son fils ainé Crispus, sa fenotte Fausta et une partie de ses proches pour des motifs personnels et politiques.
    En fait, son baptême a lieu en 337 sur son lit de mort conformément à la coutume de l’époque où les fidèles attendent le dernier moment pour recevoir le baptême afin de se faire pardonner leurs péchés antérieurs. Ce serait aussi, dit-on, le fruit de vingt-cinq années de son cheminement intérieur.

    Il s’agit cependant de quelques balbutiements de l’amorce de notre civilisation judéo-chrétienne, concept qui a été créé au XIXe siècle et qui est utilisé pour désigner le groupement des croyants en un dieu unique se réclamant de la bible et qui ont modélisés notre civilisation depuis Constantin.
    A son époque, les chrétiens ne constituent qu’une minorité de ses sujets répartis essentiellement en Orient et en Afrique du Nord et donc la politique impériale si elle est favorable aux chrétiens ne persécute jamais le paganisme car l’unité de l’empire passe avant tout.
    Retenons de cette attitude ambivalente l’abandon progressif du monnayage au type de Soleil pour la représentation sur les monnaies de symboles chrétiens, la reconnaissance des tribunaux épiscopaux et surtout l’instauration en 321 du dimanche (jour du soleil païen) en jour férié obligatoire sauf pour les travaux des champs bien sûr.

    Vous y voyez mes mamis que l’histoire est pleine de surprises et d’inventivité et se suit comme les séries actuelles genre Réal Humans, House of Cards et Game of Thrones. La réalité et la fiction se rejoignent bien souvent. Le prochain épisode sera surement bien croquignolet ne croyez-vous pas !

    Fin de l'épisode, à suivre... 


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