•      - Je suis convoqué à Rome par Octave, que crois-tu qu’il me veuille ? S’enquit Munatius auprès de Fabulix. 

         - Te caille pas le raisin patron ! Octave t’as à la bonne depuis que tu avais donné la main à Cicéron pour sa nomination, quand notre grand orateur avait fait voter au sénat les pouvoirs de propréteur à Octave sans qu’il ait exercé les charges de questeur ni de préteur. Sans compter qu’il n’avait pas vingt ans et qu’il était donc très en dessous de l’âge minimal requis. Cicéron avait prononcé cette phrase qui restera célèbre :

         - Virtute superavit aetatem ! La valeur n’attend pas le nombre des années. * 

         - Les sénateurs avaient gueulé au charron et flairaient l’arnaque car cela ouvrait à Octave, les portes de l’impérium (pouvoir suprême). Je me souviens aussi que Marc-Antoine était vert de rage, mais tu l’avais convaincu que cette décision permettait au contraire un partage du pouvoir. César n’avait-il pas désigné Octave comme son héritier ! Ton argument tenait la route et le sénat valida la qualité de propréteur à Octave. Tu n’as donc pas à te faire de bile, alors Carpe diem ! Cueille le jour sans souci du lendemain.

    Munatius remercia et soulagé, il reprit la gestion de ses affaires. Reprenant sa feuille de route, il lui restait à créer un atelier monétaire souhaité par Antoine et Octave. Jusqu’à présent, la centralisation était de règle et seule Rome avait le pouvoir de frapper les monnaies d’or et d’argent même si exceptionnellement des ateliers mobiles accompagnaient les armées. Avec la guerre des Gaules qui constituaient la province la plus peuplée de l’Empire, les besoins en numéraires étaient particulièrement importants. Plancus choisit donc un site proche de l’oppidum de Fourvière qui correspondra au quartier de Saint-Just et plus précisément juste en haut de la montée du Gourguillon. 

    En octobre, une partie du bâtiment était opérationnelle et il fit frapper une première monnaie en or, un quinaire d’une valeur de cinquante sesterces à l’effigie de Marc-Antoine. BVGDVNVM - 8ème épisode - Le départMunatius qui était un fin politique avait choisi Antoine histoire de ménager la chèvre et le choux. D’autant qu’Antoine qui avait été son compagnon d’arme aimait la flatterie.

         - Ca le fera bicher comme un vieux pou et je serais toujours dans ses papiers. En cette  période où tout le monde se bouffe le nez, il faut assurer ses arrières, pensa-t-il.

    Quelques jours avant de partir pour Rome, le proconsul invita à diner Tartempio et Magdelo sa fenotte ainsi que Calvirius, Calpurnia, Curius, Livia et Fabulix.

         - On vient quand ? demandèrent-ils.

         - Venez quand-vous ! répondit Plancus qui à présent maîtrisait bien les coutumes ségusiaves. Les trois repas journaliers pris en Gaule sont : le déjeuner du matin le dîner du midi et le souper du soir. Les règles de savoir-vivre consistent pour l’invité à s’enquérir du moment souhaité par l’hôte pour se présenter à son domicile. Tout un chacun, y sait bien que l’expression « venez quand-vous », signifie pour le dîner, entre midi et midi trente, le temps que la bourgeoise finisse les préparatifs du repas, que la table soit dressée et qu’elle se soit mise de propre et en dimanche. 

    Les chenuses colombes s’étaient mises de collagne et jaquetaient sur les derniers potins de Rome. Calpurnia déclara :

         - J’ai lu dans « Le papyrus people » qu’il y avait embrouille entre Antoine et Cléopâtre ; par Vénus, Apollon et par exemple, c’est-y pas croyable que nos dirigeants soyent plus portés sur la chose exotique que sur les choses publiques. 

    BVGDVNVM - 8ème épisode - Le départDe leur côté, les joyeux gones se réunirent autour de Munatius qui déboucha une amphore.

         - Je l’ai faite venir du Latium, c’est un turriculae, un vin jaune à la fleur d’iris et avec un soupçon d’eau de mer ; c’est un petit blanc sec, aux reflets d’or cuivré, au nez de noix et à l’attaque en bouche surprenante. Avec quelques gratons, vous m’en direz des nouvelles !

    Effectivement, rien qu’à ouïr les claquements de menteuses et au vu des mines réjouies, il ne faisait aucun doute que le vin jaune fut unanimement approuvé.

    Les agapes terminées, le proconsul fit ses adieux à ses amis et demanda à Fabulix de rester après leur départ :

         - Nous vivons une période charnière et je souhaite que tu puisses rendre compte pour l’avenir ; accompagne-moi à Rome. J’ai tout réglé ici pour que cette colonie prospère et que mon nom lui soit associé.

    Fabulix accepta.

      

    A suivre… 

    * Pour sûr, Corneille avait dû lire Tite-Live qui avait repris cette expression de Cicéron dans son dernier livre « l’Histoire romaine - Les mémoires d’Auguste », et notre dramaturge l’avait replacé à l’acte II, scène II du Cid : 

    DON RODRIGUE  

         -  Je suis jeune il est vrai ; mais aux âmes bien nées 

            La valeur n’attend pas le nombre des années.

     


    2 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires